‹ Une fête au foyerChapitre 2 sur 2 · Livre au coeur maint assaut, l'affaiblit, le corrompt · texte numérisé non relu

Livre au coeur maint assaut, l'affaiblit, le corrompt

Un mois, des mois, un an se passent... Pauvre femme !

Pauvre enfant ! Dans l'effroi de quel intime drame

As-tu vu du passé, de ton noble passé.

L'élan vers Dieu soudain par le mal terrassé ?

Mal moral, mal physique ont tour à tour, sans trêve,

Brisé ton corps, ton âme, éveillé de son rêve

Ton coeur dont vainement tu cherches à guérir

La blessure qui saigne et qui te fait mourir !

Souffrance aigiie ! où donc obtenir le remède ?

B Dangers pressants ! qui donc apportera de l'aide ?

A Isolement fatal ! contre toi quel recours ?

Nuit sans astre où l'on crie : Au secours ! au secours !

On vient, on est venu. C'est une douce histoire...

Dis-la nous !

La voici sans effet oratoire.

Je redis simplement ce qu'on m'a dit un jour. Je sais une oeuvre grande et belle, oeuvre d'amour, Dont l'effort a fleuri les chemins de souffrance Et réappris au coeur l'hymne de l'espérance. A l'isolée elle a donné de l'amitié, Elle a sur la douleur versé de la pitié, Elle a mis des rayons dans les heures amères. Et trouvé pour aider et des soeurs et des mères. Un toit manquait. KHe a construit vite ce toit Où l'on ne connaît plus l'abandon et le froid. Puis dressé sous ce toit la table de famille Où, le jour finissant, près de l'âtre qui brille, Lasses du dur labeur, lasses du dur devoir, Des soeurs viennent manger, heureuses de se voir. Et maintenant coulez, sereines, étoilées, Heures tristes jadis aux âmes isolées.

Coulez ! Là-bas, la mer soulève son flot noir, L'abîme béant s'ouvre ainsi qu'un entonnoir

OÙ l'imprudent esquif, sous l'orage qui gronde. Va terminer tantôt sa course vagabonde Ici le coeur s'apaise. Après de longs efforts, Il se sent raffermi pour de plus fiers essors. Et, sans peur dé^ormais, doucement souriante, L'âme vers l'avenir de bonheur s'oriente.

J'aime à t'entendre, amie, ainsi parler,

Ta voix Nous peint éloquemuient cette oeuvre et j'entrevois Ce que pour obtenir ces moissons merveilleuses Ont dans un sol ingrat semé les travailleuses.

Ce qu'elles ont fourni de labeurs surhumains, Pour affermir les pas, aplanir les chemins.

Pour calmer dans les coeurs les angoisses, les fièvres Et fleurir de gaîté les regards et les lèvres.

Dieu daigna les aider. Leur oeuvre, la voici : A la campagne, en ville. Elle est là-bas, ici. Et, ce soir, la famille, un instant réunie, Voit d'un nouveau progrès briller l'oeuvre bénie.

Cette salle ?

Oui.

E Si grande !

Et si belle !

Et partout Quelle fête des yeux ! quel éclat ! quel bon goût !

Repas pris en commun, fraternelles agapes, Groupes rieurs formés autour des blanches nappes, C'est charmant !

Oui quand j'ai franchi tantôt ce seuil Tout a semblé me faire un souriant accueil.

Je comprends les raisons de toute cette joie.

E Pour quoi cette splendeur qu'avec art on déploie.

On veut inaugurer sans doute avec éclat Cette salle.

Et c'est juste.

Et c'est bien,

C'est cela.

A l'arbre qu'est notre oeuvre un rameau vert s'ajoute Et l'ombre qu'il répand s'épaissit sur la route.

Aussi nous convieut-il de fêter ce progrès

Dont vont jouir nos soeurs et tant d'autres après.

Mais un motif plus doux toutefois nous rassemble.

Si ce soir, en ces lieux, nous nous trou;vons ensemble,

C'est que, pour soutenir de ses enfants l'effort,

Un père nous apporte amour et réconfort.

Un père ?

Oui, le meilleur, le plus aimé des pères, Celui que Dieu fit bon pour toutes les misères, Et qui, sacré par lui, pour instruire et guider, Vient au milieu de nous, nous bénir, nous aider.

Il m'en souvient, un jour il vit notre demeure Quel jour ! I<e souvenir en mon âme en demeure.

Il m'en souvient aussi. Jésus passait tout près, Notre maison chantait dans son feuillage frais. Dans son mouvant décor de drapeaux, banderolles.

l6 UNE FÊTE AU "foyer"

Et nous nous effeuillions, en priant, les corolles, Mêlant parfuirs de fleurs à parfum d'encensoir Afin de rendre hommage au Dieu de l'ostensoir.

Trois ans et plus depuis s'en sont allés rapides Avec leurs jours changeants, assombris ou limpides. Menant discrètement vers l'idéal rêvé Le travail si souvent dans sa marche entravé.

Et le père revient, il revient et ses filles, Un instant oubliant plume, machine, aiguilles. Battent des mains, leur coeur tressaille de bonheur, Plus ému du bienfait encor que de l'honneur.

Mes soeurs, cette allégresse essayons de la dire, Un si louable essai ne saurait s'interdire. Lorsque la voix bien mal interprète le coeur. L'amour relève tout de son charme vainqueur.

Monseigneur, père aimé, lorsque vers nous se penche Votre âme dévouée et que sur nous s'épanche

D'un amour paternel le trésor généreux,

Nos coeurs cherchent en vain les mots tendres,

heureux, Qui vous disent moins mal notre reconnaissance Tout le bien que ce soir nous fait votre présence. C'est donc vrai qu'avec nous vous vous êtes assis. Que, pour nous, oubliant de multiples soucis, Vous avez, simplement, d'une âme charitable. Pour manger notre pain, pris place à notre table. Bonheur très pur, très doux ! Merci de nous l 'avoir

[donné, Vers nos humbles enfants de vous être incliné.

Bénissez, Monseigneur, notre ruche charmante. Si sûre pour l'abeille, en même temps aimante, Oii, loin de tout péril, le coeur se sent content Et coule dans la paix ses jours purs en chantant. Bénissez votre enfant qui pour vivre travaille ! Qu'au souffle de là-haut toujours elle tressaille ! Qu'elle apprenne de vous à juger, à prévoir, A préférer à tout son modeste devoir I Kt pour garder heureux son coeur parfois si frêle A tenir vers le ciel grande ouverte son aile.

l8 UNE FÊTE AU "foYER"

Bénissez nos efforts, et pour nous soutenir

Dites-nous qu'il nous faut aimer, nous unir ;

Que nous devons chercher par de-là les étoiles

L'idéal le plus pur et le garder sans voiles.

Puis, l'oreille tendue aux bruits de l'horizon,

Sachant qu'on souffre et meurt près de notre maison,

Sortir, aller, courrir et porter à la foule

Dont le flot, dans la nuit, en grondements s'écoule,

Le bonheur et la paix, l'amour, la vérité.

Tout ce qui fait la force et la félicité.

Et nous prierons pour vous, Monseigneur, très bon

[père.

Nous dirons au Bon Dieu, chaque jour, la prière Où nos coeurs pour le vôtre obtiendront tous les biens : Force, bonheur, santé, du travail les soutiens. Puissent, longtemps encore, de fécondes années, Au labeur, au mérite, à la vertu données. Vous garder parmi nous, guide et chef vénéré, Des volontés du ciel interprète sacré.

A nos pauvres discours il nous faut mettre un terme : En aucun notre coeur pleinement ne s'enferme : Nous les trouvons hélas ! sans parfums, sans couleurs. Aussi, père, plutôt, prenez, prenez nos fleurs.

PS Gauthier, Henri

Page 1