DIALOGUE
Personnages : À. B.C. D. £.
A C'est fête ?
Bet D Grande fête ?
E Oui, pourquoi donc, ce soir, Tant de nos soeurs ici viennent-elles s'asseoir ? Tout-à-l'heure, en entrant, j'ai senti l’allégresse Se poser sur mon front ainsi qu’une caresse.
Toi qui sais de ces lieux les intimes secrets, Dis-nous, nous t'en prions, pourquoi tous ces apprêts ? B
Parle !
C'est vrai, c’est fête. A l'heure où la nuit noire } Du jour qui meurt dans l'ombre au ciel éteint la gloire, à Ici nous ramenons du soleil la splendeur, | # .. | De midi nous goûtons la douce tiédeur. 7 A
Comme il me paraît beau, ce soir, le cher asile Où, las de ses efforts, le labeur düficile, Pour qu’il puisse porter le fardeau sans ployer, S’arrête et se repose !
Où l'on trouve un foyer,
Le foyer de jadis quand la famille unie, Sous l'oeil de Dieu, vivait en paix, dans l'harmonie,
E Temps trop vite écoulé ! L'orage frappe, un jour, L'arbre puissant. L'oiseau, sans espoir de retour, Quitte son nid, séjour de paix et de lumière, Et le voilà parti vers la terre étrangère.
D Sans qu'il ait, pour garder son bonheur plus longtemps Cet amour maternel, appui de son printemps.
A Vers quel point de l'espace ouvrira-t-il son aile ? À quels rameaux, alors qu'il le connaît si frêle, De nouveau pourra-t-il fixer son pauvre nid, Apaiser son émoi dans le calme béni ?
Car le ciel est si sombre et si souvent l'orage
À travers nos chemins se déchaîne et fait rage,
Muültipliant Pour ïous, pour nos coeurs peu virils,
Sans que nous nous en doutions, les combats,les périls. E
Et tant d'autres dangers guettent la jeune fille
Par la vie enlevée à l'honnête famille !
Combien s’en vont hélas ! loin du champ paternel,
Loiu de l'humble clocher d'où triste ou solennel,
Rapide ou lent, l'appel divin, avec les cloches,
Monte et passe très doux sur les coeurs sans reproches,
Lomme un chaut et quel chant ! d'ange et d'éternité
Où tout parle de paix et de félicité.
La ville les attend, la ville immense, infâme, Qui de ses plaisirs faux fascine et salit l'âme.
Qui de la pureté découronnant le front, Livre au coeur maint assaut, l'affaiblit, le corrompt.
Un mois, des mois, un anse passent... Pauvre femme !
Pauvre enfant ! Dans l'effroi de quel intime drame As-tu vu du passé, de ton noble passé,
L'élan vers Dieu soudain par le mal terrassé ?
Mal moral, mal physique ont tour à tour, sans trêve, Brisé ton Corps, ton âme, éveillé de son rêve
Ton coeur dont vainement tu cherches à guérir
La blessure qui saigne et qui te fait mourir !
D Souffrance aigüe ! où donc obtenir le remède ? B Dangers pressants ! qui donc apportera de l'aide ?
Isolement fatal ! contre toi cuel recours ? |
Nuit sans astre où l’on crie : Au secours ! au secours !
On vient, on est venu. C'est une douce histoire.
La voici sans effet oratoire.
Je redis simplement ce qu'on m'a dit un jour.
Je sais une oeuvre grande et belle, oeuvre d'amour, Dont l'effort a fleuri les chemins de souffrance
Et réappris au coeur l'hymne de l'espérance.
À l’isolée elle a donné de l’amitié,
Elle a sur la douleur versé de la pitié,
Elle a mis des rayons dans les heures atnères,
Et trouvé pour aider et des soeurs et des inères,
Un ioit manquait. Elle a construit vite ce toit
Où l'on ne connaît plus l'abandon et le froid.
Puis dressé sous ce toit la table de famille
Où, le jour finissant, près de l'âtre qui brille, Lasses du dur labeur, lasses du dur devoir,
Des soeurs viennent manger, heureuses de se voir. Et maintenant coulez, sereines, étoilées,
Heures tristes jadis aux âmes isolées, Coulez ! Là-bas, la mer soulève son flot noir, L’abîmne béant s'ouvre ainsi qu'un entonnoir
Où l'imprudent esquif, sous l'orage qui gronde, Va terminer tantôt sa course vagabonde
Ici le coeur s'apaise, Après de longs efforts,
Il se sent raffermi pour de plus fiers essors,
Et, sans peur désormais, doucement souriante, L'âme vers l'avenir de bonheur s'oriente.
A J'aime à t’eutendre, amie, ainsi parler,
Ta voix Nous peint élcyuemment cette oeuvre et j'eutrevois Ce que pour obtenir ces moissons merveilleuses Ont dans un sol ingrat semé les travailleuses.
Ce qu’elles ont fourni de labeurs surhumains, Pour affermir les pas, aplauir les chemins.
Pour calmer dans les coeurs les angoisses, les fièvres Et fleurir de gaîté les regards et les lèvres.
Dieu daigna les aider, Leur oeuvre, la voici : À la campagne, en ville. Elle est là-bas, ici, Et, ce soir, la famille, un instant réunie,
! Voit d'un nouveau progrès briller l'oeuvre béuie,
Cette salle ?
Oui.
E Si grande !
A Et si belle !
s Et partout
Quelle fête des yeux ! quel éclat ! quel bon goût !
Repas pris en commun, fraternelles agapes,
Groupes rieurs formés autour des blanches nappes, C'est charmant !
Oui quand j'ai franchi tantôt ce seuil Tout a semblé me faire un souriant accueil.
Je comprends les raisons de toute cette joie. E
Pour quoi cette splendeur qu'avec art on déploie. D
On veut inaugurer sans doute avec éclat Cette salle.
A Et c'est juste.
B mn Et c'est bien,
C'est cela.
À l'arbre qu'est notre oeuvre un rameau vert s'ajoute Et l'ombre qu'il répand s’épaissit sur la route.
Aussi nous convient-il de fêter ce progrès Dont vont jouir nos soeurs et tant d'autres après. Mais un motif plus doux toutefois nous rassemble.
Si ce soir, eu ces lieux, nous nous trouvons ensemble,
C'est que, pour soutenir de ses enfants l'effort,
Un père nous apporte amour et réconfort.
Un père ?
Oui, le meilleur, le plus aimé des pères, Celui que Dieu fit bon pour toutes les tmisères, Et qui, sacré par lui, pour instruire et guider, Vient au milleu de nous, nous béuir, nous aider.
Il m'en souvient, un jour il vit notre demeure Quel jour ! Le souveuir en mon âme en demeure.
Il m'en souvient aussi, Jésus passait tout près, Notre maison chantait dans son feuillage frais, Dans son mouvant décor de drapeaux, banderolles,
Et nous nous effeuillions, en priant, les corolles, Mélaut parfums de fleurs à parfum d'encensoir Afin de rendre hommage au Dieu de l'ostensoir.
Trois ans et plus depuis s'en sont allés rapides Avec leurs jours changeants, assombris ou limpides, Menant discrètement vers l'idéal rêvé Le travail si souvent dans sa marche entravé.
E Et le père revient, il revient et ses filles, Un instant oubliant plume, machine, aiguilles. Battent des mains, leur coeur tressaille de bonheur, Plus ému du bieïfait encor que de l'honneur,
Le:
Mes soeurs, cette allégresse essayons de la dire, Un si louable essai ne saurait s'interdire, Lorsque la voix bien mal interprète le coeur, L'amour relève tout de son charme vainqueur.
Monseigneur, père aimé, lorsque vers nous se penche Votre âme dévouée et que sur nous s'épanche
D'un amour paternel le trésor généreux,
Nos coeurs cherchent en vain les mots tendres, heureux,
Qui vous disent moins mal notre reconnaissance
Tout le bien que ce soir nous fait votre présence,
C'est donc vrai qu'avec nous vous vous êtes assis,
Que, pour nous, oubliant de multiples soucis,
Vous avez, simplement, d'une âme charitable,
Pour manger notie pain, pris place à notre table.
Bonheur :rès pur, très doux ! Merci de nous l'avoir
[donué, Vers nos humbles enfants de vous être incliné.
Bénissez, Monseigneur, notre ruche charmante, Si sûre pour l'abeille, en même temps aimante, Où, loin de tout péril, le coeur se sent content Et coule dans la paix ses jours purs en chantant. Béuissez votre enfant qui pour vivre travaille ! Qu'au souffle de 1à-haut toujours elle tressaille ! Qu'elle apprenne de vous à juger, à prévoir,
A préférer à tout son modeste devoir !
Et pour garder heureux son coeur parfois si frêle A teuir vers le ciel grande ouverte son aile.
Béuissez nos efforts, et pour nous soutenir
Dites-nous qu’il nous faut aimer, nous unir ;
Que nous devons chercher par de-là les étoiles L'idéal le plus pur et le garder sans voiles.
Puis, l'oreille tendue aux bruits de l'horizon, Sachant qu'on souffre et meurt près de notre maison, Sortir, aller, courrir et porter à la foule
Dont le flot, dans la nuit, en grondements s’écoule, Le bonheur et la paix, l'amour, la vérité,
Tout ce qui fait la force et la félicité.
Et neus prierons pour vous, Monseigneur, très bon [Cpère.
Nous dirons au Bon Dieu, chaque jour, la prière
Où nos coeurs pour le vôtre obtiendront tous les biens :
Force, bonheur, santé, du travail les soutiens.
Puissent, longtemps encore, de fécondes années,
Au labeur, au mérite, à la vertu données,
Vous garder parmi nous, guide et chef vénéré,
Des volontés du ciel interprète sacré.
À nos pauvres discours il nous faut mettre un terme :
En aucun notre coeur pleinement ne s'enferme :
Nous les trouvons hélas ! sans parfums, sans couleurs.
Aussi, père, plutôt, prenez, prenez nos fleurs.