I. La journée d'une Carmélite
(Par tme Carmélite de Keims.)
"Vous désirez savoir l'emploi de nos journées,
A quelles fonctions elles sont destinées ?
Je vais vous satisfaire assez brièvement
Pour ne pas vous lasser dans cet amusement.
A quatre heures trois quarts, alors que tout sommeille,
La matraque soudain vient frapper notre oreille.
Aussitôt à Jésus on consacre son cœur
En invoquant son Nom avec grande ferveur.
La première action que fait la Carmélite Est le signe de croix avec de l'eau bénite. Levée en diligence, elle adore son Roi, La face contre terre en hommage de foi, Implorant son secours pour toute sa journée. Elle se rend au chœur dès qu'elle est habillée, A cinq heures, la cloche appelle à l'oraison. Pendant une heure on fait cette* sainte action. Après on fait son lit, et l'on revient ensuite Pour Prime, Tierce, Sexte et None qu'on récite. La Mère donne alors sa bénédiction ; Puis on lit un chapitre en l'Imitation. On vaque à son travail après une prière Aux chapelles des Saints, à notre auguste Mère. A huit heures, Ton sonne, et c'est pour assister Au divin sacrifice et souvent communier. Cinq fois chaque semaine on obtient cette grâce. Faveur inestimable et qui tout bien surpasse. Pour en bénir Jésus, un quart d'heure est donné, Mais le dimanche on peut le faire à volonté. Après la sainte Messe on reprend en silence L'ouvrage qu'a marqué la sainte Obéissance. A dix heures l'on va faire son examen De ce que l'on a fait depuis le grand matin. Ensuite au réfectoire on prend sa nourriture. Et pendant tout ce temps une fait la lecture. On dit grâces, priant pour tous nos bienfaiteurs Et remerciant Dieu de toutes ses faveurs. Puis après c'est le temps où l'on rompt le silence Par de doux entretiens de joie et d'innocence. On fait en travaillant la récréation.
Comme de bonnes sœurs en parfaite union. Cette heure étant passée, à midi le silence Se reprend de nouveau par étroite observance.
A deux heures la cloche, en appelant au chœur.
Dit qu'il faut réciter Vêpres avec ferv-eur.
On fait une lecture à deux heures demie,
A trois heures sonnant, la lecture finie,
On se prosterne en terre, honorant en son cœur
Le moment précieux de la mort du Sauveur.
On reprend le travail en esprit de prière,
Pour l'amour de Jésus, par désir de lui plaire.
A quatre heures trois quarts, de la cloche le son
Rappelle qu'il faut lire un sujet d'Oraison.
A cinq heures l'on vient aux pieds de son bon Maître
Implorer ses faveurs, apprendre à le connaître.
Qu'ils sont doux ces moments, oîi l'âme avec son Dieu
S'entretient cœur à cœur, s'embrase de son feu.
Après une heure encor, pour l' Angélus on sonne.
Quand il est terminé, comme la Règle ordonne,
Au réfectoire on va pour prendre son souper.
Et quand c'est jeûne, alors, pour coUationner.
(Car il faut avertir qu'au quatorze septembre
Le jeûne habituel commence à se reprendre,
Et la règle commande alors de reculer
D'une heure le réveil, les Heures, le dîner.
Jusqu'à Pâques, toujours ce règlement s'observe.
Mais le jeûne au dimanche est mis à la réserve.
Dans tout l'été, l'on jeûne aussi les vendredis,
Quelques veilles de fête et certains jours choisis,)
Sortant du réfectoire et grâces étant dites.
En récréation s'en vont les Carmélites.
A sept heures trois quarts on doit se rendre^ au chœur
Pour ensemble implorer le secours du Seigneur,
Récitant fervemment l'Office de Complies,
Qui rendra la journée et ses œu\Tes remplies.
Après cet exercice, on peut faire Oraison,
Ou lire, ou travailler, à sa dévotion.
A neuf heures la cloche appelle pour Matines,
Et pour psalmodier les louanges divines.
Quand l'Office est fini, l'on fait son examen
De toute la journe'e, ainsi que le matin.
On sort du chœur ensuite, après quelques prières,
A dix heures demie aux jours plus ordinaires.
Onze heures bien souvent, aux jours plus solennels,.
Trouvent la Carmélite au pied des saints autels.
Mais en quittant de corps le divin sanctuaire
Elle laisse son cœur auprès de son bon Père.
La Prieure bénit encore en ce moment ;
Ensuite, à sa cellule on revient promptement.
On ne peut faire alors qu'une courte prière
Pour se recommander à Jésus, à sa Mère.
Puis la journée est faite ; on doit pour l'accomplir
Se coucher lestement, en Jésus s'endormir.
Mais on peut dire aussi : Je dors et mon cœur veille^
Parce que, si parfois dans la nuit on s'éveille.
Aussitôt vers son Dieu, par un tendre retour,
On élance son cœur avec ardent amour.
Ainsi coulent les jours pour une Carmélite.
Ah ! quelle vie heureuse ! et qu'elle passe vite !
Dans la paix, attendant le moment fortuné
Qui doit l'unir à Dieu pour une éternité ! ! !
Mais sa tâche ici-bas ne serait pas complète
Si notre Carmélite en tout n'était parfaite.
Elle doit être grande en ses intentions,
Et faire saintement toutes ses actions
Pour la gloire de Dieu, pour le salut des âmes
Désirant que tout cœur brûle des saintes flammes.
Ce doit être la fin de ses prétentions.
De ses austérités, de ses dévotions.
Voulant par son amour consoler son bon Père
Des outrages nombreux qu'il reçoit sur la terre.
Le priant de verser sans cesse ses bienfaits Et d'e'tablir partout son règne pour jamais 1.