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La pensée du ciel. — Projet d'un voyage en Floride

Québec, 30 Juin 187 1.

J'ai lu avec une grande joie votre excellente lettre du 21 juin, dans laquelle vous me dites que vous avez prié pour moi le jour de la fête de saint Louis de Gonzague, et que vous m'avez mise sous la protection de ce saint, ainsi que sous celle de saint Stanislas. Assurément je devrais être remplie de confiance pour l'avenir, ayant au ciel de si glorieux protecteurs. Et ma chère grand'maman et ma bien-aimée sœur Adine ne sont-elles pas aussi mes protectrices ? Depuis que vous m'assurez si fortement qu'elles sont au ciel, j'ai cette confiance qu'elles me protègent et je me sens portée à les invoquer. C'est une chose bien consolante que de considérer la mort sainte de tous mes chers parents. Quand je pense à ces précieuses morts, j'espère que, nous aussi, nous ferons une bonne mort, puisque nous avons au ciel tant de chers parents, qui, j'en ai la confiance, ne nous oublient pas auprès du bon Dieu.

Vous me dites, mon vénéré Père, que vous aimez à penser souvent au ciel. Moi aussi, j'y pense souvent, mais c'est surtout quand il me vient des tristesses et des ennuis que ma pensée s'y transporte plus vivement, ce qui me fait croire que les peines sont utiles pour nous élever au-dessus de cette pauvre terre. Mais, mon Père, quand donc parviendrons-nous à ce beau ciel ? Il y a tant de choses à faire pour le gagner ! quand je regarde la belle image de la très-sainte Vierge que vous m'avez don-

née, je prie cette bonne mère, qu'elle nous obtienne de belles places dans le paradis.

Maman prend de tous côte's des informations pour le prochain voyage en Floride. Nous nous effrayons quelquefois à la pensée des dangers d'un si lointain voyage ; mais il faut espérer que le bon Dieu et ses saints anges seront avec nous. Si nous profitons de ce voyage, nous de\Tons y acquérir un grand abandon à la divine Providence, car nous aurons souvent à produire des actes de cette vertu quand nous aurons des inquiétudes et des frayeurs.

Je ne manquerai pas de réciter t#us les jours à saint Louis de Gonzague et à mes autres saints patrons, les prières que vous m'avez données. Vous avez une part toujours grande dans mes prières : j'aime bien à faire des actes de conformité à la sainte volonté de Dieu.

ij. Séjour à la campagne.

Cap Santé, lo Août 187 1.

Nous sommes au cap Santé depuis bientôt quatre semaines. La campagne est magnifique et excite l'admiration de tous les étrangers. Mes frères s'y amusent beaucoup. Ils vont pêcher dans la rivière Jacques Cartier. J'espère qu'il ne leur arrivera pas d'accident sur ccLte rivière si dangereuse. Maman le craint quelquefois, mais il faut se confier aux bons anges, qui nous accompagnent partout. Nous nous plairions beaucoup dans cette campagne, si nous étions plus près de l'église ; malheureusement nous en sommes éloignés de trois quarts de lieue, et puis monsieur le Curé étant souvent malade, nous n'avons pas le Saint-Sacrifice chaque jour et nous ne communions que rarement.

Voilà bien des contrariéte's, mais j'espère qu'elles nous seront profitables en nous faisant plus apprécier le bonheur de la sainte communion.

Il nous tarde bien d'être en ville. En attendant, je m'exerce autant que je puis à être bien bonne et bien aimable pour mes frères.

L'époque où nous sommes est pour nous un bien triste anniversaire. Mais que la sainte volonté de Dieu se fasse en toutes choses ; il ne faut désirer que cela.

Nous partirons d'ici dans quinze jours.

Vous m'avez fait une question dans votre dernière lettre, à laquelle je n'ai pas encore répondu. Vous me demandiez si l'explication, que vous* m'aviez donnée sur l'examen des affections, m'avait éclairée. Très-bien, mon bon Père, et je vous en remercie beaucoup.

Ma chère maman est bien mieux qu'elle n'était. La campagne lui est très-salutaire, ce que je vois avec bien de la joie.

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