‹ Une Fleur du CarmelChapitre 9 sur 159 · Hermine et le petit mendiant · texte numérisé non relu

Hermine et le petit mendiant

Un jour, Hermine venait d'arriver du couvent des Ursulines, ou elle suivait les classes comme demi-pensionnaire. Elle pouvait avoir alors à peu près onze ans. L'enfant, selon sa coutume se mit à re'péter sa leçon de musique. En ce moment, on sonne à la porte ; c' e'tait un pauvre petit garçon, qui demandait du bois. On était alors en décembre et le froid était vif Madame Frémont était absente ; la servante répondit qu'elle ne pouvait en donner.

Hermine, qui, du salon ou elle était, avait tout entendu, court à la porte et dit au petit garçon d'entrer et d'attendre sa maman, qui ne tarderait pas à revenir. Se croyant parfaitement seule, elle continua la conversation et demanda à l'enfant s'il n'avait pas faim ou froid. Celui-ci répondit qu'il avait bien faim et bien froid. Aussitôt Hermine le fit approcher du feu, lui donna une chaise et alla en toute hâte demander aux personnes de la maison de vouloir bien donner au pauvre enfant le diner, qu'on avait eu soin de garder pour le lui servir à son arrivée du couvent. On lui répondit qu'on allait préparer autre chose pour le mendiant et qu'elle devait prendre son repas. Hermine insista. Comme on connaissait la charité de cette chère enfant pour les pauvres, on

lui permit de disposer de son dîner comme elle l'entendrait, à l'exception du dessert, qu'on désirait lui garder. " Mais, dit l'enfant, moi j'en ai bien souvent, tandis que " ce pau\Te petit n'en a jamais. Laissez-moi donc le lui *' donner ; pour cela, je ferai ce soir un meilleur souper. " Puis, je suis sûre qu'en agissant ainsi, je ferai bien " plaisir à maman." Elle donnait cette raison, afin de cacher sous le manteau de l'humilité' l'acte de mortification et de charité', qu'elle voulait faire.

Aussi e'difiée que charme'e de la vertu de la petite Hermine, sa gouvernante lui accorda sa demande ; l'enfant comblée de joie courut donner tout son diner au petit garçon, et elle se re'jouit de le voir manger avec grand appétit.

Madame Frémont revint le soir, mais Hermine, loin de raconter à sa bonne mère ce qu'elle venait de faire, se garda bien d'en dire un seul mot.

j. Leau de Sainte Mo?iiquc.

Dès sa plus tendre enfance, elle avait déjà compris la nécessité de se vaincre soi-même.

Quelques années avant sa première communion, Hermine avait entendu lire le trait de la vie de Sainte Monique, qui promettait à une femme emportée et querelleuse qu'elle se corrigerait, si elle avait soin de se rem.plir la bouche d'eau et de l'y garder tant que durerait i'érnotion.

L'enfant résolut de profiter du conseil de la sainte. Elle était portée à de grandes vivacités, et se querellait •quelquefois avec ses jeunes frères. Elle avait donc un flacon rempli d'eau sucrée, qu'elle portait toujours sur «lie, et lorsqu'elle se sentait émue et prête à faire des reproches, elle remplissait sa bouche d'eau et l'y conser- ^-ait jusqu'à ce que l'émotion fût calmée.

C'est ainsi (qu'elle commençait de'jà à travailler à se vaincre, à re'sister à ses penchants, à combattre les inclinations de la nature.

Plus tard, on verra avec quelle énergie et quel courage elle re'sistera à tous les mouvements de la nature pour suivre ceux de la grâce.

Cette géne'rosité à se vaincre elle-même dès ses plus tendres anne'es, la prépara à la vie de sacrifice, à laquelle Dieu voulait l'appeler un jour.

Elle préludait dès lors à ces grandes victoires qu'elle devait remporter sur elle-même, sur le monde et ses pompes, et, en cette tendre enfant, Jésus déjà se préparait une épouse.

Elle ne fut pas la seule, dans cette famille bénie, que Dieu voulut posséder sans partage.

Page 1