Maladie d'Hermine
. Mais Jésus visita son épouse par une nouvelle épreuve. Pendant que notre fervente postulante ne pensait qu'à se disposer à partir pour le Carmel, son céleste époux lui envoya une maladie bien grave, qui la réduisit à une telle faiblesse qu'on pouvait croire que sa dernière heure était
proche. Voici ce que sa bonne mère écrivait à cette époque :
" Hermine est dans un état de maladie et de faiblesse ** tel, qu'il lui sera impossible de vous écrire d'ici à " plusieurs semaines. Elle ne prend presque aucune " nourriture et souffre de douleurs de tête et d'estomac. ^' Si elle toussait, il ne faudrait pas grand temps pour ^' l'emporter ; mais heureusement qu'elle ne tousse pas ^' du tout. J'en suis très-inquiète. Je la tiens en grand " repos, je lui abrège ses exercices de piété. J'espère, " quand vous lui écrirez, que vous ne manquerez pas de *' lui recommander de modifier son règlement, qu'il lui est *' impossible d'observer pendant le temps de sa maladie."
y. Elle modifie son règlement.
Hermine fit avec beaucoup de docilité tout ce que sa mère lui recommandait ; elle modifia son règlement pour le temps de la maladie, et voici les résolutions qu'elle prit alors :
" Que la Croix de Jésus soit mon partage et que son amour soit mon trésor !
" Voici pour moi le moment de pratiquer, en union avec Jésus-Christ, l'abandon et la conformité à la trèssainte volonté de Dieu.
" Les peines et les souffrances de la vie présente durent peu de temps et sont bien légères, si nous les comparons à ce bonheur immense que Dieu nous réserve éternellement dans le ciel.
" Je ne me lèverai de mon lit et je ne sortirai de la maison qu'avec une permission expresse de maman, et je lui obéirai avec la plus exacte ponctualité et la plus parfaite abnégation, pensant à mon céleste époux, qui s'est fait obéissant jusqu'à la mort et jusqu'à la mort de la Croix.
" Je prierai maman de me faire une courte prière le
matin et le soir, et je m'unirai à elle d'esprit et de cœur. Mon oraison consistera uniquement à répéter souvent pendant la journée, dans mon cœur : O Jésus ! mon céleste époux, qui avez tant souffert pour moi, accordez moi la grâce de m'unir à vous dans vos souffrances, et de souffrir avec patience et amour. Il est bon pour moi de souffrir avec mon époux bien-aimé.
" Dans mes souffrances de tous les jours, j'aurai quatre intentions : Ma première intention, depuis le matin jusqu'à neuf heures, sera de m'offrir à Dieu, comme un agneau immolé avec Jésus, et je dirai à Jésus : O mon époux bien aimé ! je m'unis à vous, pour offrir à Dieu le Père tout ce que je souffre, pour maman, mes frères et tous mes parents.
" Depuis neuf heures jusqu'à midi, je dirai à Jésus : O Jésus ! mon époux bien aimé, je m'unis àvous pour offrir à Dieu toutes mes souffrances, pour la conversion des pécheurs et le triomphe l'Eglise.
" De midi à trois heures, je dirai à Jésus : O Jésus ! mon époux bien aimé, je m'unis à vous pour offrir à Dieu toutes mes souffrances, afin que vous appeliez au Carmel plusieurs jeunes Canadiennes.
" De trois heures jusqu'à ce que je m'endorme, je dirai à Jésus ; O Jésus ! mon époux bien aimé, je vous offre mes souffrances pour vous remercier de la grâce, que vous m'avez faite en me choisissant pour votre épouse du Carmel, et, comme Carmélite, je vous prie de bénir et de sauver l'Irlande." (i)
Pendant cette maladie, Hermine disait souvent à Jésus : " O Bon Jésus ! vous voyez que je ne refuse pas
(1) (Chaque Carmélite de Reims s'offre à Dieu et prie particulièrement pour un pays qui lui est désigné. Hermine, connaissant cette pratique, avait prié ses Soeurs de Reims de lui faire connaître pour quel ixiys elle <levait particulièrement offrir ses oeuvres a Dieu. Ses Sœurs lui répondirent que l'Irlande lui était échue en partage.)
de mourir, mais cependant je voudrais bien mourir Carmélite, si c'est toutefois votre sainte volonté."
8. RétablissemeJit d' Hermine. Sa persévérance. Son entrée au Noviciat.
Jésus écouta la prière de son épouse, qui ne désirait vivre que pour pouvoir s'unir plus intimement à lui, et s'immoler plus parfaitement avec lui. Il voyait qu'elle ne désirait \-ivre, quelque temps encore, que pour pouvoir posséder plus parfaitement son Cœur, sa Croix, sa trèssainte Mère.
Il Texauça ; ses forces lui re\-inrent peu à peu, et quelques jours après, sa bonne mère pouvait écrire les lignes suivantes. '' Hermine est mieux, et je l'attribue aux prières que nous avons adressées au doux Cœur de Jésus, et aux promesses, que j'ai faites aux âmes du purgatoire, pour son rétablissement J'ai aussi promis à Notre-Seigneur une chose, qu'il vous sera agréable d'apprendre : de sacrifier généreusement Hermine aux desseins, qu'il a sur elle. Ces prières et ces promesses ont été largement récompensées, Notre-Seigneur permettant que, dès jeudi dernier, un mieux sensible s'opérât dans l'état d'Hermine. Je vous assure, mon Père, qu'elle été dangereusement malade."
Notre-Seigneur accorda donc à Thérèse de Jésus la santé qui lui était nécessaire pour marcher à de nouveaux sacrifices, et aller consommer son immolation au CarmeL
Cependant, les jours qui s'écoulèrent depuis son rétablissement jusqu'au moment de son arrivée à Reims, ne furent pas exempts de grandes peines intérieures, à cause des obstacles qu'elles rencontrait de tous côtés et des nombreuses tentations, qui tendaient à la jeter dans le découragement. Avec l'aide de Dieu, son courage se
soutint jusc^u'à la fin, et bien souvent Dieu envoya à son enfant les plus douces consolations, qui inondaient son cœur et la laissaient dans la paix et dans ce bonheur, que le monde ne connaît pas, mais que connaissent les filles de Sainte Thérèse, qui ont choisi la Croix pour leur partage.
Enfin, après avoir traversé Tocéan, au moment d'entrer dans le lieu de son repos, Thérèse de Jésus, le cœur rempli d'une paix et d'une joie célestes, répète encore : " Mon cœur surabonde de joie et de consolation. Le Carmel est pour moi la porte du paradis, le palais où le Roi des Rois veut bien recevoir son indigne épouse."
Il appartient aux Carmélites, sœurs de Thérèse de Jésus, qui ont vécu avec elle, de nous la faire connaître telle qu'elle fut au Carmel de Reims, depuis son entrée jusqu'à sa douce mort.
Son heureux caractère s'épanouissait dans toute son aimable beauté.
Le lis, planté dans un terrain qui lui convient moins, ne saurait croître et s'épanouir ; mais, dès qu'il trouve un sol plus favorable, il grandit, éclot et embaume l'air de ses parfums.
Ainsi fallait-il que notre lis du Carmel fût transporté dans la terre que Dieu lui avait préparée ; il lui fallait le jardin de l'époux, la terre bénie du Carmel : C'est là que cette tendre fleur devait éclore, s'épanouir dans sa sainte beauté et répandre autour d'elle les plus célestes parfums.
ç. Fcn^eur et bonnes 7'ésoh(tions d'Hermine.
Nous croyons que c'est ici le lieu d'ajouter quelques notes tirées du cahier de Thérèse de Jésus.
A mesure qu'elle s'affermissait de plus en plus dans sa
vocation, les motifs qui devaient la diriger, la conduite qu'elle devait suivre, s'éclairaient de nouvelles lumières.
A la date de 1872, nous trouvons, parmi ses écrits spirituels, les réflexions et les re'solutions qui suivent :
Motifs ds 7îia vocatioji au Carmel.
" Le seul motif, qui doit me déterminer à devenir Carmélite,c'est l'amour pour Notre-Seigneur et le dévouement pour le salut des âmes. Tout ce à quoi je dois m'attendre, c'est la souffrance. Voilà quelle doit être la vie d'une Carmélite : vie de souffrance et d'immolation. Une Carmélite doit être un agneau, immolé pour l'amour de Notre-Seigneur et le bien des âmes.
" Je veux accepter avec joie les ennuis, les épreuves, dont il plaira au Seigneur de m'accabler. Quelles que soient mes tribulations, elles ne me feront pas changer de résolution. Mais je dirai à Notre-Seigneur : Rien, ô Jésus 1 ne m'ébranlera dans la résolution que j'ai de vous être consacrée."'
Vie de foi et de charité.
" Vivre d'un esprit de foi et de charité, c'est là toute la vie d'une Carmélite,c'est là tout ce que doit chercher une Carmélite. Vivre d'un esprit de foi, c'est accepter tout, comme venant de la main de Dieu pour notre plus grand bien, les afflictions, les souffrances, les maladies, les différentes peines.
" Dieu ne permettra pas que nous soyons tentés ou éprouvés au-delà de nos forces. C'est pourquoi il ne faut pas nous décourager dans les tentations et les épreuves.
" Comme il nous faut quelque bonne pensée pour nous soutenir pendant ce pèlerinage quelquefois si long et si douloureux de la vie présente, nous devons élever sou-
vent nos yeux et notre cœur vers le ciel, seul objet digne de nos désirs, et nous rappeler, au milieu de nos de'solations, ces paroles si consolantes de saint Paul :
" Le moment si court et si léger des afflictions que nous souffrons en cette vie, produit en nous le poids étemel d'une souveraine et incomparable gloire. C'est pourquoi nous ne considérons point les choses visibles, mais les invisibles, parce que les choses visibles sont temporelles et passent avec le temps ; mais les invisibles sont éternelles et ne finissent jamais.
" Vivre d'un esprit de charité, c'est nous sacrifier, nous immoler, nous offrir entièrement pour le salut et la perfection de tous, surtout de ceux qui nous sont le plus chers, afin que Jésus soit glorifié. Cette vie de charité, c'est la vie d'une Carmélite."
Mes 7nortifications.
" Je me mortifierai dans la nourriture en prenant en petite quantité les aliments qui flattent le plus le goût. Ainsi je m'accoutumerai à me vaincre.
" Je me mortifierai en réprimant la curiosité des yeux. Je m'estimerai bienheureuse, quand, pendant une journée, j'aurai pu prendre sur moi de ne pas regarder avec curiosité les toilettes des dames.
" J'ai appris que dans quelques provinces du midi de la France, les jeunes filles, lorsqu'elles ont des vêtements neufs, les apportent à l'église et les font bénir par le prêtre. Je trouve cette coutume bien édifiante. Pour obtenir la grâce de mortifier l'esprit de mondanité, j'aurai toujours soin de faire bénir mes robes et tout ce qui sert à ma toilette. Cette bénédiction empêchera le démon de faire naître dans mon cœur des sentiments de vanité à l'occasion de mes vêtements et de mes parures. Les bénédictions de l'Eglise portent toujours bonheur.
*•' Je n'emploierai que le moins de temps possible à ma toilette.
" J'éviterai de me regarder dans le miroir, excepté lorsqu'il y aura une \Taie nécessité.
'•' Je ne me servirai jamais de parfums, pas même de savon parfumé. Le savon ordinaire me suffira.
" Je pratiquerai la pau\Teté en évitant d'avoir un grand nombre de robes, de gants, de fichus, etc. J'éviterai aussi d'avoir des ornements superflus dans ma chambre.
" Je me procurerai, en cachette, quelque gilet d'une flanelle grosse et rude, qui puisse bien m'agacer la peau. Ainsi je me préparerai à la \de du Carmel, qui ne sera qu'un long mart>Te et une mort continuelle.
" Dans le maintien, je m'eff"orcerai de me tenir bien droite ; j'éviterai de m'appuyer et de chercher mes aises dans ma posture.
" Je veux ainsi, par une mortification continuelle dans les plus petites choses, me préparer à devenir une vraie Carmélite.
" Que Dieu, Notre-Seigneur Jésus-Christ, la sainte Vierge et sainte Thérèse, ma bonne mère,me viennent en aide, afin que je puisse observer ces diverses pratiques ! Amen."
Invocations à sainte Thérèse.
" Sainte Thérèse, épouse bien-aimée de Jésus, priez pour nous.
" Afin que nous obtenions le don de la prière, qui est la source de toutes les autres grâces, sainte Thérèse, intercédez pour nous.
" Afin que nous ayons une aversion extrême des moindres fautes, sainte Thérèse, intercédez pour nous.
" Afin que nous soyons un jour tous réunis dans le ciel, sainte Thérèse, intercédez pour nous."
Les lettres d'Hermine vont nous faire connaître ce qui ■se passait dans son cœur depuis le jour de sa vocation.