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L'heure du sacrifice

17 Mai 1873.

Que la très-sainte Vierge notre bonne Mère nous protège et conduise tout à bonne fin !

Enfin, je puis vous annoncer mon départ. Dans quinze jours, un samedi, sous les auspices de notre céleste Mère, Notre-Dame du Sacré-Cœur, dont on célèbrera en ce jour la douce fête, une pauvre petite Canadienne s'embarquera, à Québec, pour aller s'immoler au Carmel, ne voulant plus autre chose que le Cœur de Jésus, sa Croix et sa très-sainte Mère.

En ce moment, où l'heure du sacrifice approche, avec quelle douce confiance je me jette dans le cœur très miséricordieux de Marie, ma bonne Mère! Elle me fort:

S pro

quinze e Mère, , en € ne s'emrmel, nè SA Croix

che, avec x très Mi me fortr

fiera dans toutes mes peines et dans toutes mes désolations.

Cette divine Mère m'a secourue d’une manière très-

miséricordieuse dans toutes mes afflictions, ce qui me

donne grande confiance qu’elle ne m’abandonnera pas à l'heure du combat. Mon Père, c’est le moment de dire : “ Les eaux de la tribulation m’environnent de toute part, et si vous ne me secourez, Seigneur, j'y périrai.” Que de peines ! de tentations ! de troubles dans ce pauvre cœur! C’est maintenant que le sacrifice est sur le point de se consommer, que j'en comprends toute l'étendue. De loin, seulement en perspective, il me semblait que j’aurais bien du courage, que serais heureuse de m’immoler à Notre-Seigneur ; puis, maintenant que le moment est arrivé, je ne puis comprendre comment j'ai pu me résoudre à quittér ma mère bien-aimée, dont il semblait que je ne dusse jamais me séparer. La pauvre nature est toute tremblante à l’approche de l’heure suprême. Comment ferai-je?.... Comment pourrai-je?.... Grandes craintes, que la confiance en la bonté de Dieu peut seule clmer ; de moi-même je ne puis rien, mais je puis tout en Jésus, qui me fortifie. Oui, mon Père, voilà mon oraison jaculatoire dans ces temps d’angoisses si cruelles.

De toutes parts on me livre bien des combats auxquels vous m’avez préparée. On ne peut comprendre comment j'ai le courage de laisser maman. On me dit : *‘ Vous allez tuer votre maman en vous éloignant d'elle ; vous savez combien vous lui êtes nécessaire et quelle affection elle a pour vous ; et vos frères, comment votre mère fera-t-elle pour les élever ? N'est-ce pas vous, qui, jusqu'à présent, l'avez aidée dans cette œuvre.” Enfin, mon Père, il n’y 1 pas de choses qu’on ne m’ait dites. Vous savez mieux que tout autre, mon très-cher Père, s'il y eut jamais îlle plus attachée à sa bien-aimée maman, que la pauvre

petite Thérèse de Jésus, et que si je la quitte, ce n'est que pour obéir à la volonté de Dieu, qui m'appelle à lui, et | pour obtenir par une imnsolation quotidienne ies grâces les, nus précieuses pour cette mére chérie, On ne comprend pas dans le monde la conduite de Dieu our les fines | Pardonnez-moi, mon bre, de m'étendre si longuement que je vous ai déjà bien souvent fait conmaltre ; eds, non Pre, il ie semble qu'une peine confiée ot à mot | solagee | 14 Cosschatiens ve Mai 1873 remercier, un Pre, de la trbsdanee rommdhation que | fe me munie vos dine quel fée jeu netiné de votes lattes, Pur eëke, le Huntilaer et du gtx mat comttiée dan “ut cou, tellement que je moudinnie, si Je mwa Le tonnes. renememmmenvenr de fotite que je sas où deite dites, past is sottamler dont se que de mous où dt de ss | parade. dant 1 de ame fete pins ttatteennt «que de motnt | eme € du, urines dons Ps. aecats «eur enarattaamhe de joue et dx | cemadhatnt et se semer ae Nude ages des paies € den épars cpu deu à tnrempées cat abes @f cat genres ee afécames mue vu mt et à augementes sun totem as DE parus de péus ce plus le gromde grérx de ms er nt | et je vos comen de «x Ur vies vamclre où et pt | ée de pr ‘nie ces sutires des pes <8e) fortunes de «our fout de es © À ame Satis, ANR ee ju Llnethens me eee dansé en. faute Mes sue €

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mg gl pra ar le plus purement, Je ne puis umlnen sir je me sens d'aimer le bon à …s de la terre, Cette seule dispositi y de qu'elle suffit pour + hd esg beclod tte esnble, mom Père, pour que cette | ES ecemtes épous ol Qu'il ane tarde de ine reposer dans mon Carmel chdri Mon Carmel sors pur ui la parte du LA palais «ûù le Hasi des Maïs west lai Re | | et min lumheur sers au

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Ma joie à été à son comble, vous n'en doutez pas, ma Révérende Mibre, en apprenant le nom de region qui m'a été déverné ; avec quel bonheur je mgnerai désormais, Sœur Thérbse de Jésus !

Dibs le avis de juin dernier, mon directeur en avai conne Un prosentinent, et assurait déjh qu'il me nomment Lun jour de ce ste mon ; inais inalgré tout ce qu'il disait, et ten que je le désirusse de tout mon cor, je 'onais pot espérer une ai grande faveur Hill meta ponar ame de nouvel aagaaillen, qui où en cmaragers à ue corriger de mes défants et à retens es om om cpaedijues unes des vertus de ins snitte Mie, afin de ane rondes puus La um peu meute indigne de prartes mou monts

C'est ne dune pemeée gamer men que cale de la lun 146 mes lamguelle vents ventes Lae ancmevrer, dès eme muut, Les prortes de votre amumantbte pau suit, ame éme rende Mie, ni je me profiter gs de cutte lmmité, et à de nanas june vous surpremete quelque Lean joner 60 ner vont, à Haies, avant l'automne grocinnn ? DA se put sentant, momet ce henmpe, quelque Loue cu manon pau parte, et que me camté Pi ue jee somme. | mameras iv

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de la pauvre petite scpur : 159

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| | Mère, que ta 4 a'ompéehes de "0" Mère, que ls moins, . | de vous remercier du ja : Welt, si

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ment consolée et ne pouvait venir plus à propos ; deux jours encore avant l'arrivée de votre lettre, j'éprouvais bien de la peine, par la crainte que la faiblesse de ma santé serait peut-être un obstacle à ma persévérance che, vous ; et voilé que Notre Seigneur vous inspire de me rapporter un trait si analogue à ma position, lequel me faut espérer que ce cher époux de nos lines voudra lnen m'accnder, à ini aussi, avez de santé pour devenir Carmélte, quouque je ne mérite pas un si grand honneur Le paquet nest arrivé en andre parfait. [ismanclie depmes à été Le jour de ana prise d'habit {on attendant) Ja camemmanné et mme mis resétue du petit ne sprilaane, que je junte dheprus mme que La crea, avec un grand ramen tement de ane vois maniement revétue d'une partie de Phatant dos 4 arte: | Maman à requ ave lama cnup de jéisamir Le paetat se aps laine que mous lui envoyez ; je le rencmmmantde sisi que | mes freres mem à vos prieres, me Késeremde Mise

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res. me Kévénende Me, y ayamt. <e ame sembde, ue deu Const pate em parité de vutee file

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Sore later ne jante

a. Lettre de sœur Thérèse de Jésus à la Mère Séraphine du Divin Cœur de Jésus, maltresse des novices au Carmel de Mots.

Québer, 15 Janvier 1873.

Ma bien Hévérende et inen chere Mère,

Quel bonheur pour moi de pouvoir enfin vous écrire ‘ Uy à longtemps que je me sornis acoordde cette jouis ne si ma sante ne Let permis

Votre lettre, ma trbs-thère Mère, st venue, fort à pre pos, me camaules clans ma amalailie eo ve agpopremannt een heureuse admission au Canmel Avec quel lumeur je ve dis «pue je sus € aramétite, noun pihus setlesnent de dés mais que, réellement, je fnès partie de «et cndlte mi mumé de ssite Vierge ! Al ‘ans Mère, qu'heureux sont ces qu se donnent à Jémus Ma les persemees du stentele «eu sassnent les «smmmestaticuns etmedlirt den chant 11 pdt à Àcstee Soggter 4 rends Le cat de ceun cpu ne dotattegnt 2 don De et pau cpu Celine ane de + ctnateieames cette etnennt eu atiettde domage je sous prie, ans lüon dbbes Mme, de woutair Lise cmmmde. à mutre aumatile Maitre de ne pans ponritettex

qe je mue ronde indigne de tu de grâces, qu'é are D mme ouss | negeit de devenir «ne fume (anmülte, me fie Cotes ds vertus de tue masmte Mése dut à os de tnt nt de gates de moum Vus aber onvté «0 aim. de carte Mfber me grands vmpantuus < ds mms cm venetaenet * oppatieran : Korume heméeemeamsems que ds ere er au dom cf paie dat attwmutite sum ha ds de le auteur 24 hngutlie | appmemans 2 semer Laits à am part

Maman est extrémement satisfaite, ma Révérende Mére, de ce que vous avez décidé pour l'établissement et la construction de votre monastère au Canada lle os bien contente de ne rien presser et d'attendre que les

J'ai été un peu troublée, je vous l'avouerai, ma lien bonne Mbre, en voyant par votre lettre que vous désirez que j'apprenne le Cassin et la pointure ; non pas que je ne Le veuille gas, inais parce que je crains fort de n'y jras réussir à cause du pou de talent que j'ai pour cet ant : jui déja essayé plumeurs fans de prendre des legsns, ons tonhours sans eucobs ; je mue forni cependant un desc, sutant qu'un plus, de prendre des loguns de dessin, et qui sait où le Maur our me macvondens gas le suce que je désire ?

Je cran fort. es Luets luanme Mère, d'étre un aventure font inutile de votre (Canmmummauté, à cause de son maillons à toutes suntes de «ses Par suite dune méghagenn « Enen snpardhemenbile, je où jus gareatité de tune les amopens qui mont été dhummés de anametene Je ame temmanae À eempihver cet inver à réparer dt tuégthigeetes 0 eu apple pme emeurs à !étandhe de 04 cui pourtant aus de Mécmmnnts e0 meigeum Los tuce pans ct or dorangé

mes demandes et pen !aflerteun pue some sondes lose À.

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enfant ; vous ne me traiterez plus que comme une bonne mère traite sa fille, qui l'aime de tout son cœur, (1)

29 Janvier J'avais été forcée d'interrompre cette lettre commen ce déjà depuis longtemps, et, s'est pendant cet inter valle que la vôtre m'est arrivée, Que je suis touctide, ina sonne et chère Mère, de votre bonté et du tendre intérét que vous voulez bien mme témoigner ; je voudrais que Les vens du monde hussent vos affestueuses lettres et selles notre Éévérende et Lens aimée Mive ds venranennt cm men grandement ils se trompent en disumt que les jus vanes Febigieines ment froncles 4 vdiléremes ['aren est juns mimei avec vous ai avec toutes mes ch soi sers de Mains, cui ame font faire de ni affocimenunes | cmmmemunns Voutlles, je vents parie, les et remmerc ner pare men, «4 leur dupe que letr jutite mener du € ame ice matre cum de ont met «cata ose de fattes rommgtar de bremmte et cms eme tenette à does Ds cotamten, ame beomet Mine, pra Lo tome cpamien «pue us @ves de ann, bosse ses ane tes cp je dune meme Méns © je me ous pas ai pénitonte que de pemner désé cn sttles je vase Laet jiit sutte A saines jae ee paie À amadieemmme Le one cfleauc cpatigetons à DS CARRE CNEN EN CSS Qn tete dés mate ARR eee ue de da jaéeaiteue ae LH és ge, ms Kénémemdie ewime de vou La

LL CR es | ) eù 0 cœur tout maté w “

Vous me croyez encore bien malade, ma bien bonne Mère ; je me hâte de vous rassurer, Grâce à la bonté de notre bon Maltre, je suis beaucoup mieux, mais je suis encore si faible que je ne puis appliquer à quelque tra vail que ce soit ; d'est où qui aa foncée à être oi long. eme à vous écrire

J'aurai grand soin de l'unage de notre sainte Mère, que j'aime déjà et que je veux aimer comme vous l'aimer vousanéêmne ; je mme dis qu'il faudra que je vous la rap porte bien vite, de jer que vous ne vous enmuyiez trop ages elle

Fa attendant cet heureux jour, que je jure Notre Se gens de hiter, je desmeurr, ans révérende et bien benne Mère. due ice nontuments du pis jeton 64 du pale mt dés aétar hetmennt,

Votre tte dévemée entant Bee Tafator te | és D catariaents © oematite sde

on dattes de sœur Titbis de Jlaus à se bee Hipen | CRC Monmer Josedinenite, où rontie, $4 Ma 1813

Ajue de dure cum de fans sous comte ef vous fe dde :

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MAUR THÉMÉSE DE JÉSUN, 168

à la pensée de l'oubli impardonnable que j'ai fait en vous quittant, ma bienaimée mnasran ; d'est de ne pus vous avoir demandé votre si «hère bénédiction, sui, qui y pans. sais depuis si longtemps ei qui y attachais tant de parie ; je ne nai jus conmament j'ai jeu faire un outdi sonate ; je suppose que ‘est Notre Beignieur qui, dans nn sagesse, l'a permis pour muus éviter l'attendrissennent qu'ami provoqué cette matin Je vous parie, ina chère ambre, de me dédunmnager de +ette privation, en nfenvuyant dans le Mae 4 «anus de Jésus, su de vus pus forsenmtes laéné dutiuns Je sons demande jratélen, e8s tabame eng rs chéve nn, de tomates Les janities cptée je dos ai haute à pendant Le Lemmgus «pue jai deumenté mes veus {pie faste vous à sétle hate, ame ttbsadühre smtmat 7 Mu «aus se tnamaprnte «lues dttie, 4 je monts suis partent ÉD métemaunt à jeu paibs eus hwutes et denied tous | heutes Ja der vmigètee pue vos Étos cet slcat ares cpl ue ques sans de aus cites 7 dhéruntén cpu: vethtiegnt nue « «at ses du départ de voies dite oufant Faure «ème | nt porta Ncstte Deggébennt à coûts à uatemutbes bis titan «4 s | tte des pente À di Lonananang: de «np de ba garatie cave veus déve, et tnt ne car je déee < ont gi tmrten 23 AMAR (UN jorsbn ent 44 Éee draedes Éhale ds changer À am du smile eût Green et où EE Mans di dans qu à totem nat pos au jé aie RE Apte soute déigant je aux amie à lattes de name | cine dun bus gammes Ajpatie mx Cs atntinée gui (RS AMAR MN à nt pie | te de es 2

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per dans la prière et d'y puiser de souvlles fee peu mu enéme, et sentant aussi le lesun de demander à Note

Sesgneur qu'il répande ses someulations et sa force dass cos de selle «que j manne tant, et que vous contassez Laon je on enfuns dames nu juetite «hanslarette, qui me senmlila lier dense et Let ivitante su roctesllenment j à paris tam pren j'adfris motre sncrifine smatuel en main mver celui de Lbses Île conmmengais la gaière du voyageur, lounsque mademmmelle À ans compmgne de chine, entres À faut tout laisser (à, amor mn get dal, gaie ce laner et anomter sur Le gent. cigale lu noir gawié sun gran, pe COR cpu vote l'heure deu diner

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sousins, sousines, stties, prur lesquels j'ai offert une Croyersmi, dans les Mgcrés Cansurs de Jésus et de

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Chête Mère, pe me one <arhena pars «pit tm cut à maman mouflen ages Le con de lo négomtetns Hi sn Came catte pure Tres chere aise, je de vaste de “ah god, pates ue ous digues Lan paume de à um date ce pue ne pommeau doute ému cam, et pie vante dé DONNE MEN. AN A ÉOREN GUE Re OR Le tte ais Cf muet vom fous palaut jus Éaet gone au séstaanee Le ptis « RE te gfiror de Un ait où drum RE en tenns mms proun auur A Étte méga de DT A EE BL

23. Journal de ma traversée de Québec à Liverpool, et de mon voyage de Liverpool à Paris.

Steamer Scandinavian, rer Juin, 1873.

Ma bien chère maman,

Réjouissons-nous dans le Seigneur, qui est si bon et si miséricordieux !

Oui, ma chère mère, c’est là le sentiment de mon cœur, en considérant tout ce que le bon Dieu a fait pour

nous.

Lundi, 2 Juin.

Je fus obligée hier de laisser là ma lettre après avoir “crit seulement quelques lignes ; ie mal de mer me prenait dans le petit salon. Je montai sur le pont, mais je ne pus y rester longtemps. Le mal de mer me força à descendre, et, étant fatiguée, je me suis mise au lit. Ce matin, il m'en coûtait beaucoup de me lever, tant je craignais le mal de mer ; mais enfin il a bien fallu me lever. La femme de chambre, madame Anderson, m'a aidée à m'habiller, et c'était bien nécessaire, car je n'avais pas le courage d’aller vite. Notre bonne femme

de chambre a véritablement des préférences pour moi; a elle ne me laisse manquer de rien. Dans le courant de la ni journée, je fus entièrement délivrée du mal de mer. ar

Mardi, 3 Juin. #

Je me hâte de vous écrire pendant que je suis bien; sur d'un moment à l’autre on peut être pris du mal de inté mer, J'ai grande confiance de ne pas l'avoir du tout le : aujourd’hui, ou au moins bien peu, car je me sens bea très-bier. Ce matin, je me suis éveillée vers six heures. Q Je me suis transportée auprès de vous, ma bien aimée 2 ks:; maman, comme je le fais à toute heure du jour, et de la tout:

nuit quand je me réveille.

Il était alors environ cinq heures chez nous.

Je me suis imaginée que vous commenciez à vous habiller ou à faire votre méditation. J'ai

fait la mienne dans mon lit, en vraie infidèle. En voyage, ma bien aimée maman, on perd bien vite la piété. Après ma méditation, je me suis levée afin d’être prête pour le déjeuner. Il était environ sept heures, et on déjeune à huit heures et demie. Comme vous le voyez, je deviens paresseuse et flâneuse. Je mets aussi longtemps que je puis à n’habiller ; cela fait passer le temps, le temps qui est doublement long sur le vaisseau ; il semble que les minutes soient des demi-heures, et les. heures, des journées. Je suis allée à table pour déjeuner, ce qui vous montre combien je me sens bien. (Car vous le savez, en mer, si on se sent le moindre mal de cœur, la moindre tendance au mal de mer, on ne va pas à table de crainte que l’odeur des mets et la vue de la nourriture ne vous dégoûtent et ne vous rendent tout de suite malade.

Nous sommes maintenant vis-à-vis du cap Race ; nous entrons dans l’atlantique. Nous allons, comme vous le voyez, bon train, malgré un peu de brume que nous avons eue hier soir vers cinq heures, et qui a duré toute la

la nuit. On a jeté la sonde plusieurs fois On a aussi arrêté pendant quelques instants le navire de crainte d’accidents, et on a sifflé à maintes reprises pour avertir les bateaux, qui se trouvaient dans les environs, de se tenir on: sur leurs gardes. Tous ces divers incidents nous ont de intéressés, quelque minimes qu'ils fussent ; mais en mer, Lout le moindre incident devient un évènement et intéresse sens beaucoup.

ares. Quant à la manière de passer le temps sur le navire, imée M les messieurs jouent à un jeu d'enfants pendant presque dela M toute la journée. Ce jeu ressemble beaucoup à celui

auquel les petits garçons s'amusent dans les rues en jouant aux marbres. Au lieu de marbres, ces messieurs ont de petites boules, qu’ils font rouler et qui doivent atteindre un certain but.

Quant aux dames, elles s'amusent à lire, à parler et à manger, et elles mangent les choses les plus indigestes. Il leur semble toujours qu’elles doivent manger pour éviter de devenir malades. Le mieux c’est de se modérer, de ne prendre qu’une nourriture légère, et de se tenir sur le pont, car l'air est si mauvais dans l’intérieur du vaisseau que cela suffit seul pour rendre malade. Aussi je me suis tenue toute la journée d’hier sur le pont, de temps en temps assise sur le plancher, (car il paraît que dans cette position on est moins exposé au mal de mer). Ce n’est pas bien beau pour une Carmélite de s'asseoir ainsi, mais que voulez-vous, chère maman, en voyage on néglige un peu les convenances.

Pendant que j'étais ainsi assise, hier dans l’avant-midi, une dame vint se mettre auprès de moi et me demanda si je la reconnaissais. J’eus beau rappeler tous mes souvenirs, il me fut impossible de me la remettre. Alors elle dit : N’êtes-vous pas Adèle Frémont ? (Elle voulait dire: Adine.). Et ne vous rappelez-vous pas de M. R. aux Ursulines? Alors je me suis rappelée de suite, qu’en effet, au couvent je l'avais connue, quand j'apprenais la harpe. Elle était la grande musicienne du cou vent et jouait de plusieurs instruments. Je lui dis que je n'étais pas Adine, mais Hermine. Elle me dit qu'en me voyant, elle avait cru revoir une figure connue, et qu'a près avoir entendu prononcer mon nom, elle avait voulu s'assurer si j'étais bien Hermine Frémont, Cette bonne dame ne put résister au désir de me parler. Nous causâmes donc longtemps ensemble sur Québec, sur le couvent, sur le but de mon voyage. Pauvre enfant ! elle

vo pr vo) l’he onz misé cune M fatigr prude bien,

est mariée pour la seconde fois, mais je crois qu’elle serait mieux dans un couvent. Elle m’estime si heureuse d’avoir été appelée à la vie religieuse. |

Après la mort de son premier mari, qui n'avait vécu qu'un an avec elle, elle pensait à entrer au couvent. Mais ayant de nouveau été demandée en mariage, elle accepta, et la voilà encore une fois mariée depuis un an ou dixhuit mois. Son mariest un excellent homme : Irlandais, bon cœur, plein de ferveur pour notre sainte religion, et qui a bien soin de sa femme. Mais c’est un homme ! Et comment peut-il ressembler à l'époux immortel et divin qu’elle voulait d’abord choisir ?

Cette dame s’est prise d’une vive amitié pour moi, et ma promis de faire son possible pour venir me voir à Reims.

Ma chère petite mère, je vous embrasse et je vous aime de tout mon cœur. Oh ! qu’il a été pénible à mon cœur de se passer de votre baiser maternel ; je ne comprends pas comment j'ai pu avoir le courage de vous quitter. Ce n’est bien que Notre-Seigneur, seul, qui peut me donner cette force. Mais que ne fait-il pas, ce cher Seigneur, pour une âme qu’il aime et qu’il appelle à lui ? C’est bien admirable, ma chère maman, de considérer les voies du Dieu de miséricorde sur les âmes. Comme il prend un soin particulier de chacune d’elles! C’est en

ÿ- voyage qu'on voit ce soin. Je vous raconterai, tout à je l'heure, une rencontre que j'ai faite d’une petite fille de ne onze ans, et qui m'a donné grand sujet d'admirer la a D miséricorde de Notre-Seigneur et sa sollicitude sur chaulu M cune de ses créatures.

nne Maintenant, bien aimée maman, je me sens un peu eau M fatiguée d'écrire; et comme je ve"x être extrêmement - de M prudente, pour avoir à vous dire toujours que je suis très elle M bien, je m'en vais vous iaisser, en vous embrassant sur

vos deux joues chéries et en baisant votre portrait, qui représente si bien la bien aimée de mon cœur.

Je prie mon saint ange gardien d’aller vous porter toutes mes tendresses et de vous consoler par les plus douces pensées ; car je crains beaucoup que vous ne vous laissiez aller à l'ennui et à la tristesse, en l’absence de votre petite imparfaite. Pourquoi tant aimer une pauvre enfant comme moi? Je voudrais bien, chère maman, que Notre-Seigneur permiît que vous m'oubliassiez un peu, alors je serais tranquille car je ne craindrais plus trop de tristesse pour vous. Embrassez-moi, bien chère maman, comme je vous embrasse et donnez-moi votre très-douce bénédiction. Je prie Notre-Seigneur qu’il me donne toutes vos peines et ne vous envoie que des consolations et de la joie. Je m'en vais faire mes prières sur le pont. Adieu, mère chérie, au revoir.

Mercredi, 4 Juin.

Très chère maman, je reviens vous voir aujourd’hui et avec bonheur. J’attendais depuis le matin ce moment si doux au cœur de votre fille; car il me semble qu’en vous écrivant, je m’entretiens réellement avec vous.

Nous sommes maintenant en plein océan, ce qui ne m’affecte pas trop, comme vous le voyez, puisque je puis vous écrire ; seulement je vous prie d’excuser mon écriture. Je vous écris étant sur le pont, n'ayant que mon livre pour pupitre, et ballottée sans cesse pur la mer. Mais je ne suis pas malade, grâce à Dieu. Toute l nuit nous avons eu un assez beau temps. Le: roulis s’est toujours fait sentir assez fortement, de sorte que ce matin en m'éveillant, je me sentais le cœur un-peu fade, mais comme je sais très bien me soigner, grâce à vous, ma chère netite mère, j'ai pu éviter tout mal de cœur pro noncé. Ua bon bouillon m'a fortifiée,

On trouve que je supporte bien la mer. Je voudrais que vous la supportassiez aussi bien, quand vous la traverserez,si vous devez la traverser. Car, ma chère maman, pensezy beaucoup avant d’entreprendre ce voyage. On imagine que c’est bien beau de voyager sur mer, mais on n’est pas plus tôt parti qu’on voudrait être sur terre. Mademoiselle $S. disait que, si elle y eût réfléchi, elle ne se fût pas décidée à partir. Un monsieur de Montréal dit la même chose. 1la été malade tout le temps et a une figure de mi-carême. Il faut quelque grandes raisons, comme, par exemple, quand le bon Dieu appelle, pour ne pas regretter le départ.

Je vous ai dit que je vous parlerais d’une petite fille que j'ai rencontrée à bord. Imaginez-vous donc qu’elle est toute seule à bord et qu’elle s’en va à Liverpool, d’où elle est venue seule, il y a un an pour voir sa tante au Canada. Elle n’a que onze ans, mais paraît bien en avoir quatorze ou quinze, tant elle est avancée pour son âge. Elle lie conversation avec tous, sans se montrer du tout intimidée. Dimanche matin, elle a commencé à me parler, et après que je lui eus dit, sur la demande qu’elle m'en fit, que je suis cathoïique, elle me dit: “ Eh bien ! tant que vous êtes bonne, la religion importe peu, vous pouvez être sauvée.” Après qu’elle m’eut dit la même chose pour la seconde fois, je crus devoir lui dire que qu'on ne pouvait être sauvée hors de l'Église catholique.

Nous entrâmes de suite en véritable conférence, mais elle est trop jeune pour comprendre la différence de religion. Du reste, elle est innocente comme un ange, craint extrêmement le péché, et aime de tout son cœur Notre- Seigneur et la sainte Vierge.

Je lui ai montrée, des images de la sainte Vierge, lui disant d'en choisir une. Elle les trouvait toutes plus

174 UNE FLEUR DUCARMEL.

belles les unes que les autres, de sorte qu’il a fallu lui en donner cinq. Je lui ai donné une médaille que j'avais sur moi. La voyant si bien disposée et si bonne, j'ai cru que je ferais bien de lui apprendre l’Ave Maria.

Elle a trouvé cette prière magnifique et m’a promis de la dire chaque matin et chaque soir.

L’autre jour, elle est venue dans ma cabine pendant assez longtemps, et il m’a fallu lui dire de s’en aller, que j'avais mes prières à faire.

Alors elle me dit : Laissez-moi rester avec vous, et dites vos prières tout haut. J'ai dit le chapelet avec elle et je lui en ai donné un. Je ne doute pas qu’elle ne se fasse catholique un jour, si le bon Dieu lui laisse la vie.

Mais maintenant tout avancée qu’elle est, elle ne l’est pas assez pour comprendre la différence de religion.

Pour vous montrer combien elle aime Notre-Seigneur, je lui disais qu’une vierge était l'épouse de Jésus-Christ, et que pour être vierge et épouse de Jésus-Christ, il ne fallait pas se marier. Alors elle s’écria: “Je serai son ‘épouse, car je ne me marierai pas.”

Je prie pour elle, afin qu’elle se convertisse, car je crois que le bon Dieu a de grands desseins de miséricorde sur elle, pour l'avoir conservée ainsi pure et innocente au milieu de tant de dangers, qu’elle a courus en voyageant seule.

Jeudi, 5 Juin.

Je suis encore très-bien, ma chère petite mère ; pas le moindre mal de cœur, pas la moindre toux ; une toute petite fois j'ai toussé un tout petit peu. Cela ne vaut pas la peine d’être mentionné, car ce n’était rien. Mais je note tout, afin que vous soyez plus tranquille en sachant

tout.

On est tout étonné à bord de me voir si bien suppor-

ter la mer et le froid, car je vous assure qu’il fait froid sur mer. À ce propos, j'ai bien des recommandations à vous faire pour votre prochain voyage, et je remercie le bon Dieu de m’avoir envoyée avant vous pour vous avertir de ce qu’il vous faudra emporter.

Je ne regrette pas, je vous en assure, d’avoir emporté des vêtements bien chauds. Tout ce que je regrette, c’est de ne pas en avoir emporté davantage, comme vous le vouliez. On n’a pas l’idée du froid qu'il fait en mer. Il ya des dames ici qui ont des manteaux de fourrure; toutes ont des manteaux d’hiver. Sans une bonne couverture, qu’un monsieur bien complaisant m'a prêtée, je n'aurais jamais pu demeurer sur le pont, comme je lai fait ; et je ne sais pas ce que je serais devenue, car il est impossible de rester dans le vaisseau, excepté quand le temps est mauvais : le mal de mer vous prend aussitôt.

Ainsi donc, chère mère, quand vous viendrez,si vous venez, ayez soin d’emporter beaucoup de vêtements bien chauds, votre manteau de pelleterie, des gilets tricotés, des couvertures, des châles, des crémones, des gants de laine.

Nos garçons feront bien de mettre leurs chemises de fanelle et de gros bas de laine. Ils vont rire de moi, mais quand ils seront à bord, ils diront que je suis bien fine. Les couvertures sont bien nécessaires pour s’envelopper les pieds. Ne portez pas de vêtements trop beaux. Le salin de la mer les gâte’ait affreusement. On me l’a dit à temps. Sameui soir et dimanche, j'ai mis ma polonaise de côté. Je suis contente d’avoir ma robe de soie noire, les autres n’eussent pas été assez propres ; et 1l fait toujours être assez bien habillée pour ne pas être dif férente des autres. Je suis bien contente de n'avoir pas ms mon beau chapeau; celui que j'ai est tout bossu,cornu, tortu, et il sera bien vite impossible.

Adieu, bien chère et bien aimée maman, je vous embrasse, je vous aime et je vous prie de me bénir. Ne vous ennuyez pas trop, ne pleurez pas, mais dites-moi bien toute la vérité, sans rien me cacher, entendez-vous, chère petite mère, que j'aime tant. Que faites-vous à cette heure ? Ilest à peu près deux heures et demie là où je me trouve, et midi chez nous, car nous avons déjà une avance de deux heures et demie sur vous. Vous commencez votre diner et vous dites : Ah ! si Hermine était là, elle diînerait avec nous. Et moi que ne suis-je derrière la porte pour dire : Me voilà. Mais si mon corps n’est pas auprès de vous, mon cœur y est, et mon bon ange aussi qui est chargé de vous dire bien des choses, consolantes de ma part, et surtout de la part de Notre- Seigneur, qui vous a fait l’insigne honneur de vous demander votre fille pour son épouse. Louons-en le Seigneur. Chantez donc quelquefois le Zaudate Dominum omnes gentes, pour remercier notre bon Jésus de tout ce qu'ila fait pour nous. Unissons-nous à cette intention.

Vendredi, 6 Juin,

Ma très-chère maman, je viens vous voir aujourd'hui plus à bonne heure que de coutume. C’est la pluie qui en est la cause ; aussi ne suis-je pas fâchée de cette pluie, qui me procure le plaisir si doux de vous dire que je vous aime. Quand il fait beau, je demeure presque toute la matinée sur le pont. Mais la matinée n’est pas longue avec moi, car je me lève très-tard. Ce n’est que dans l’après-diner que je vous écris.

Comment êtes-vous aujourd’hui, ma bien aimée maman ? Je me suis jetée à votre cou en esprit, dès mon réveil, et je puis dire, toute la nuit, car je n’ai pas beaucoup dormi. Qu'il me tarde donc de savoir comment vous vous portez ; j'espère que vous m’aurez écrit aujour-

SŒUR THÉRÈSE DE JÉSUS. 177 d’hui et que je recevrai de vos nouvelles peu de jours après mon arrivée à Reims. Je pense que de samedi en huit jy serai rendue; je l'espère, quoiqu’on s’attende à n'arriver à Liverpool que mercredi dans la journée. Nous avons eu de la brume et de la pluie, et pendant quelque temps, le vent contraire. Je suis encore bien aujourd’hui, sauf un léger malaise que j’attribue à mon insomnie de la nuit dernière et au défaut de promenade sur le pont, mais cela se passera tantôt.

Je suis enchantée de ma compagne de cabine. Je n'ai jamais vu une personne plus charmante, et je vous assure qu'il faudrait aller loin pour trouver sa semblable. Elle est d’une douceur et d’une amabilité délicieuse, toujours disposée à rendre service. Elle m'a cédé, d’elle-même, le lit du bas, quoique de droit il lui appartint, car elle avait le No. 29 et moi le No. 3c. Elle s'efforce toujours de ne pas me gêner et de me rendre service en tout.

Cette pauvre enfant se trouve seule à bord. Elle cor.naît quelques-uns des passagers, mais comme les Anglais ne sont guère affectueux, ils ne la fatiguent pas. Elle débarquera à Derry, et de là elle se reridra de suite à Dublin, où elle rencontrera sa mère qui est en Europe depuis un an et qui doit y demeurer encore quelques années.

Croiriez-vous, chère maman, que quoiqu’elle ait sa mère à voir, elle n’est pas du tout heureuse et voudrait être restée au Canada ; elle s’ennuie horriblement. Je ne comprends pas ses sentiments. I1me semble que je serais bien contente, bien heureuse, si je pensais vous trouver de l'autre côté de l'océan. Tout le monde ne se ressemble pas.

J'ai fait une autre connaissance à bord, celle d’une dame de Toronto. Quand elle a entendu dire que je men allais en France pour me faire religieuse, rs est

venue auprès de moi et m’a parlé longtemps. C’est une Irlandaise, excellente catholique, qui a été éprouvée par beaucoup de peines, par la perte de parents dont le souvenir la fait pleurer sans cesse. Elle a une fille qui lui donne beaucoup d’inquiétudes, car elle est d’une santé très-frêle. Elle s’en va en Irlande pour cette fille chérie, espérant que le voyage lui fera du bien. Je lui ai dit qu’elle devrait aller à Lourdes plonger sa fille dans les eaux miraculeuses.

Il y a à peu près trente ans que cette dame laissait l'Irlande et une mère bien-aimée pour suivre son mari au Canada.

Quand elle m’a dit cela, j'ai été bien encouragée dans ma sainte vocation. Puisqu’elle a laissé sa mère pour suivre un homme mortel, dois-je regretter d’avoir laissé a meilleure des mères pour suivre l’'Epoux immortel et divin?

Lundi, 9 Juin.

Ma bien-aimée mère, je reprends ce soir ma causerie, après une longue interruption de deux jours. Vous allez peut-être croire que c’est la maladie qui a été la cause de mon silence. Rassurez-vous, bien chère maman, jamais de ma vie je n’ai été si bien, pas le moindre mal de mer. Il est vrai que j'ai eu un tout petit mal de tête de quel ques heures seulement, ce qui ne vaut pas la peine d'être mentionné.

Ce qui a été la cause de mon silence, ma bien chère mère, c’est simplement parce que je n’ai pas pu trouver un moment pour écrire. Je ne sais comment cela s'est fait, mais j'ai tant causé avec la dame irlandaise et avec ma compagne de cabine, et nous sommes si bonnes amies, qu’à peine nous est-il resté un petit bout de temps pour nos correspondances. Mais si ma plume a ét

nes nps été

silencieuse, mon cœur ne l’a pas été, très-chère maman, et il vous a envoyé mille tendresses hier soir. Je me suis transportée au milieu de vous tous, car je suppose bien que les chères tantes, cousines, oncles, se sont réunis, comme de coutume, auprès de vous.

Maintenant, il faut que je vous donne quelques nouvelles de notre voyage. Nous avons vu la terre vers 10 heures du matin. Tout le monde ne se possédait pas de joie, et quoiqu’on ne vit que montagnes et rochers arides, ils furent trouvés assez beaux pour mériter de faire sortir les lunettes d'approche. C'était si extraordinaire après de si longs jours passés entre le ciel et l’eau La petite Carmélite était bien joyeuse aussi.

Plus nous avancions, plus la vue devenait belle. Dès trois heures de l’après-dîner, nous avons eu tout plein de choses à admirer sur les côtes d’Irlande ; et puis vers 7 heures, nous avons laissé les malles à Movile, ainsi que quelques passagers parmi lesquels s’est trouvée ma charmante compagne de cabine. Cette séparation fit véritablement passer un petit nuage sur mon cœur et sur le sien aussi, je crois, car nous étions véritablement bonnes amies. Que voulez-vous, sur cette terre, pas de jouissance durable ni de plaisir solide. Toujours quelque triste dénouement qui nous fait lever les yeux vers la céleste patrie, où toujours nous serons réun'es. Que le bon Dieu est miséricordieux, ma bonne mère, de nous : envoyer des peines et de nous détacher par elles, petit à petit, de cette misérable terre !

C’est probablement la dernière fois que je vous écris sur le steamer, ma chère maman, car nous le laisserons demain, vers midi. Je n’en suis pas fâchée, et il me tarde extrêmement d’être au lieu de mon repos. Le voyage distrait tant. Je vous assure que je suis bien dissipée maintenant, et qu’:l me faudra bien du temps pour me recueillir.

Il est près de onze henres du soir, et 1l faut que je vous dise bon soir, bien à mon grand regret, ma bien-aimée maman, Car je pourrais, ce me semble, passer toute la nuit auprès de vous.

Mais comme, en ce bas monde, à tout plaisir il y a une fin, jen mets une à celui-ci pour aller passer un peu de temps avec le bon Jésus, que je prie de vous embraser de son amour.

Quelles actions de grâces ne dois-je pas à ce bon Maître, pour l’heureuse trave;sée qu’il vient de m’accorder ! Un passager, qui a souvent traversé l’océan, dit qu'il n’en a jamais eu de semblable depuis si longtemps qu'il

‘voyage.

Mardi, 10 Juin.

Deux heures et demie de l'après-midi. Encore sur le vaisseau ! ma très chère maman, et moi qui espérais ne plus y être à cette heure. Mais l’homme propose et Dieu dispose.

Il a fait toute la nuit un vent violent, qui nous était contraire et nous a retardés de telle sorte que nous som: mes arrivés trop tard pour pouvoir entrer dans la rivière Mersey à la faveur de la marée.

Nous sommes à l'ancre, en vue de la terre promise, et qui sait jusqu’à quand ? Non pas pour aussi longtemps que les pauvres Israélites dans le désert, mais pour jusqu’à neuf ou dix heures dui soir. C’est bien contrariant, nous aurons à passer la nrit à Liverpool, et cela va nous retarder d’un jour. Enfin, que la sainte volonté de Dieu se fasse. Il se pourrait qu’on envoyât un fender à notre rencontre ; car comme le remarque la bonne madame Anderson, il n’est pas aisé de garder un si grand nombre de passagers, auxquels il faudra donner le diner et le thé. C'est une grande considération en notre faveur.

C'était chose singulière de voir ce matin les pauvres passagers. Le vent contraire que nous avons eu toute la nuit, a agité horriblement la mer d'Irlande, de sorte que le roulis était tel que tous étaient malades, même ceux qui, jusqu’à présent, avaient le mieux supporté la mer. Et moi, je n’ai pas souffert. Je me suis sentie le cœur un peu fade, mais je suis montée sur le pont et je me suis bien vite remise.

Pendant toute la nuit, on a fait un bruit affreux sur le vaisseau ; ce qui a empêché tout le monde de dormir. Comme on pensait arriver de très-bonne heure à Liverpool, on a cru devoir monter tout le bagage du fond de la cale. Cela s’est fait par le moyen d’une machine dont chaque secousse faisait trembler tout le vaisseau.

Je suis toute prête à partir, car on peut nous avertir d'un moment à l’autre que le /ender vient nous chercher. Il w’a fallu prendre encore un certain temps pour arranger mes petites affaires, afin de ne rien oublier. Car je n'ai pas ma bien-aimée mère auprès de moi pour m’avertir de mes oublis.

Je vous laisse, chère bien-aimée mère, pour terminer les lettres que j'écris à mes bons frères. Si j'ai le temps après les avoir écrites, je reviendrai vous trouver.

Londres, 12 Juin.

Ma chère petite mère, je voulais vous écrire à bord ; je voulais vous écrire hier de Liverpool, et je ne l’ai pu. En voyage, on fait comme on peut et non comme on veut.

Nous sommes arrivés à Liverpool vers neuf heures trois quarts du soir. Après avoir passé une bonne nuit au North Western Hotel, je partis pour Londres, où je suis arrivée en bonne santé. Je partirai demain pour la France. J'espérais pouvoir me rendre directement à

Reims, sans m’arrêter nulle part ; mais on m'a fait remarquer que ce serait trop fatiguant, et qu'il vaut mieux me reposer un jour à Paris.

Je suis toujours très-bien portante, grâce à Dieu. Mais j'ai l'âme un peu fatiguée, je vous l’avouersi, de tant de tumulte et de tant de bruit. Et puis, il y a si longtemps que je ne me suis pas confessée. Je ne l'ai nas fait depuis que je vous ai quittée.

Je vous laisse, bien chère maman, en vous embrassant de tout mon cœur. Je vous aime, mère chérie, vous le savez bien ; ne vous ennuyez pas trop ; ayez bien soin de votre santé, et aimez toujours votre pauvre enfant toute aimante,

Postulante Carmélite indigne.

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