‹ Une fleur du Carmel [microforme] (volume 2)Chapitre 123 sur 186 · L'esprit de sacrifice, origine de la vie du Carmel · texte numérisé non relu

L'esprit de sacrifice, origine de la vie du Carmel

Et d’abord regardez la vie du Carmel à son premier point de départ. A cette heure solennelle et décisive du premier appel de Dieu, la vie du Carmel se révèle, au fond d’une belle âme, comme l'impulsion spontanée vers le sacrifice héroïque ; c’est la passion du dévouement absolu, s’éveillant dans un cœur assez généreux pour comprendre qu’on ne peut trop se donner, et qu’on ne se donne jamais assez. Qui ne sait par où la vocation du Carmel se révèle à une.jeune âme encore pure dans sa vie et déjà grande par ses ambitions? Elle vient d’ordinaire sur un souffle de Dieu, et dans l’une de ces aspirations indéfinies, par lesquelles cette âme choisie cherche ce qu'il y a de plus beau, de plus grand et de plus méritoire devant Dieu et devant les hommes ; elle vient, en

un mot, dans un désir d’héroïque immolation. ü

Assistez avec recueillement à ce spectäcle sublime, où une grande âme va décider ses destinées et changer toutà-coup toutes les perspectives et tous les horizons de sa vie ! Drame intérieur que les anges regardent avec admiration, et où la forte chrétienne va s’arracher à tout ce qu’elle a de plus cher, pour s’élancer vers tout ce qu'il y a de plus grand. Elle a vingt ans ; elle est dans l’épanouissement de la vie : belle et radieuse saison, qu’on nomme bien le printemps de la vie; elle en peut, s’il lui plaît, respirer tous les parfums; elle en peut cueillir toutes les fleurs ; elle en peut mettre sur son front tous les lis et toutes les roses. Élevée dans les fascinations du monde, et en même temps formée aux enseignements du Calvaire, elle éprouve deux attractions qui vont en sens contraire : tandis que le monde la charme d’un côté, le Calvaire la séduit de l’autre. Un jour elle revient d’une fête brillante, où l’ennui l’a visitée au sein même du plaisir ; elle rapporte de toutes ces pompes vaines et de tous ces plaisirs menteurs un vide immense ; vide indéfinissable, qui n’est que l'attestation de la grandeur de son âme et de l’infini de ses désirs. Elle regarde son crucifix; elle voit son Dieu dépouillé, flagellé, couronné d’épines ; et puis elle se regarde elle-même parée, comme une reine sur son trône, et parfumée comme une divinité dans un nuage d’encens. Elle compare à cette couronne d’épines sa couronne de fleurs, à ce dépouillement sa parure, à ces flagellations ses plaisirs, aux douleurs de ce sacrifice

ses égoïstes joies. à

Elle se prosterne devant son Dieu, elle médite, elle s. adore, elle aime ; et puis, tout à coup, ôtant sa couronne, À , s ses joyaux et toute sa vaine parure : “ Ah! j'ai compris, V “ dit-elle ; ce monde que je viens de voir, et dont je fus on “ moi-même, ment à Jésus-Christ et à son Calvaire : c'est sols

“ fini; désormais, je serai une chrétienne.”

C’est alors que la mondaine élégante, devenue en effet une véritable chrétienne, se met à poursuivre, à travers les chemins de ce monde où elle est forcée de marcher encore, l'idéal de sa vie qui lui est apparu ; elle fait des rêves étranges dans une âme de vingt ans ; elle rêve la croix, les épines, les flagellations et toutes ces austères choses, qui sont les réalités du Calvaire. Le Crucifié lui . a fait sentir, à l'endroit le plus céleste de son âme, sa divine séduction ; elle veut le suivre ; avec lui et comme lui elle veut se faire victime ; elle cherche son chemin de croix ; elle demande à Jésus sur quelle montagne sainte, sur quelle colline sacrée elle pourra, elle aussi, rencontrer son Calvaire. Et un jour, elle voit, comme dans une pure lumière, le Carmel lui apparaître ; elle l'entend retentissant encore de cette voix de Thérèse: Auf pati aut mort. Et après avoir prié, prié encore devant une image de la sainte transfigurée par son amour ; après avoir contemplé ce visage de séraphin. ces yeux fixés sur invisible, et cette poitrine haletante par l'aspiration de la souffrance et du sacrifice, elle se dit: “ Moi aussi je serai Carmélite... ” Quelques mois se passent, et la jeune mondaine vient frapper à la porte du plus humble des Carmels.—‘ Que voulez-vous ?—Je veux entrer au Car- “mel.—Pourquoi au Carmel ?—Afin d’être plus qu’ail- “leurs victime avec Jésus.—Que cherchez-vous donc, “enfant ?—Le sacrifice, rien que le sacrifice.—S'il en “est ainsi, entrez; c’est ici la demeure et le lieu du “sacrifice ; c’est ici le temple où l’on s’immole ; venez, “soyez victime, et avec nous sauvez le monde qui se “meurt d’égoïsme.”

Voilà l’histoire d’une vocation au Carmel. Vous le voyez, c’est le souffle de Dieu traversant une grande âme pour la pousser au sacrifice. Le monde lui promettait tout; elle n’a rien voulu de tout ce que lui promettait le

monde ; elle lui a dit : “ Garde tes bals, tes spectacles, “ tes danses, tes égoïstes bonheurs ; à moi le Crucifié, à “ moi son Calvaire, à moi ses souffrances, à moi son sacri- “fice.” Si le Carmel a obtenu ses préférences, c’est qu'à tort ou à raison, elle s'était persuadée que là elle trouverait davantage et réaliserait mieux le sacrifice qu’elle à rêvé, le sacrifice sans réserve, l'absolu dans l’immolation.

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