Une heureuse irrégularité
Un mot encore de notre petit ange, on ne s’en lasse pas :
Peu de temps après son arrivée, elle fut chargée de la cloche : elle en était bien joyeuse, comme de tous les offices qu’elle recevait ; elle appréciait à si haute valeur une petite occupation, dans la maison et au service de Jésus ! Mais une fois, notre petite sonneuse se trouvant un peu en retard, une de nos sœurs avait sonné pour elle. En entendant la cloche, ma sœur Thérèse de Jésus arrive avec empressement, et sa suppléante dit qu’elle n'oubliera jamais l'expression de peine et de regret qu’exprimait son visage... c'était, il est vrai, une irrégularité, mais il eût été presque dommage qu’elle ne fût pas commise, tant elle servit à nous faire comprendre quel prix la chère petite attachait au fidèle accomplissement de ses devoirs.
Ô. Humilité de Thérèse de Jésus.
Notre chère petite sœur n’était pas fort adroite pour aucune sorte de gros ouvrage, étant naturellement faible et délicate et n’ayant jamais eu besoin de s’en occuper.
Aussi avait-elle souvent occasion de se plaindre de sa maladresse. “ Je suis si gauche ! Je suis si maladroite !” sortaient si naturellement de sa bouche, qu’on eût souvent regretté un peu plus d’habileté, qui lui aurait retiré une seule occasion de s’humilier si franchement ; mais cela ne la décourageait pas, et toujours elle réclamait une première part aux ouvrages qui ne manquaient certainement pas de lui être pénibles.
Un jour, elle s'était empressée de balayer un escalier, ce que nous devions faire nous-même dans la matinée.
Comme je lui témoignais à la récréation toute ma confusion : “ Laissez-moi faire, dit-elle, il faut que je me donne au bon Jésus...” Quelques jours après, je pus à mon tour lui rendre un petit service de charité. “ Vous m'avez fait de la peine,” me dit-elle encore ; “ je vous assure que suis toute triste, c'était notre ouvrage.” ‘“ Eh bien, lui répondis-je, quand ma Thérèse de Jésus fera notre balayage, je serai triste aussi et j'en aurai de la peine.” “ Oh ! non, non, dit-elle, pauvre chère sœur !” et nous restûmes bonnes amies. Mais que de fois j'ai vu cette chère petite sœur vraiment humble de cœur, demander à une novice comme eile, de lui parler un peu des vertus religieuses, de la Pauvreté, de l'Obéissance surtout, comment il fallait faire pour bien obéir à nos bonnes Mères...
Comment dire l'accent suppliant avec lequel elle faisait cette demande, son attention à écouter et à se faire expliquer ce qui était mal exprimé, même sa reconnaissance, comme si elle eut eu un entretien sérieux avec une personne capable et autorisée pour cela ! Que le
bon Dieu soit sa récompense pour le bel exemple d’humilité qu’elle m’a donné en ces rencontres, et que je suis bien incapable de traduire sur le papier.