Ses angoisses
Dans ses réflexions, elle pensait souvent à sa faiblesse, à la facilité avec laquelle son cœur s’attachait à ceux qui
lui témoignaient de l’affection; elle reconnaissait aussi Ce qu'il y avait au fond de sa nature un secret penchant D ave pour le monde, et qu’elle ne serait pas insensible aux 5 sa: attraits et aux avantages qu’il offrait. Yan:
Elle comprit le danger qu’il y avait pour elle à rester LB cett dans sa famille, car ses bonnes résolutions pourraient V s'affaiblir, et elle finirait par écouter les insinuations du D #4. du monde. Quelquefois, elle regardait les autres jeunes à 4%, filles, aimées, recherchées et heureuses, tandis qu’elle Ce même serait abandonnée, livrée à l'ennui, et deviendrait D dant
malheureuse. ‘“ Que deviendrai-je si je reste dans ma famille ? Que deviendrai-je si maman meurt avant moi ? Que deviendrai-je si mes bonnes résolutions s’affaiblissent ? Serai-je toujours maîtresse de mon cœur ? Que de jeunes filles, qui avaient pris de bonnes résolutions comme moi, qui étaient meilleures que moi, et qui n’ont pas été fidèles ! Ne serai-je pas capable de faire un coup de tête, même à l’âge de quarante ans et de me marier? Je le regretterais ensuite, mais ce serait trop tard. Mon Dieu ! que de périls qui me menacent dans le monde !
: Ce furent ces réflexions, qui la firent penser à la vie re- # ligieuse. ‘“ Au moins, disait-elle, dans la vie religieuse je serai préservée de tous ces dangers, et je n'aurai plus ces inquiétudes sur mon avenir.” es Ensuite elle disait : “ Mais pour entrer dans la vie religieuse, il faut y être appelé, 1l faut une vocation, il faut d connaître la volonté de Dieu Et est-ce bien ma vocase tion d’être religieuse ?” = , Mon directeur ne m’en a jamais parlé. Ilma tounn. jours dit de persévérer dans l’état où je suis et que j'aime tant, vivant avec maman et éloignée du monde.” 4. Prières pour connaître la volonté de Dieu. st Telles étaient les pensées qui occupaient Hermine. aussi Ce fut alors qu’elle résolut, pour la première fois, de prier chant avec ferveur pour obtenir de Dieu la grâce de connaître e au D vocation. On voit dans son cahier que ce fut à Savannah qu’elle prit la résolution de prier tous les jours à rester MR cette intention.
rralent Voici la petite note qu’elle écrivit au crayon: Savanons di nah. Prières quotidiennes. Prières pour connaître ma vo. ; jeunes cation, fous les jours à la sainte messe. qu'elle Cette pensée de connaître sa vocation l’occupait pen-
dant tout le temps de son séjour en Floride. Elle priait,
elle pleurait, elle communiait, elle ne négligeait rien pour obtenir cette grâce. Elle sentait au fond de son cœur un vif attrait pour la vie religieuse ; mais elle ne sentait nul attrait pour aucune communauté en particulier. Elle parcourait en esprit toutes celles qu’elle connaissait, et toujours elle entendait dans son cœur comme une voix qui lui disait : Cette communauté ne te convient pas. Elle se trouvait donc dans un état de grandes souffrances intérieures et de cruelles perplexités.
Elle disait souvent : on Dieu ! faites-moi connaître votre volonté !
Il lui semblait que Dieu était sourd à ses prières. Cependant elle était exaucée, et ne devait pas revenir à Québec sans avoir entendu la voix de Dieu au fond de son cœur, sans avoir vu s’évanouir toutes ses inquiétudes, cesser toutes ses perplexités. Elle sera inondée des
plus douces et des plus abondantes consolations à la pen- d sée que Dieu l'appelle à la vie religieuse, et a daigné lui be faire connaître la communauté, où il veut qu’elle se dé- tic voue à son service : Owi, disait-elle après son voyage de les Floride, 7e serat Carmélite et je mourrai Carmélite. no!
Dans les lettres suivantes, Hermine nous fera connai tir tre ce qui se passait dans son cœur pendant son voyage ME ne en Floride. que
Pre rons
Yori 1. Départ ponr la Floride. Arrivée à New York. New York, 23 Nov. 1871.
Quoique je sois convenue de ne vous écrire que de l Floride, je me hasarde à le faire avant de n:'y rendre ; je Ap crois que vous ne serez pas fâché d’avoir des nouvelle Æ so, des voyageuses. presqu
Ces nouvelles ne sont pas bien bonnes : ma chèr "&& Jo,
man n’a pas été bien depuis que nous sommes arrivées à New York, et elle souffre encore de douleurs rhumatismales dans la tête.
Vous comprenez facilement, mon bon Père, combien je suis triste de voir ma chère maman ainsi malade. Elle ne l’est pas moins d’être privée d’aller à l’église autant qu’elle le voudrait. Nous ne sortons qu’un peu, quand le soleil est haut. Quant aux sorties du matin, nous n’avons pu les faire que deux fois depuis que nous sommes ic. Oh ! que nous nous ennuyons, mon bien bon Père, d'être ainsi privées de la sainte communion. Cette privation rend notre voyage bien triste. Que ne donnerais-je pas pour retourner au Canada ? Il me semble que, là
le seulement, nous serons bien de corps et d'âme. Le bon ÿ- Dieu est éloigné de ceux qui sont aussi dissipés que nous. les Malgré mon horreur des voyages, il me tarde cepenpe dant d’être en Floride. Là-bas, au moins, nous aurons le ui bonheur de suivre notre règlement, de faire nos méditadé tions et nos communions, qui nous aideront à supporter , de les ennuis de notre hiver, passé loin de tous ceux que nous aimons. Je ne pense pas que nous puissions parinai- tir avant la semaine prochaine à cause de maman, qui yage MR ne peut voyager avant d’être parfaitement bien. J'espère que vous voudrez bien prier pour nous et que nous ferons un aussi bon voyage que celui de Montréal à New York.
rk. ps 371. 2. Arrivée à Jacksonville.
Floridé, Décembre.
e de la ire : À Après avoir voyagé tous les jours depuis mardi, nous uvelles M sommes arrivées hier matin à Jacksonville, où nous avons presque décidé de passer l'hiver chez les bonnes sœurs de èr “Mt Joseph, qui nous ont reçues bien cordialement. Nous
nous sommes rendues sans aucun accident, ne rencontrant partout qu’attentions et bontés, surtout de la part des Américains du sud, qui sont extrêmement polis, quoiqu'un peu curieux. Ils nous effrayaient presque par leurs questions répétées dans le but de savoir de quelle partie de l'Amérique nous venions, car ils voyaient bien que nous étions étrangères. Enfin, personne ne nous a fait de mal, et nous en sommes bien reconnaissantes au bon Dieu et à ses anges, qui nous ont gardées pendant ce long voyage.
Nous avons trouvé nos bons prêtres canadiens. Ces messieurs se plaisent extrêmement ici; c’est qu’ils trouvent bien à exercer leur charité et le saint ministère, ici où les prêtres sont si rares.
Monsieur Routhier est encore bien faible et malade, mieux cependant qu’il n’était à son arrivée ici, ce qui est une bonne recommandation de l’endroit. En effet, l'air est assez doux, (quoique le soleil ne nous ait pas encore favorisées de ses rayons,) et on le dit très-salubre. Les
arbres ont encore toutes leurs feuilles et les fleurs sont : en pleine terre. fa Vous pouvez juger de mon étonnement à la vue de q cette nouveauté, moi qui n'ai jamais vu que la neige et in
n'ai jamais épouvé que le froid du Canada en ce temps de l’année. ch Maman se trouve très-bien ; il n'y a que la vue du tou mieux que cette chère mère éprouve, qui puisse me ré: ( concilier avec ce pays, car je m'y ennuie beaucoup et ne ag sais comment je ferai pour passer tout l’hiver qui, il me semble, ne touchera jamais à sa fin. J'aurai grandbe soin d’encouragements. "ee Je suis allée à confesse. On m'a permis de commu is nier trois fois cette semaine, et j'espère qu'on me le Pa
permettra pendant tout l'hiver. Maman est toujours
aussi bonne et aussi vertueuse parmi toutes ies contrariétés et les ennuis que nous rencontrons. Elle est mon modèle, je devrais suivre son exempie, mais je suis loin de le faire ; je me laisse tant abattre par l'ennui et les moindres contrariétés.
Adieu, mon bon Père, je me recommande à vos bonnes prières. Je pense avec bonheur que vous m'avez promis de prier pour nous au Saint Sacrifice. Je ne vous oublie pas non plus.
Nous avons le bonheur d'entendre la sainte messe tous les jours dans le couvent. C'est M. Légaré qui vient la célébrer. C’est encore une grande grâce que le Seigneur nous fait. Puissions-nous en profiter !