‹ Une fleur du Carmel [microforme] (volume 2)Chapitre 98 sur 186 · Consolations et épreuves · texte numérisé non relu

Consolations et épreuves

Son admission et le nom qu’elle reçut furent pour Hermine une source d’ineffables consolations. “ Mon cœur, “ disait-elle, surabonde de joie, à la pensée que j'ai eu “ le bonheur d’être choisie afin de m’immoler au Carmel “ pour la gloire de Dieu et le salut des âmes. Je porte- “ rai donc le beau nom de la sainte Mère du Carmel, “ Thérèse de Jésus ! Oh ! comme je m’efforcerai de de- “ venir une véritable fille de Sainte Thérèse, en aimant “beaucoup Jésus, sa Croix et sa très-sainte Mère.”

Hermine voulut commencer dans le monde à mener, autant que possible, la vie de Carmélite. Elle comprenait que les Carmélites étaient choisies afin de s’immoler par la prière et la mortification, en union avec Jésus-Christ,

pour la gloire de Dieu et le salut des âmes. Elle résolut donc de rester toujours intimement unie à Jésus-Christ, d'offrir toutes ses prières, ses actions, ses souffrances, en union avec Jésus-Christ, pour la gloire de Dieu et le salut des âmes. De là, ce zèle qui éclata en elle, surtout dans les derniers temps, pour répandre à Québec les images du Sacré-Cœur de Jésus, et en propager la dévotion. ‘ Car, disait-elle, c’est par le Sacré-Cœur de Jésus que Dieu sera glorifié et que les âmes seront sauvées.”

Elle avait reçu de Reims, le scapulaire du Carmel et elle le portait avec la plus grande dévotion.

On ne soupçonnait pas tout ce qu’il y avait dans son cœur d'amour pour Jésus et pour les âmes ; on ne soupçonnait pas que sous la robe de soie qu’elle portait pour ne pas se singulariser, cette enfant était déjà revêtue des livrées sévères du Carmel, et que tout les soupirs de son cœur étaient pour Jésus, pour sa Croix, pour sa trèssainte Mère.

Hermine éprouvait de bien douces consolations depuis qu’elle était admise au Carmel, et qu’elle avait reçu le nom qu’elle devait porter en religion. Depuis ce temps elle signa du nom de Thérèse de Jésus P. C. I. (postulante Carmélite indigne) toutes les lettres qu’elle écrivit aux personnes qui avaient le connaissance de son secret. Sa joie était bien douce quand elle pouvait signer 7#érêse de Jésus. Ce nom avait toutes ses préférences.

Jésus-Christ dit à ceux qui veulent venir après lui qu’ils doivent se charger de la croix. Il y a, en effet, des peines bien grandes et des croix bien lourdes pour ceux qui veulent le suivre. Ila soin de ménager des souffrances particulières à tous ceux qu’il appelle à s’attacher à lui plus étroitement. Thérèse de Jésus était appelée à suivre son divin époux dans la voie du sacrifice et à s’immoler avec lui. Elle aura donc part à sa Croix ; elle

ceux soufacher elée à à s'im- Es elle

passera par des peines intérieures, des inquétudes, des désolations,que comprennent seulement ceux qui les ont éprouvées.

Dieu purifiait de plus en plus cette belle âme ; il la détachait plus parfaitement de la terre ; il la rendait chaque jour plus conforme au divin modèle.

Elle nous parle de ses peines et de ses angoisses, de ses désolations et de ses perplexités. On est tout surpris de voir avec quelle assurance et avec quelle droiture elle sait se diriger dans ces différents états.

Pour comprendre d’où venait à Thérèse de Jésus ce discernement pour se conduire dans les différents états par où elle passait, rappelons-nous qu’elle faisait ses délices de la lecture de Rrodiguez et de la vie de saint Ignace.

Ce qu’elle remarquait le plus dans cette vie, c'était d’abord le zèle du saint pour la gloire de Dieu et le salut des âmes, ensuite sa conduite pleine de prudence et de sagesse au milieu de ses troubles et de ses perplexités, dans les consolations et dans les désolations. Elle avait beaucoup réfléchi sur les règles du discernement des esprits,qui l’aidaient si puissamment à distinguer en elle les mouvements de la nature et ceux de la grâce, comme on peut le remarquer en plusieurs passages de ses écrits.

La lecture de Rodriguez perfectionnait son jugement dans l'intelligence des choses spirituelles, et la préserva de cette dévoticn purement sentimentale, qui égare un si grand nombre d’âmes.

Qu'il est touchant de l’entendre raconter tout ce qui se passe dans son cœur, ses inquiétudes, ses combats, son agonie, quand l'heure du sacrifice approche ! Comme on souffre avec cette chère enfant ! Mais aussi, comme on est édifié en voyant sa fermeté, sa confiance en Dieu, sa patience, son recours à la prière.

Dans les consolations, quand son cœur surabonde de joie, elle reste humble. Dans les désolations, quand, suivant son expression, les eaux de la tribulation l’environnent, elle reste calme, patiente, confiante, priant : elle attend le secours de Dieu.

Dans ces différents états, elle ne fait pas une seule fausse démarche. Elle a présentes à l'esprit les règles de conduite, qu’elle a lues dans la vie de saint Ignace, elle les suivra toujours fidèlement. Grâces à cette sagesse, aucun obstacle ne lempêchera jamais d’avancer toujours vers le Carmel.

Ce qui étonne encore dans cette enfant, c’est la fermeté, le courage et l'énergie qui se développent en elle, depuis le jour de sa vocation. Ce n’est plus cette jeune fille timide, qui n’aime que la maison paternelle, qui ne peut se faire à l’idée d’être séparée de sa mère. Elle a compris que, pour donner à Jésus des preuves de son amour, il faut accepter tous les sacrifices et se séparer de ce qu’on a de plus cher. Son amour pour sa mère et sa famille, loin de s’affaiblir en elle, se perfectionnera et atteindra le sublime de l’héroïsme chrétien.

Thérèse de Jésus s'élève à des considérations surnaturelles :

“ Je puis être plus utile et faire plus de bien à ma “ famille au Carmel que si je reste à Québec. A Québec, “je puis rendre quelques services, procurer quelques “ consolations à maman et à ma famille, et encore “ pour combien de temps? Au Carmel, je prierai, j'of. “ frirai ma vie, je m’immolerai à Dieu pour maman, pour “ mes frères et pour tous ceux que j'aime, et ainsi j'atti- “ rerai sur eux les bénédictions du ciel. Ce ne seront “ plus des consolations terrestres que je leur procurerai ; “ mais je veux leur obtenir des grâtes surnaturelles et “ célestes qui l’emportent sur tout ce qui est terrestre.

dis em fait

“ Le bon Dieu bénira maman et mes frères en voyant la “ pauvre petite Thérèse de Jésus, qui suppliera pour eux, “ qui acceptera toutes les pénitences et s’imposera toutes “les mortifications pour que maman soit toujours heu- “ reuse, pour que mes frères évitent toujours le péché “ mortel, pour que mes oncles et mes tantes, mes cousins “ et mes cousines et tous les membres de ma famille “ restent toujours des enfants de Dieu. Aiïnsi j'aimerai ma & famille d’un amour plus véritable et plus parfait que je 4 ne l'ai fait jusqu’à présent, et je lui serai beaucoup plus “ utile en vivant au Carmel que si je restais à Québec.”

Voilà comment l’amour de Jésus avait élevé et perfectionné tous les sentiments de cette douce enfant.

Thérèse de Jésus ne veut plus agir que par amour pour Jésus. Cet amour lui donne de la force, et cette jeune fille, si faible de corps et si délicate, étonne par son courage et son énergie. Pour obéir à la voix de Dieu, elle

a est déterminée à traverser seule l'océan: “Il le faudra : bien,” dit-elle, “ si je ne trouve personne pour m’iccom- . pagner, puisque le bon Dieu me veut au Carmel.” sf Son cœur est brisé ; elle comprend, elle sent toute la grandeur et l’étendue du sacrifice ; sa détermination est en un mystère, qu’elle ne peut s'expliquer. Elle n’a qu’une pensée : ‘ Je veux Jésus, sa Croix, sa très-sainte Mère, et ae je ne dois reculer devant aucun sacrifice pour trouver ces EC trésors. Je-les trouverai au Carmel ; rien au monde ne ques mempêchera de m’y rendre : Dieu le veut ! ” ore vof. 6. Maladie d' Hermine.

pe Mais Jésus visita son épouse par une nouvelle épreuve. j'atti- Pendant que notre fervente postulante ne pensait qu’à se eront disposer à partir pour le Carmel, son céleste époux lui sp envoya une maladie bien grave, qui la réduisit à une telle les

faiblesse qu’on pouvait croire que sa dernière heure étÆit

proche. Voici ce que sa bonne mère écrivait à cette

époque :

“ Hermine est dans un état de maladie et de faiblesse “tel, qu'il lui sera impossible de vous écrire d'ici à “ plusieurs semaines. Elle ne prend presque aucune “ nourriture et souffre de douleurs de tête et d'estomac. “ Si elle toussait, il ne faudrait pas grand temps pour ‘ l'emporter ; mais heureusement qu’elle ne tousse pas “ dutout. J'en suis très-inquiète. Je la tiens en grand “ repos, je lui abrége ses exercices de piété. J'espère, ‘ quand vous lui écrirez, que vous ne manquerez pas de “ lui recommander de modifier son règlement, qu’il lui est “ impossible d'observer pendant le temps de sa maladie.”

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