Le Saint Habit du Carmel
(Par une Carmélite de Reims)
J'espère, ami lecteur, que de la Carmélite
Vous connaissez au long et le but et le gîte.
De quelques mots encore complétant le tableau, Je vais vous la montrer sous un aspect nouveau. Si vous voulez permettre à ma modeste ;lume
De vous dépeindre ici son sévère costume,
Son vrai trait distinctif est la simplicité,
Son unique ornement, la sainte pauvreté :
C’est l'Habit vénéré des anciens solitaires,
Qui, sur le mont Carmel, furent nos premiers Pères: Son teint d’un brun foncé est tel que les moutons Pour faire son tissu fournissent leurs toisons. Notre robe est de bure, étoffe très-grossière ;
Elle est ronde et sans plis ni devant ni derrière ; Une ceinture en cuir suffit à l’ajuster,
Puis une grande épingle au cou vient la fixer. Cette robe nous sert pour faire la lessive,
La même sert encor quand Pâques nous arrive ; Elle nous couvre à point quand viennent les frimas, Mais aux beaux jours d'été nous ne la changeons pas. Arrivons maintenant à notre Scapulaire,
Habit trois fois héni de notre tendre Mère.
Il est de même étoffe et de mème couleur,
Mais il a quatre doigts de moins sur la longueur. On nomme toque ici ce qui couvre la tête ;
Jamais pour Ja lisser un fer chaud ne l’apprête ; Ce serait au Carmel de la mondanité,
Et la Règle bannit la superfluité.
Sur cette toque enfin nous mettons notre voile ;
Il est noir, tout petit, et simplement en toile ;
te.
bleau, ouveau.
lume
iers Pères.
moutons sons.
re ; errière ;
fixer.
arrive ; les frimas, geons pas.
re.
r, pngueur.
) apprète ;
e voile ; oile ;
Il descend jusqu’au front, et nous redit ivut bas
Que nos vœux à Jésus nous lient jusqu’au trépas.
Voyez au côté droit la couronne bénie,
Qu'il est doux d'égréner en l'honneur de Marie.
Oh ! nous le chérissons ce chapelet de bois,
Ses médailles de cuivre et sa modeste croix...
Soulevons à demi notre grand Scapulaire ;
C'est là qu'est le trésor de l’âme solitaire,
La croix, gage adoré de l'amour de Jésus
Brille sur notre cœur... Que désirer de plus !
Mais j'allais oublier un mot de la chaussure,
Et pourtant cher lecteur, je crois en être sûre,
Elle a tout ce qu’il faut pour charmer le regard :
Dans son genre, vraiment, c’est un chef-d'œuvre [d'art !
Des pauvres, en Espagne, elle est, dit-on, la mode,
On l'appelle alpargate, et rien n'est plus commode :
En corde elle est tissue et ne fait point de bruit,
Puis, pour l’assujettir, un cordon nous suffit.—
Voilà pour la maison. Mais pour être complète,
Il faut vous dire encor qu'aux jours de grande fête,
Nous revêtons de plus un beau manteau de chœur:
Il est blanc, assez long, et de certaine ampleur.
C'est pour le Roi des cieux notre grande parure,
C’est le symbole aimé d’une âme droite et pure.
Ajoutons, en passant, qu’un tout petit bâton,
Le ferme artistement en guise de bouton.
Enfin, pour terminer, quand la grille s’entrouve,
Un voile long et noir de son ombre nous couvre :
Ce voile nous dérobe à tout regard mortel...
Adieu, mon cher lecteur, nous nous verrons au ciel !!
4, Une récréation au Carmel
En nous envoyant plusieurs documents qui sont entrés dans cet opuscule, une Carmélite nous écrivait :
‘ Nous avons cru pouvoir vous envoyer aussi les quelques bouts-rimés qui suivent... cela aura du moins l'avantage de convaincre une fois de plus que la vie du Carmel n’engendre nullement la mélancolie, et que les récréations enjouées, les plaisanteries douces et charitables y sont fort bien reçues. Voici l’origine de ceci : Une de nos sœurs a le soin d’un petit pied de camomille, qu’elle a fait venir de son pays. Si jamais plante fut entourée d'attentions maternelles et délicates, c’est bien la fl'urette en question ; visites fréquemment renouvellées, arrosage etc., etc. rien n’y manque. Elle a, au dire de notre chère sœur, des propriétés si multiples et si merveilleuses ! c’est une véritable panacée ! …
Dès que l’une de nous souffre d’un malaise quelconque, on est presque sûr d'entendre une petite voix suppliante répéter invariablement la mème formule : ‘ O ma Mère, un peu de camomille pour ma sœur.”—Or, un jour on parlait du Canada, (ce n’est rien moins que rare,) et notre pharmacienne émérite s'écrie tout-à-coup : ‘ Nous y porterons de la Camomille ! ” C'était la première révélation publique d’une vocation, qui jusqu'alors était restée secrète entre le bon Dieu et nos Mères bien-aimées.. Un éclat de rire général l’accueillit, et depuis ce temps, la chose reste conclue. Ma sœur M. A. ira au Canada, pour y implanter sa camomille. Du reste, notre chère sœur accepte très-volontiers cette plaisanterie, et nous eûmes même un affectueux
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merci, quand notre Révérende Mère fit en récréation la lecture de notre petite tirade..…. On y parle d'ailleurs du Canada et de la Camomille ......., c'est le moyen infaillible de se faire pardonner beaucoup de rhoses.
Voici maintenant le chef-d'œuvre :
Venez, chers habitants de ce beau Canada,
Venez considérer dans le pot que voilà
Une fleur admirable, à nulle autre pareille, Guérissant tous les maux, véritable merveille ! Admirez un instant sa forme, sa blancheur, Aspirez à loisir sa ravissante odeur.
Etpuis, si quelque jour, certain mal vous tourmente, Il faut tout simplement recourir à ma plante.
Dans un peu d’eau bouillante, on la laisse infuser : Le sucre ne nuit pas, mais on peut s’en passer. Buvez-en dans l'hiver quand le froid vous enrhume, Buvez-en quand la bile, avec son amertume Soulève votre cœur par des vomissements ;
Buvez quand vous souffrez de vos mauvaises dents ; Buvez si vous avez une jambe cassée... | Prenez, prenez toujours ma plante parfumée.
Pour l’apporter ici, j'ai traversé la mer ;
De ces beaux résultats mor cœur peut être fier. Venez! Venez! Venez! c’est de la camomille.
Je veux la propager, et dans chaque famille.
Oh! pour la cultiver ne craignez pas l'effort,
Tant que vous en boiïrez, vous ne serez pas mort!!! Mais ne m'’accusez pas d’être trop empiatique,
De trop vous imposer ce charmant spécifique.
Un mot explique tout : Il vient de mon pays!
Pays incomparable, et qu'on appelle Oulchys! 11...