‹ Une fleur du Carmel [microforme]Chapitre 144 sur 201 · JI DONNE {EL · texte numérisé non relu

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je n'en serai nullement surprise, et même je désire que vous ne vous fatiguiez pas trop. Mais toujours quand vous pourrez le faire, votre petite fille sera bien contente de lire vos chères amitiés ; et elle apprécie d'autant plus le plaisir que vous lui accordez qu'elle sait qu’il faut quelquefois pour cela bien vous presser.

Mais qu'avez.vous donc, mère chérie ? vous êtes malade, me dites-vous, et vous ne me dites pes ce que vous avez. J'espère que maintenant vous êtes tout-à-fait guérie.

Vous me dites que depuis notre séparation, vous désirez plus vivement le ciel. Eh bien, très.chère mère, voyez donc quel grand bien a déjà produit votre séparation puisqu'elle nous fait penser plus souvent au ciel. Quand nous étions ensemble, nous étions tellement heureuses, malgré les tracasseries des affaires qui ne nous manquaient pas à la vérité. que nous ne pensions pas à désirer le ciel, et si l’une de nousétait malade, aussitôt que de lamentations ! que de craintes ! ‘ Peut-être faudra t-il nous séparer! Peut-être mourra-telle!” Il aurait bien fallu en venir là quelque jour; car enfin le bon Dieu ne nous avait pas dit qu’il nous ferait mourir toutes deux à la même heure.

Maintenant à la bonne heure, nous désirons le ciel, nous désirons d’être séparées de ce corps mortel pour être à jamais réunies daus le Sacré- Cœur du divin époux. Allons! du courage, ma très-chère maman, ne pleurez donc pas tant, essuyez donc ces chers petits yeux, dont la vue me navrait tant quand ils étaicat .aouillés.

Pensez à nos chers enfants et que le désir de leur sanctification vous fasse accepter généreuse. ment la croix du bon Jésus.

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Maintenant, ma très-chère mère, il faut que je vous raconte un peu comment tout va au Carmel, comme on est heureux dans la maison de Notre. Seigneur, qui envoie à ses Épouses des jours d’un bonheur sans mélange. Tels ont été, bien chère maman, le jour de la fête de notre Révérende et bien:aimée Mère Prieure, et celui de la prise d’habit de notre chère sœur Victoire de Saint Pierre.

Je dis, sans mélange; mais non, il y avait un désir qui restait à satisfaire, celui de vous voir auprès de votre enfant pour jouir avec elle de cette belle fête de famille.

Vous savez que la fète de notre Révérende Mère est le jour de la fête du Sacré-Cœur. Mais comme ce jour est solennel au Carmel, on remet la fète de notre Mère au mercredi suivant.

Mercredi donc, à midi, on a exprimé à notre chère Mère les vœux du plus filial attachement. Nos sœurs qui ont beaucoup d’habileté, jointe à un goût exquis, avaient préparé une quantité de charmants petits objets de fantaisie, mais tous religieux, comme vous le pensez bien. 1l y avait deux tables chargées. La petite Thérèse de Jésus, elle aussi, avait fait tout son possible pour faire un petit monastère (avec l’aide bien entendu d’une sœur bien charitable.) Ce petit monastère représentait le monastère futur du Canada, s’il plaît à Notre-Seigneur qu'il y en ait un, et nous avons mis en tête, ‘ Monasière de Notre-Dame du Sacré-Cœur ; ce qui plaît beaucoup à notre Mère, à cause de la grande dévotion qu'elle a à invoquer notre céleste Mère sous ce beau titre.

Le Révérend Père ayant dit à nos bonnes Mères, l'hiver dernier, que vous aimiez que le monastère

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fût dédié à la Sainte Vierge, elles en ont été extrèmement heureuses, surtout notre Révérende Mère.

Mais ce n’est pas tout; le plus beau, c’est qu'on a fait figurer parmi les divers cadeaux donnés, qui ?.. Votre petite Thérèse de Jésus ?

Voici comment la chose s’est passée : On avait présenté à notre bonne Mère une jolie crèche où était un beau petit Jésus. Une de nos sœurs avait composé un cantique pour l'occasion. On y exprimait tous les vœux, toutes les prières que les bonnes filles de notre bonne Mère adressaient au divin Enfant pour lui obtenir bien des grâces. Après que ce premier Cantique eut été chanté, on en chanta un second ; je vous les envoie tous les deux.

Comme vous le verrez, ce second cantique est composé tout entier à propos de la petite Canadienue qu'on dit être un joli présent que le bon Jésus envoie à notre chère Mère pour exaucer les vœux de ses petites épouses. C’est en ce moment que je me suis montrée, ma chère maman. Jusques-là, on m'avait bien cachée, et quand on a chanté :

Accourez, cher bouquet vivant, Embrassez notre tendre Mère, Accourez cher bouquet vivant Sur ce cœur qui vous aime tant,

je suis allée embrasser notre bonne Mère. Oh! que nous étions heureuses !

Notre bonne Maîtresse avait bien voulu que je fusse revètue, pour ce beau jour, du saint habit du Carmei ; et comme on avait parlé de la petite Canadienne comme d’un bouquet vivant, on avait pris à tâche de la faire paraître comme telle.

Tout le scapulaire était parsemé de fleurs blan. ches et rouges, et j'en avais sur la tête.

Tout cela avait mis beaucoup d'entrain à la fête, comme vous le pensez bien. J'aurais bien voulu que vous eussiez été là, mère chérie, pour voir le joli bouquet.

Toutes nos sœurs ont trouvé que le saint habit m'allait très-bien, et elles m'ont dit agréablement que j'ai été créée et mise au monde pour porter l'habit du Carmel, tant il leur semblait naturel de me voir ainsi. Je vous assure qu’à mon cœur aussi il allait bien et que j'étais bien attendrie de voir l'affection que nos sœurs veulent bien porter à une pauvre petite étrangère qui ne leur est rien.

Nos chères sœurs sont toutes si bonnes pour moi, qu'on voit bien que c’est Notre-Seigneur lui-même qui leur a inspiré cette charité, et je l'en remercie beaucoup.

Je vous parlerai dans ma prochaine lettre d’une petite image qu’une de nos bonnes sœurs à faite en ce beau jour, etque notre’bonne Mère a bien voulu me donner.

Vous verrez quelle délicatesse, quelle affection il y a dans ces cœurs du Carmel.

Not: bonne Mère, en examinant les différents objets qu'on lui a présentés, a bien voulu en mettre un de côté pour vous, mère chérie ; c’est une petite cellule de Carmélite tout comme la nôtre, de sorte qu’en la voyant vous pourrez vous représenter votre petite Thérèse de Jésus dans sa cellule. Il y avait trois de ces petites cellules. Dans l’une d'elles, la Carmélite était bien plus belle, mais comme la cellule avait été faite par nos Mères d'Anvers ét qu’elle n’était pas exactement semblable à la nôtre,

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notre bonne mère ayant bien voulu nous donner le choix, nous avons préféré. la cellule plus ressemblante à la nôtre. Nous vous l’enverrons par une prochaine occasion.

Mais, très-chère maman, il ne faut pas que je manque de vous parler de mon intéressante personne. Je sais que vous m'en voudriez si je ne le faisais pas, et notre Mère me recommande ce sujet d’une manière toute particulière.

Eh bien! ma chère maman, louez avec moi la bonté de Notre-Seigneur qui m'envoie la grâce d'une bonne santé.

Oui, je puis le dire, je suis mieux que chez nous. Vous vous étonnez, vous dites que je vous trompe. Non, ma chère maman, je dis bien la vérité. Le régime du Carmel me va très-bien. Je mange régulièrement aux heures de la communauté, excepté une fois qu'il m'est arrivé d'avoir un peu mal à la tête ; alors pour plus de prudence, je suis restée dans notre cellule pendant le souper. Nous avons une nourriture très-saine.

Au premier repas qui est à dix heures, nous avons d'abord de la soupe au lait, ou quelque autre sorte de soupe, et de très-bonne soupe. Ensuite nous :vons des œufs, soit à la coque, soit en oinelette ou autrement, ensuite on nous sert des légumes bien cuits et bien bons, puis on nous donne des fruits. Comme vous le voyez, chère maman, c’est un bon diner que nous avons. Le soir il y a encore des œufs, de la bouillie ou des légumes, ou du lait et ensuite des fruits. Deux fois par jour nous avons du vin. J'espère, chère mère, que ces détails vous rassureront sur le compte de votre petite Hermine. Vous allez croire peut-être que les légumes me font

mal? Détrompez-vous, chère mère; d'ailleurs, guand je le préfère, je prends davantage de la première portion et je m’accoutume petit à petit au régime. Je ne me sens pas faible dans la journée comme je me sentais chez nous quand je manquais de prendre de la bière ou de la viande ; puis, quoique j'aie encore un peu mal à la tête, ce n'est pas du tout comme chez nous, c’est-à-dire que ces maux de tète ne m'accablent pas du tout et ne m'enipèchent pas d'aller mon petittrain. Enfin, ma chère mère, je ne me comprends pas, tant je me trouve changée sous le rapport de la santé ; je n'ai pas mal à la gorge ; il parait bien, comme vous voyez, que Notre-Seigneur, dans sa tendre bonté, agit puissamment dans l'affaire de ma vocation et vent me montrer par toute sorte de moyens qu'il me veut au Carmel.

Pour le cœur, (car il faut vous rendre compte de tout) il va aussi très-bien, ma bien-aimée mère; Notre-Seigneur ne laisse rien inachevé ; il a donc voulu, dans son extrème bonté, me donner de hien bonnes Mères. Il a fait encore plus, en ce qu'il m'a inspiré pour elles une affection et une confiance tonte sins'ulières. J'en suis étonnée moi-mèsie, et vous le serez bien aussi ; depuis seulement trois semaines que j'ai le bonheur d’être avec ces chères Mères, je me sens aussi à l’aise avec elles que si je les connaissais depuis un an et plus. C'est bien Notre Seigneur qui fait tout cela, n'est-ce pas, chère mère ? Vous savez comme je suis toujours difficile à me faire aux personnes avec lesquelles je vis.

Toutes nos sœurs sont bien bonnes. Je voudrais que vus puissiez venir quelque fois à la récré. ation ; avec quelle édification vous verriez la charité parfaite qui règne entre elles !

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Veuillez prier, chère mère, et faire prier pour que je profite de tant d'exemples de vertus, et pour que mon cœur soit docile aux saintes instructions de nos bonnes mères.

Ne croyez pas, maman chérie, qu’en religion on oublie ses parents ; oh non ! mais l’amour qu'on a pour eux s’augmente et s'élève, de sorte que, ma chère maman, depuis que je suis ici, je vous aime infiniment plus que je ne vous aimais. Je pensais chez nous que mon amour pour vous était si grand qu'il ne pouvait s’augmenter ; mais je me trompais bien, chère mère ; je le vois à présent, car plus jaimerai Notre-Seigneur, plus aussi j'aimerai la meilleure des mamans, qui la première m'a fait connaître et aimer ce doux f iuveur. Je prie beaucoup pour vous à toutes les heures du jour, et le soir j'envoie mon saint ange gardien vous faire bien des caresses de ma part, et verser dans votre cœur bien des consolantes pensées. Est-il fidèle ? S’acquitte-t-il bien de ses commissions ?

Notre bonne mère a bien voulu nous faire copier le cantique national au Sacré-Cœur que tous les Pèlerins chantent en se rendant à Paray-le-Monial et aux autres lieux de dévotion. Je connais quel. qu’un à Québec, dans la famille, qui le chantera de grand cœur pour le salut de sa chère France.

Chantez-vous encore le soir ?

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