AU R. P. BRAUN
Montréal, 3l mars 1875.
Men Révérend Père,
J’ai jeté un regard attentif sur la Fleur du Carmel, et j'ai pu, en la considérant de près, respirer le parfum délicieux, qui s’en exhale pour embaumer tous les rangs de notre société et particulièrement les jeunes personnes du sexe dévot. l
Cette Fleur délicate, transplantée de bonne heure de son sol natal dans le magnifique parterre du Carmel, n’a eu que le temps de s'épanouir, avant de se fermer et de tomber dans une terre étrangère. Mais elle a eu pourtant le temps de s’imprégner de l'odeur forte et suâve de cette mystérieuse montagne de la terre promise, qui loin de s’évaporer se répand dans tous les siècles de l’Égiise et dans tous les pays de la chrétienté.
Aussi, à peine est-elle tombée dans ce champ béni, qu'il s’en exhale un parfum délicieux, qui traverse les mers et se fait puissamment sentir dans 14 terre qui l’a vue naître. Cette fleur, si vite fermée en apparence, renaît déjà, reprend ses vives couleurs et répand son baume dans notre heureuse patrie, par votre excellent ouvrage qui révèle l'innocence, la piété et toutes les vertus de la jeune
Carmélite, qu'e vous faites revivre, en nous faisant connaitre le bon esprit qui l’a animée.
En donnant aujourd’hui une attention particulière à ce qui se passe dans notre ville, au sujet de l’établissement d’un monastère de Carmélites, et en lisant les belles pages que vous avez consacrées à la Fleur du Carmel, l’on en conclut facilement que c’est Dieu qui, dans sa bonté, a réglé toutes choses, pour atteindre son but, avec force et suavité. Car, en rapprochant les faits qui s’accomplissent à l'heure qu’il est parmi nous, on ne peut que s'écrier: Le doigjt de Dieu est ici.
Pour peu, en effet, qu’on les regarde de l'œil de la foi, l'on est émerveillé de voir nos principaux citoyens se rendre avec empressement aux assemblées convoquées à cette fin ; d’entendre les grands du monde proclamer hautement la nécessité de ces Institutions où l’on prie jour et nuit, en menant une vie contemplative ; de voir les riches du siècle consacrer de grand cœur une partie de leurs biens à la fondation d’un Carmel, qui nous mettra en rapports intimes avec les Anges et les Bienheureux qui dans le Ciel ne cessent de louer Dieu.
On peut donc justement appliquer à la jeune Carmélite, qui est devenue la Fleur du Carmel du Canada, ces touchantes paroles de la sainte Écriture : Le parfum de vos vertus répand dans cet heureux pays l’aboudance des biens célestes dont le Seigneur a couronné le Carmel ; nous courrons à l'odeur de ces parfums: /n odorem curremus unguentorum tuorum.
Mais quelque admirable que soit en lui-même le spectacle de la fondation si providentiel'e d’une maison du Carmel, dans notre ville, la divine bonté
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nous en ménage un qui sera encore plus ravissant dans les vocations surprenantes que va faire naître parmi nous la fondation de ce Carmel canadien.
Car l’on va voir s’accomplir à la lettre les vœux ardents que formait sur la terre et que sans doute continue à former dans le ciel notre fervente Carmélite, pour que beaucoup de bonnes âmes fussent attirées au Carmel.
Vous avez reproduit fidèlement et bien en détail ces écrits pleins d’onction et qui ne respirent qu’une foi vive, une piété tendre et une dévotion douce, candide et suave. Ilsseront, je n’en doute pas, pour les âmes chastes que le Ciel appelle au Carmel, un appât irrésistible.
Elle va, elle-même, leur raconter avec une simplicité digne de sa belle âme, les sacrifices qu’il lui a fallu faire pour se soustraire aux plaisirs et aux vanités du monde, pour marcher d’un pas ferme dans les voies de la pureté et de l'innocence, pour pratiquer, dès sa plus tendre enfance, les devoirs de la justice, de la mortification, et de la piété, pour se dévouer à des soins assidus auprès d’une mère tendrement chérie et paur s’arracher ensuite aux embrassements de cette mère si aimante et si aimée, afin de se donner à Dieu sans réserve, pour renoncer enfin à toutes les douceurs de la famille et de la patrie, et pouvoir donner son cœur à Dieu plus librement et sans partage.
Oh ! assurément ces jeunes personnes ne pourront que se sentir attendries et émues à la vue de tant de généreux sacrifices et d’un dévouement si héroïque. Comme saint Augustin, elles se diront, dans l’intérieur de leur âme: Pourquoi ne pourrions-nous pas faire nous-mêmes ce que cette fidèle
fille du Carmel a eu le courage de faire, malgré la délicatesse de son tempérament, les vives sollicitations de ses amies, les attraits séduisants du grand monde ?
Les beaux exemples qu’elles auront sous les yeux les détermineront puissamment à se diriger vers le Carmel, si la voix du ciel les y appelle, sansécouter celle de la chair et du sang, afin d’y vivre en paix, loin du tumulte etdes embarras du siècle. Enelle donc s’accompliront ces autres paroles de l’Écriture : Trahe me post te... oleum effusum nomen tuum.
Mais ces écrits touchants et ces admirables exemples feront également de vives et profondes. impressions sur les cœurs des bonnes mères qui y verront l’inestimable bonheur dont jouissent les familles vertueuses qui ont l'honneur d'offrir au Seigneur, dans la personne de leurs enfants, quand elles ont été bien élevées, de vraies filles du Carmel, de puissantes avocates des pauvres pécheurs, des victimes enfin assez pures pour apaiser la colère du ciel. Tels sont les heureux fruits que doit produire votre admirable Fleur du Carmel. Tels sont les délicieux parfums qu’elle doit répandre dans tout notre cher Canada.
Je ne puis donc, mon cher et Révérend Père, qu'applaudir à votre zèle et vous louer d’un si beau et si précieux travail. C’est dans ces sentiments de reconnaissance et d’admiration que je me souscris tien sincèrement,
Votre très-humble et obéissant serviteur,
+ IGNACE, Evèque de Montréal.
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