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Les trois degrés d'humilité

Québec, 23 Mai 1871.

Votre lettre sur l'humilité, mon bien vénéré Père, m'a fait l’eifet d’un véritable entretien aver: vous. Il me semblait vous entendre m'expliquer les différents degrés d’humilité. Votre lettre, toute mystique qu'elle est, ne m'a cependant pas été incompréhensible. Je vous avais déjà entendu expliquer ces trois degrés d’humilité, et d’ailleurs vous me parlez de ces choses spirituelles dans des termes si clairs et auxquels je suis tellement habituée que

je comprends toujours bien tout ce que vous voulez me dire.

Vous avez bien deviné, mon Père, quand vous avez pensé qu’à la fin du premier degré d’humilité, je m'écrirais: ‘“ Mon Dieu! j'en ai assez du premier degré !” Je n'ai pas manqué de le dire bien des fois, et encore plus souvent à la fin du second. Mais enfin je me suis décidée à tâcher de m'’élever jusqu’à ce second degré, qui m'effraie tant, et même jusqu’au troisième avec la grâce du bon Dieu.

Mais, je trouve que c’est terriblement difficile et dur à cette pauvre nature. On dit bien : Mon Dieu ! je veux souffrir tout ce que vous voulez que je souffre. Mais quand on en vient à la pratique, ce n’est plus la même chose ; on se lamente, on essaie d'éviter les moindres contrariétés. J'en fais souvent l'expérience, mais je ne m'effraie pas de voir des oppositions dans mon cœur. Vous m'avez appris à connaître que ce sont les inclinations de madame la Nature qu’il faut faire mourir, en recherchant ce qui leur est le plus opposé.

Je ne vous promets pas encore, mon bon Père, de courir après les humiliationset tout ce qui contrarie cette pauvre chère humanité ; mais ce que je vous promets, c’est de m’efforcer d'accepter paisiblement celles qui me viendront, comme m'étant envoyées par le bon Dieu. . Que je serais heureuse si je pouvais parvenir à être calme au milieu de toutes les contrariétés !

Il me semble que, quand on est parvenu au second degré d’humilité, il ne doit plus y avoir de chagrin à craindre. Car, comme on ne veut que ce que le bon Dieu veut, il arrive qu’on n’est ni surpris ni fâché.de ce qui peut arriver de plus pénible. C'est

ce que vous me dites dans une de vos lettres, et ce que je commence à comprendre. Aussi vais-je m'efforcer, avec l’aide de Dieu, d'acquérir cette conformité à sa sainte volonté. La croix d'or que je porte, me sera d’une grande utilité, en m'’apprenant à être résignée, comme mon Sauveur le fut sur la croix. Je veux toujours porter ma croix et ma chaine.

Vous avez sans doute appris qu’il se prèche une retraite pour les dames à l’église de la Congrégation. Le Révérend Père N. la dirige avec un zèle et une charité admirables, ce qui nous fait espérer qu'elle produira de nombreux fruits. Cette retraite ne se donne que pour les dames mariées ou veuves, de sorte que j'en suis exclue à mon grand regret. Ma chère maman était aussi un peu contrariée de faire cette retraite sañs moi, car vous savez que nous ne nous quittons jamais. Elle s’est cependant décidée à la faire, et est maintenant bien contente de sa décision ; mais je m'ennuie un peu étant toujours seule. J'espère que j'aurai plus tard le privilége de faire, moi aussi, une retraite : maman me le promet. pour me consoler. Priez, mon Père, pour que ces promesses se réalisent.

A1. Entretien sur différents sujets.

+ Québec, 18 Juin 1871.

Aujourd’hui étant le jour du repos, j'en profite pour mereposer bien agréablement en venant causer

un peu avec vous. Je me suis bien ennuyée depuis mon départ.

Les séparations me sont toujours aussi pénibles ; ce qui me fait voir que je suis encore bien éloignée de la perfection, puisque je ne puis supporter qu’en murmurant les peines que le bon Dieu m'envoie.

Hier a eu lieu le service anniversaire pour je repos de l’âme de ma chère grand'maman. Je me suis beaucoup reproché de ne vous avoir pas écrit avant, pour vous l’annoncer car vous auriez uni vos prières aux nôtres en ce jour pour ma chère grand'maman. Qui sait si elle ne souffre pas dans le purgatoire ?

Ma pauvre maman a bien des peines. Je vous prie, mon Père, de demander au bon Dieu qu'il lui envoie quelques consolations, afin qu’elle soit rassurée et qu'elle s'approche ainsi avec plus de confiance de notre bon maître.

Vous m'avez recommandé de vous dire si je suis rassurée maintenant au sujet de ce qui me troublait lors de mon départ de Montréal. Mon bon Père, vous m'avez tout-à-fait calmée. Je remercie le bon Dieu, qui vous a inspiré de venir me parler; car j'étais alors bien triste par la crainte d’avoir écouté un orgueil secret en vous adressant cette question sur l’état de mon âme.

L’explication que vous m'avez donnée, m'aide beaucoup à comprendre la lettre que vous m’écriviez au mois de décembre dernier. Je ne manque pas de répéter souvent l’oraison jaculatoire : ‘* O Jésus, mon divin époux, bénissez moi!” et j'y trouve beaucoup de consolations.

Je demande à Notre Seigneur de me faire bien comprendre et apprécier la grâce qu’il m'a faite, et surtout je lui demande la conservation de cette grâce.

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Vous m'avez dit une parole, pendant que j'étais à Montréal, que je n'ai pas bien comprise et qui m'embarrasse. Vous m'avez dit qu'avant tout on doit régler ses affections, et faire par conséquent son examen sur ce sujet. Je me demande maintenant quelles sont ces affections? Comment dois-je les régler? Comment faire mon examen sur ce sujet ? Comme je connais votre bonté et la complaisance avec laquelle vous voulez bien répondre à ce que je vous demande, je prends la liberté de vous prier de m'expliquer un peu ce que c’est que régler ses affections; comment je dois faire mon examen sur ce sujet, afin que je puisse le faire comme vous me l'avez conseillé.

J'attends, avec un vif plaisir, l'automne prochain. cet automne qui me procurera une si belle retraite. J'espère que le bon Dieu fera en sorte que mes désirs se réalisént.

12. La pensée du ciel.—Projet d'un voyage en Floride. Québec, 30 Juin 1871.

J'ai lu avec une grande joie votre excellente lettre du 21 juin, dans laquelle vous me dites que vous avez prié pour moi le jour de la fête de saint Louis de Gonzague, et que vous m'avez mise sous la protection de ce saint, ainsi que sous celle de saint Stanislas. Assurément je devrais être remplie de confiance pour l'avenir, ayant au ciel de si glorieux protecteurs. Et ma chère grand’maman et ma bienaimée sœur Adine ne sont-elles pas aussi mes protectrices ? Depuis que vous m'’assurez si fortement qu’elles sont au ciel, j'ai cette confiance qu’elles me

protégent et je me sens portée à les invoquer. C’est une chose bien consolante que de considérer la mort sainte de tous mes chers parents. Quand je pense à ces précieuses morts, j'espère que, nous aussi, nous ferons une bonne mort, puisque nous avons au ciel tant de chers parents, qui, j'en ai la confiance, ne nous oublient pas auprès du bon Dieu.

Vous me dites, mon vénéré Père, que vous aimez à penser souvent au ciel. Moi aussi, j'y pense souvent, mais c’est surtout quand il me vient des tristesses et des ennuis que ma pensée s’y transporte plus vivement; ce qui me fait croire que les peines sont utiles pour nous élever au dessus de cette pauvre terre. Mais, mon Père, quand donc parviendrons-nous à ce beau ciel? Il y a tant de choses à faire pour le gagner! quand je regarde la belle image de la très-sainte Vierge que vous m'avez donnée, je prie cette bonne mère qu’elle nous obtienne de belles places dans le paradis.

Maman prend de tous côtés des informations pour le prochain voyage en Floride. Nous nouseffrayons quelquefais à la pensée des dangers d’un si lointain voyage; mais il faut espérer que le*bon Dieu et ses saints anges seront avec nous. Si nous profitons de ce voyage, nous devrons y acquérir un grand abandon à la divine Providence ; car nous aurons souvent à produire des actes de cette vertu, quand nous aurons des inquiétudes et des frayeurs.

Je ne manquerai pas de réciter tous les jours à saint Louis de Gonzague et à mes autres saints patrons, les prières que vous m'avez données. Vous avez une part toujours grande dans. mes prières : j'aime bien à faire des actes de conformité à la sainte volonté de Dieu.

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SOEUR THÉRÈSE DE JÉSUS. 103 13. Séjour à la campagne.

Cap Santé, 10 Août 1871.

Nous sommes au Cap Santé depuis bientôt quatre semaines. La campagne est magnifique et excite l'admiration de tous les étrangers. Mes frères s’y amusent beaucoup. Ils vont pêcher dans la rivière Jacques Cartier. J'espère qu’il ne leur arrivera pas d'accident sur cette rivière si dangereuse. Maman le craint quelquefois, mais il faut se confier aux bons anges, qui nous accompagnent partout. Nous nous plairions beaucoup dans cette campagne, si nous étions plus près de l’église ; malheureusement nous en sommes éloignés de trois quarts de lieue, et puis monsieur le curé étantsouvent malade, nous n'avons pas le Saint Sacrifice chaque jour et nous ne communions que rarement.

Voilà bien des contrariétés, mais j'espère qu’elles nous seront profitables en nous faisant plus apprécier le bonheur de la sainte communion.

Il nous tarde bien d’être en ville. En attendant, je m’exerce, autant que je puis, à être bien bonneet bien aimable pour mes frères.

L'époque où nous sommes est pour nous un bien triste anniversaire. Mais que la sainte volonté de Dieu se fasse en toutes choses! il ne faut désirer que cela.

Nous partirons d'ici dans quinze jours.

Vous m'avez fait une question dans votre dernière lettre, à laquelle je n’ai pas encore répondu. Vous me demandiez si l'explication que vous m'’aviez donnée sur l’examer des affections m'avait éclairée.

Très-bien, mon bon Père, et je vous en remercie beaucoup.

Ma chère maman est bien mieux qu'elle n'était. La campagne lui est très-salutaire, ce que je vois avec bien de la joie.

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