‹ Une fleur du Carmel [microforme]Chapitre 89 sur 201 · ARR PER EEE EE ES · texte numérisé non relu

ARR PER EEE EE ES

Je conviens qu’il y a une timidité louable et qui sied à une jeune fille, mais il y en a une autre qui provient d’un vilain amour propre, et dont je vou: drais bien me défaire.

Je ne puis pas dire que je sois pleinement satisfaite de mon genre de vie. Il ne me déplait pas cependant; mais je ne suis pas tout-à-fait revenue de la crainte de me singulariser,

J’ai eu bien des tentations à ce sujet pendant tout l'hiver; mon pauvre cœur m'a donné bien du trouble. Il me semblait que c'était impossible de mener une vie si retirée, qu’il fallait de toute néces sité voir plus de monde, et j'avais toutes sortes de raisons qui m'y engagaient. Par exemple, je me disais que, par mon peu d'habitude d’aller dans le monde, je viendrais à craindre extrêmement de me trouver dans quelque société. Ce qui me rendrait si gauche, si embarrassée, que je m’exposerais à manquer à la charité par ma timidité, quand la nécessité m'obligerait de voir quelqu'un. Et combien d’autres pensées me sont venues! Je vois bien que c’étaient des tentations, et je remercie bien le bon Dieu de ne pas m'avoir donné alors l’occasion d’aller dans le monde ; que serais-je devenue ?

Toutes ces tentations m’ont donné un grand désir de me faire religieuse. Il me semble qu'alors je serais si bien pour mesanctifier. Étant éloignée du monde, il me serait moins difficile de surmonter ces tentations et de persévérer dans la résolution de rester toujours consacrée au bon Dieu.

11 serait trop long de vous expliquer les autres motifs qui me portent à désirer la vie religieuse. Plus je réfléchis, plus je trouve difficile de vivre dans le monde et d'être fidèle au bon Dieu. Je serai

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ferme pour quelque temps; mais quand ma première ferveur sera passée, quand je serai ennuyée de mon genre de vie, qui sait si je ne ferai pasquelque folie comme tant d’autres? Pourtant je suis bien décidée à renoncer à être aimée et recherchée des hommes, et à refuser constamment les assiduités de ceux qui voudraient gagner mon affection.

Mon bon Père, je m'affectionne beaucoup à la vie conteinplative. Quoique je murmure quelque fois pour me mettre en prière, cependant je suis bien décidée à y persévérer toujours. Et si le bon Dieu me faisait la grâce de me donner la vocation religieuse, je choisirais de préférence une communauté contemplative.

Je communie maintenant quatre fois la semaine et j'ai grand soin de ne manquer aucune communion. Ma résolution de rester fidèle épouse de Jésus-Christ, tout en vivant dans ma famille, me console beaucoup, et malgré toutes ces tentations, je ne voudrais pas y renoncer.

J'aime bien saint Stanislas ; surtout depuis que je me suis mise sous sa protection, le jour de sa fête. Tous les jours, après avoir récité la petite prière que vous m'avez apprise: ‘Je vous salue, Marie, lis éclatant de blancheur, etc,” je demande à la sainte Vierge de venir avec saint Stanislas et ma bien aimée sæur Adine, me chercher au jour de ma mort.

Quelle consolation, si j'étais exaucée !

L'anniversaire de la mort de notre chère Adine est passé. En pensant à cette chère sœur, à la sainte mort qui a terminé sa vie, je me suis prise à espérer qu’elle est maintenant dans le ciel. Mais que je serais heureuse, si j'étais certaine de son bonheur !

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Ferais-je mal de demander au bon Dieu de me faire connaitre l’état de cette chère amie ?

Mon vénéré Père, vous me dites dans votre lettre une chose qui m’a bien effrayée. C’est lorsqu’après avoir parlé du bien spirituel que vous croyez que je retirerai de mon voyage en Floride, vous ajoutez qu’il est bon pour moi de voyager, et qu'il faudrait faire encore d’autres voyages. Ah! mon Père, si vous saviez combien je suis fatiguée des voyages ! combien je redoute d'en entreprendre d’autres. Celui-ci ne m'a fait aucun bien ; même je me trouve plus faible que chez nous; et pour le spirituel, que jy ai perdu! Il n’y a pas moyen, en paysétranger, de mener la vie que nous menons chez nous; on est si distrait, on fait tant parler de soi! Et puis l'ennui de se trouver si loin ! Je ne crois pas que j'aie passé deux jours sans verser des larmes d’ennui et de tristesse. Oh! je vous en prie, mon Père, ne parlez plus de voyages!

Je prie saint Joseph de tout mon cœur pendant ce mois, de ne pas partir de chez nousl’hiver prochain. On est si heureux au pays, entouré de bons parents, de saintes dévotions qui animent à bien servir le bon Dieu !

Ma chère mère n’est pas très-bien, elle a aussi /e mal du pays. Dès que nous serons arrivées dan: notre beau Canada, que nous aurons revu nos chers garçons et nos autres parents, nous redeviendron: bien.

Maman me charge de vous dire que nous allons peut-être partir le 3 avril. Je crois qu’elle y est à peu près décidée. La chère Hermine n’en est pa: fâchée.

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SOEUR THÉRÈSE DE JÉSUS. 123 7. Bonheur de revenir au Canada.

Jacksonville, 28 Mars 1872.

Quel beau voyage nous allons faire, mon Père, en nous rendant chez nous! J’en entretiens la pensée avec grand plaisir. Comme vous le voyez, je suis encore bien imparfaite de désirer ainsi la satisfaction de m'en aller. Nous demeurerons plusieurs jours dans chaque ville, afin de ne pas nous rendre trop tôt dans le Canada. A Columbia, (South Carolina), nous ferons un assez long séjour; peut-être n’en partirons nous que du 15 au 18 avril.

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