NANTES
Imprimerie de la Loire S, Rue de Strasbourg
in 2010 with funding from
University of Ottawa
http://www.archive.org/details/unegerbedelettreOOchat
DE
A la chère Mémoire de mon Père
Je ne sais rien qui porte l'âme plus à la tristesse que le dépouillement d'une correspondance dont l'auteur n'est plus ! Douloureux lorsqu'il s'agit d'êtres que nous avons aimés, soit que nous avivions par là des blessures que le temps n'a pas encore endormies, soit que nous en réveillions d'autres imparfaitement cicatrisées, cet acte devient simplement mélancolique — mais à quel degré ! — par les réflexions qu'il nous impose, quand les lettres émanent de personnes qui nous furent étrangères !
A cette teinte de mélancolie, dont nous ne pouvons jamais nous défendre, quel intérêt puissant ne vient pas s'ajouter, lorsque ce mort ou cette morte dont nous surprenons les plus secrètes pensées, appartiennent à la classe dé ceux qui, laissant subsister l'inégalité jusqu'au delà de la vie, ne meurent pas tout entiers ! Que ces lettres soient le développement logique d'une seule question, fassent entrevoir la même situation sous ses aspects les plus variés et parfois les plus inattendus, ou qu'au contraire, recueillies un peu partout, elles ne présentent aucun lien qui les rattache entre elles, et ne jettent sur toutes choses que le feu vif mais rapide d'un phare, avec quelle émotion ne compulsons-nous pas — nous, génération qui se lève et déjà s'en va — leurs feuillets jaunis par les ans ! A notre appel, ils
vont se départir de leur immobilité de statue et revivre la vie dont les avaient animés ceux qui les semaientau gré du caprice, ou au hasard de l'imagination. La date qui les cloue au temps, les raisons qui les ont motivés, les événements qu'ils narrent, les personnages auxquels ils font allusion vont apparaître à nos yeux avec une netteté de bas-relief. Mais hâtons-nous de contempler avec fruit cette évocation du passé de peur qu'elle ne s'évanouisse, semblable à ces cadavres qui, intacts jusqu'alors, tombent en poussière sous l'action trop prolongée de la lumière !
N'est-ce pas, en effet, dans ces écrits journellement répandus et sans effort que tout homme se montre le plus à nu et le plus dépouillé d'artifice ? Et quand bien même, d'aucuns auraient en vue du jugement des contemporains ou de celui de la postérité, soigné trop particulièrement leur correspondance, ne sont-ce pas des exceptions et n'en ressort-il pas moins que là s'affirme le plus distinctement et le plus entièrement une personnalité? C'est par le travail ingrat d'une lente reconstitution de l'emploi du temps que l'on parvient à tracer les portraits les plus frappants de ressemblance, et cette minutieuse enquête n'est-elle pas permise ou tout au moins singulièrement facilitée, grâce à la correspondance? Auprès de la toile brossée de main de maître, il convient de placer le crayon qui n'omettra aucun détail.
Parmi toutes ces lettres — lettres d'amour ou d'affaires, simples billets de politesse, ou longues missives exposant de grands desseins — il n'en est pas, croyons-nous, que l'on puisse taxer d'insignifiance, lorsqu'elles sortent de la plume d'un de ces écrivains illustres, éternel honneur de l'humanité, qu'elles lui aient été dictées par l'esprit ou le cœur, mais toujours avec le génie. Telle lettre même dont nous ne saisirons qu'imparfaitement le sens ou dont la portée nous échappera, sera pour certains une révélation et contribuera à faire sortir de l'obscurité un point capital ; telle autre, si elle n'établit tout au plus, mais d'une façon certaine, qu'un détail parfois futile en apparence, n'en aura pas moins son utilité qui se manifestera dans la suite. C'est pourquoi nous avons pensé que de ces épis (i) glanés un
(i) Un certain nombre de ces lettres avait été réuni par mon père qui s'en proposait la publication. Nous avons, avec un soin pieux, mis ce projet à exécution, en respectant le titre qu'il avait choisi. Autant que nous pouvons le croire, toutes les lettres données ici sont inédites.
peu partout, il n'y en avait aucun à retirer. Ceux-ci sont plus beaux et promettent davantage, ceux-là sont plus chétifs et de moins belle venue, mais tous n'en contribuent pas moins à former la gerbe que notre seul mérite a été de lier. Puisse-t-elle bientôt trouver sa place dans la riche moisson, intelligemment amassée, dont les semences furent pendant soixante ans jetées aux vents de toutes les saisons et de tous les pays, par l'ami de l'héroïque et tendre Pauline de Beaumont, le René au coeur inconstant et désenchanté ! Quoiqu'il advienne, le plaisir délicat puisé dans le commerce intime du grand écrivain compenserait amplement des efforts plus laborieux que les nôtres.
Nous connaissions déjà un Chateaubriand qui s'était révélé luimême sous le quadruple aspect de « voyageur, soldat, poète, publiciste » titres qu'il ne serait pas difficile de doubler en rappelant l'historien, le romancier, le diplomate et le philosophe. Mais à cette liste qu'il est à la portée d'un chacun d'étendre plus longuement et qu'il serait par conséquent oisif de dresser ici, bornons-nous à ajouter les qualificatifs suivants, qui par leur cachet d'originalité et de nouveauté méritent d'être rapportés. Il y a quelques années, un article paru dans le Gaulois et signé Tout Paris (i) sacrait Chateaubriand — avec preuves à l'appui — de « peintre de pastorales », et tout récemment M. A. Le Braz, dans un captivant ouvrage (2) baptisait son illustre compatriote et devancier dans la carrière des lettres de « maître d'école ». Il semblait qu'il fut désormais inutile de chercher plus bas dans la hiérarchie sociale pour trouver le nom de Chateaubriand : nous ignorions encore « le chevalier de Chateaubriand, officier au régiment de Navarre » commis-voyageur, et commis-voyageur en bas !
Les lettres (3) qui nous le font voir sous ce jour piquant et nouveau
(1) Le Gaulois, du 9 juillet i9oo.
(2) Au pays d'exil de Chateaubriand, Paris, Champion [9o9.
(3) Elles nous ont été aimablement prêtées, avec les renseignements suivants qui compléteront et rectifieront la note de Biré (Mémoires d'Outre- Tombe T. i, page 87; par M. Guy de la Morandais à qui nous adressons nos sentiments de plus vive gratitude.
Le destinataire d'une partie de ces lettres, l'autre étant adressée à un certain
sont des plus anciennement connues. Toutes datées de 1790, seules les deux lettres de 1789, citées par le regretté abbé Pailhès, d'après le livre de Maurice Albert, leur sont jusqu'à ce jour antérieures. A les lire, rien bien entendu ne nous laisse pressentir le futur auteur de René, si ce n'est qu'elles servent de prélude à cet état de gêne où se débattra toute sa vie Chateaubriand — les dernières années peut-être exceptées et encore ! — L'âme mercantile par laquelle le jeune officier se montre ici le vrai fils du Comte de Combourg, armateur, mais un fils toutefois qui, loin de s'enrichir à ce métier, s'y appauvrira plutôt, diffère autant de celle du poëte des Natche-, que l'écriture de 1790 est dissemblable de celle adoptée par la suite. Autant, en effet, la première est — si je puis employer ce mot — banale, banale au point de se lire couramment et ne se distingue par aucun signe caractéristique (1), avec ses lettres de moyenne hauteur, légèrement inclinées sur la droite, autant le Chateaubriand de la seconde manière devient-il personnel et illisible au point que chacun sait. Il y a une si complète différence entre ces deux façons d'écrire, une telle antipathie dirais-je même, que les questions de savoir quand et pourquoi ce changement se posent forcément à l'esprit. Nous
Piochon, était son grand-oncle, Pierre-Félix de la Morandais, né à Combourg le iS mai 1779 et décédé en avril 1828 à sa propriété des Portes à Doulon, près Nantes, qui avait épousé en 17%, Mme Le Gall de Ménoray, décédée en i83î, veuve de Louis-Marie, et fille du Cu Alexandre Fabrony, s«r de la Garoulaye et de Pélagie de Lys.
Les de la Morandais, d'excellente famille, étaient parents des Chateaubriand, mais la position dans laquelle ils se trouvaient alors vis-à-vis d'eux, ne leur avait pas permis de conserver les liens d'une parenté qu'ils eussent été parfaitement en droit de faire valoir, si la fortune ne les avait desservis. En effet, Gilette-Madeleine Dastin de la Noë, épouse en 1757 de François-Placide de la Morandais, et mère de Pierre-Félix, était la fille de Jean, avocat au Parlement de Bretagne, et de Catherine Lamour de Langégu, laquelle était la cousine-germaine de l'aïeule paternelle de Chateaubriand, également une Lamour. Pierre-Félix de la Morandais et le futur écrivain, étaient donc cousins au 8" degré. Nous devons la précision de ce dernier renseignement généalogique à l'obligeante érudition du Baron Hulot de Collart, qui voudra bien trouver ici l'expression de nos vifs remerciements.
(i)Le manque d'ortographe, si commun à l'époque, ne saurait en constituer un. Il va sans dire que nous avons scrupuleusement respecté, dans ces lettres, comme dans toutes celles qui suivront, tout ce qu'on a accoutumé aujourd'hui d'entendre par le mot écriture, c'est-à-dire, I'ortographe, la ponctuation, les allées à la ligne, estimant que cette exactitude est de toute nécessité dans les publications de ce genre.
laisserons à de plus savants que nous le soin d'éclaircir ce mystère que nous n'avons eu ni la patience, ni le talent de résoudre.
Dans les Mémoires, Chateaubriand ne souffle pas mot du genre de commerce auquel il ne dédaigna pas de se livrer concuremment avec le métier de soldat qu'il exerçait (i) — avec peu d'assiduité il est vrai. — Si cet épisode de jeunesse est passé sous silence, nous pouvons hardiment en conclure qu'il fut jugé moins digne encore d'être avoué que les heures passées à enseigner le français aux écoliers de Becles : on peut taxer les autres, son père et son frère, dans le cas, « d'infatuation nobiliaire » et n'en conserver pas moins dans certaines occasions un orgueil assez chatouilleux et parfois mal placé. Mais nécessité fait loi, et ce fut bien ce motif — comme je l'ai dit précédemment — qui réduisit le compagnon des Parny, des la Harpe et des Chamfort, à cette prosaïque besogne. Que l'héritage du comte de Combourg, une fois divisé, la part du cadet ait été plus ou moins grande, toujours est-il, que si dans les premiers temps — jusqu'en 1790 probablement — les revenus du jeune officier le contentèrent, à un certain moment ils devinrent insuffisants pour ses besoins et surtout ses dettes.
Ce fut alors que Chateaubriand, obligé soit de vendre les terres qu'il possédait en Bretagne, soit de recourir à autrui pour faire face à ses affaires, préféra s'adresser au fils de son ancien régisseur, qui était resté son ami. Celui-ci, doué d'un esprit pratique, récoltait en Suisse des matières premières qu'il envoyait à un manufacturier d'Angers, chargé d'en fabriquer des bas : c'est, du moins, ce que nous avons cru pouvoir déduire des lettres, à défaut de renseignements précis sur ce point, qui au fait importe peu. Mais ce qu'il est intéressant de connaître avec exactitude, c'est la façon dont s'y est pris le jeune officier pour se procurer un argent lui permettant de payer certaine dette qui lui tient fort au cœur.
Le moyen n'était en somme pas difficile à imaginer pour quiconque pouvait se réclamer d'une amitié aussi solide et utile que celle dont il disposait; le voici dans toute sa simplicité: Chateaubriand à qui on enverrait des échantillons, deviendrait le représentant
(1) Le régiment de Navarre, créé en 1562, s'était dédoublé en 1776, pour former Armagnac avec les 2e et 4e bataillons; à la révolution, Navarre devint le 5e d*. ligne et Armagnac le 6e.
de la maison la Morandais-Piochon, ferait en quelque sorte le métier de commis-voyageur — et ma foi, nous le verrons faire, et très bien, l'article! — puis des marchandises lui seraient envoyées, soit à Paris, soit à Fougères, et payées directement par les acheteurs, de telle sorte que, touchant déjà un tant pour cent sur les produits écoulés, il jouira en plus, quitte à rembourser à de la Morandais, capital et intérêt à échéance fixe au moyen de billets signés par lui, de la somme totale qui lui permettra de subvenir aux différentes nécessités et d'étouffer les dettes les plus criardes, dettes d'honneur parfois même! Et dans ce souci de scrupuleuse honnêteté perce déjà celui dont cet axiome sera la règle de toute la vie. (i)
Mais quels pouvaient être les acheteurs de tous ces bas ? Chateaubriand les aurait-il revendus au détail ? Cela n'est pas probable puisqu'il était pressé de son argent. La phrase d'une de ses lettres nous permet de supposer, à défaut d'affirmation, que les premières balles furent revendues à son régiment. Quant aux autres, admettons qu'elles furent achetées en gros par des marchands.
Grâce à ce procédé qui permettait à de la Morandais d'obliger le fils de son ancien maître, ce qu'il n'aurait pu faire s'il eût été dans l'obligation de lui avancer directement des fonds, Chateaubriand ne sera jamais à court, soit jusqu'à ce qu'il ait trouvé « une bonne place aux Isles » soit jusqu'à son départ pour l'Amérique, projet caressé dans la lettre du 14 avril 1790, un an avant la mise à exécution. A tout prendre, c'était un véritable emprunt (2), consenti par l'amitié, mais voilé aux yeux des tiers sous les apparences d'une position bien en règle. Il nous semble dans ces conditions ne pas être trop loin de la vérité, en disant que les bénéfices commerciaux du chevalier de Chateaubriand se réduisirent à lui éviter « de se brûler la cervelle » et c'est déjà quelque chose ! (3)
(1) Voir notamment la lettre du ier mai 1817, publiée plus loin.
(2) La somme dont il a un pressant besoin est de quatre mille et quelques livres.
(3) Les la Morandais et Chateaubriand étaient du reste destinés à voir leurs noms presque mêlés dans une mémorable circonstance.
Un neveu du correspondant de l'écrivain, après avoir pris part à l'insurrection royaliste de i832, était en même temps que Berryer, et un certain abbé Bodet, vicaire à Montoir— et mort depuis curé de Saint-Molf, prés Guérande — emprisonné à Blois. On sait que l'illustre orateur lut acquitté le 17 octobre i832.
Ces courtes explications une fois données, nos lecteurs seront, croyons-nous, plus à même de saisir le sens des lettres qui vont suivre, et qui eût offert sans cela certaines difficultés.
I. La première par ordre de date est la suivante. Si un morceau déchiré dans le haut des deux feuillets de cette lettre — 2 p. 1/4 in-40 — nous prive par là de sa date, il suffirait, pour la fixer aux environs du i5 mars 1790, à défaut d'une lecture attentive, de se rappeler que le décret de l'Assemblée portant que « chaque colonie est autorisée à faire connaître ses vœux sur la Constitution qui lui convient » est du 10 mars.
Adressée à de la Morandais, cette lettre est sans suscription, ni enveloppe. A la quatrième page, déchirure et vague trace de cachet.
A M. de la Morandais
4, près de la rue de Cléry
[Je suis] (1), Monsieur, a faire mais arrangements sans perte a paris, ou je suis encore. Vous allez trouver, a la suitte, le montant des paires et le nombre que j'en veux la somme au lieu d'être de 5ooo livres, comme nous étions convenus, n'est que de 4000 quelques livres, mais je vais vous prier de m'écouter sérieusement, et de me répondre poste pour poste à la réception de ma lettre par ceque vous me mèneriez, par vingt-quatres heures de retardement, dans le plus grand embaras. J'ai ici une dettes d'honneur, qu'il me faut acquitter sous peine, comme vous le savez, d'être deshonoré et de me brûler la cervelle sur le champs. Cette dette tombe le 25 de mars, il faut donc que vous ayez la bonté d'écrire sur le champs a votre
Les deux autres le furent le 23 novembre de la même année. Cette courageuse attitude — si la connaissance n'était pas établie depuis longtemps entre l'écrivain et le neveu de celui qui l'avait obligé — était bien faite pour rapprocher les deux hommes. Quoiqu'il en soit, peu de temps avant la mort de Chateaubriand, de la Morandais l'alla voir à Paris et le trouva plein de souvenirs de famille.
Nous tenons ce renseignement de l'amabilité du Baron Hulot de Collart dont la demi-sœur, Mlle de Castel, avait épousé François-Placide de la Morandais (1797-1883) dont nous venons de parler.
(1) Les mots entre crochets, sont ceux qui manquent par suite de déchirure, mais auxquels il nous a été facile de suppléer ; les blancs indiquent au contraire ceux que nous n'avons pu deviner.
manufacture, de me faire passer la marchandise dont nous sommes convenus et nombrées cy dessous, vous voudrez bien aussi me répondre incessamment et m'accuser la réception de cette lettre; et si vous avez eu la complaisance d'agir sur le champs par ceque si vous aviez changé de sentiments, ce que je ne crois assurément pas, je n'ai, comme vous le voyez pas une minute a perdre pour trouver la somme, où il y va de mon état de mon honneur et peut-être de ma vie. Aussitôt que vous m'aurez répondu a cette lettre je vous ferai passer une quittance, pareille à celle dont vous m'avez laissé le modèle ou l'intérêt sera payable à votre volonté, a datter du jour de la réception de la marchandise, soit à paris combourg ou fougerres.
Vous ferez parvenir les bas à M. (i) M. le Cher de
Chateaubriand (officier au régiment de Navare) infanterie petite rue Saint Roch, n° 4, près de la rue de Clerry. Je vous demanderai aussi quelqu'instructions sur les droits d'entrées, en aurais-je a payer ? Seront-ils chers? en disant que ce sont des bas pour le compte du Roi pour mon régiment éviterais-je les droits Pau reste toute les questions ne signifient pas grands choses, car les droits seront assurément peu considérables et je passerai par la dessus.
Encore une fois mon cher monsieur tirez moi d'inquiétude en m'accusant la réception de cette lettre aussitôt que vous la recevrez.
Voici ce qu'il y a de plus nouveau ici. C'est la fameuse affaire des colonies qui a été jugée à l'assemblée nationale (2), elle a décrété que les colonies étaient maitresses de se faire la constitution que bon leur sembleroit. aussi on a parlé ni des nègres ni de rien et voilà les colons bien heureux qui vont faire tous ce qui voudront pour leur fortune c'est un beau pays maintenant à habitter. vous qui êtes en Suisse vous jouissez de la paix et de la nature tandis que nous autre habitants de la france nous sommes encore plongés dans le cahos (3). A dieu je suis celui qui toujours prêt à vous rendre
(1) Mot illisible.
(2) C'est-à-dire la Constituante qui vota plus de 3.ooo lois et décrets.
(3) Phrase toute d'actualité !
tous les services qui dépendront de lui comme breton et ami.
Je vous dirai comme vous vous intéressez à moi que je touche au moment d'avoir une bonne place aux Le Chier isles si je réussis et que vous vouliez DE Chateaubriand, Off^ me confier votre frère je pourrrois DE Navarre l'y avancer ou lui procurer des moyens de fortune.
Réponse sur le champs. Songez en grâce que vous me perderiez.
Que faire des échantillons? vous les renvoyer ou les garder? Alors vous les porteriez sur la facture que vous me ferez passée.
Vous aurez s'il vous plait soin aussi de me faire écrire une lettre d'avis du directeur de votre manufacture au moment du départ des bas d'Angers pour paris.
II. Sans porter aucune indication du destinataire, cette lettre de 2 p. in-40, est évidemment adressée au négociant Piochon. au reçu de la réponse de la Morandais. Quelque peu déchirée dans le bas du second feuillet où se voient les traces d'un cachet de cire rouge, elle fixe, peut-on dire, les débuts de Chateaubriand dans le « métier » puisque c'est pour la première fois qu'il écrit au commerçant.
A M. Piochon
Paris, 23 mars ijgo
Je vous passe, Monsieur, un ordre de Monsieur de la Morandais, pour que vous me fassiez par venir sur le champs au reçu de cette lettre, la quantité de marchandise qui est portée sur l'ordre ainsi que les 5o douzaines blancs ordres (1) à 2 livres ajoutées a la suitte du dit ordre j'avais aussi demandé à monsieur de la Morandais, 3o douzaine blancs ordre ^2) à petite côte à 40 livres. Mais Mr de la Morandais m'a observé, qu'il n'y en avait plus en magasin.
Je joins ici une feuille de sa lettre où il est question de cet objet parce qu'il est tout simple, monsieur, que ne me connaissant pas vous eussiez des scrupules la dessus. Je vous prirai donc Monsieur
(1) Pour ordinaires.
de me faire passer en place de ces 3o douzaines blancs ordre (x) à petite côte à 40 livres d'autres espèces les plus marchandes pour la même somme de 1.200 livres qui faisoit les 3o douzaines blancs ordre (2) à petite cote à 40 livres (comme vous le voyez dans la lettre cy jointe) je vous marquerais précisément ceux je voudrais en place si j'avais à présent chez moi les échantillons que Monsieur de la Morandais ma laissés, mais ils sont chez des marchands, il m'a semblé simplement que ceux qui se vendraient mieux seroient des bas mêlés gris qui sont dans les échantillons. Au reste Monsieur vous entendez cela mieux que moi. Je suis l'ami de Mr de la Morandais et vous prie de faire tout pour le mieux.
Je vais écrire sur le champs à Lausanne pour prévenir Monsieur de la Morandais de ce que je vous demende de plus que l'ordre et vous pouvez sans crainte m'envoyer ce que je vous demande je vous prie Monsieur de ne me faire souffrir aucun retard dans votre envoie j 'attend son arrivée ici pour partir pour des affaires pressées qui m'appellent ailleurs. Vous me feriez le plus grand tort. Vous adresserez le paquet par les messageries pour plus de promptitude à Mr le Chicr de Chateaubriand, officr au régiment de Navare à son hôtel petite rue S1 Roch n° 4 près celle de Clery. Vous joindrez s'il vous plaît la facture et toute les choses nécessaires a cette affaire et vous voudrez bien me donner avis sur le champs du reçu de cette lettre et au départ de la marchandise. Je reste très parfaitement, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
Le CHier de Chateaubriand,
Officr au Rl de Navare
Je vous aurai envoyé la lettre entière et sans rien effacer de M. de la Morandais si des affaires qui n'ont aucun trait à celle-cy et qui regarde la famille de Mr de la Morandais me l'avaient permis.
III. Lettre de 2 p. in-40, fermée par un cachet de cire rouge, aux
(1) Pour ordinaires.
(2) ld.
armes des Marigny, croyons- nous, et surmontée d'une couronne ducale ? Petite déchirure à la quatrième page. Elle porte comme suscription :
a Monsieur Monsieur Piochon fabriquant de bas faux bourg St Jaques
a Angers Anjou
lundi 5 avril a paris
J'ai reçu Monsieur lVOs] deux lettres dattes d'Angers et l'on vient m'avertir de la messagerie que vos balles sont arrivée je ne les ai pas encor retirée et n'ai pu veriffler vos comptes qui sont sans doute très bons, je vous donne seulement avis de larrivée de la marchandise et vous reponds au sujet des deux dernières balles qui vous reste que jespere pouvoir la placer et que vous pouvez la faire partir non pas pour paris comme les premières mais pour fougères en bretagne a cette adresse cy, a Mr le Cher de Chateaubriand a l'hôtel Marigni a fougerre (0 en bretagne vous la ferez passer parroullier n'en étant pas bien pressé. Je vous prierai de me donner avis du reçu de cette lettre et du départ de la marchandise pour la bretagne. Mais je vous prie de m'en donner avis sur le champs a paris car j'en partiroi mecredi 14 du mois (2) courant pour la bretagne et pour peu que vous tarderiez a me repondre votre lettre ne me trouveroit plus ici. Les balles qui vous restent sont dans le prix de 600 livres a ce que je crois ? Marquez moi s'il vous plaît si je me trompes si elle étaient plus chères je n'en voudrais point.
Je suis parfaitement Monsieur votre très humble et très obéissant serviteur.
Le CHier de Chateaubriand
OFF'er AU REGIMENT DE NaVARE
(1) Dans la rue actuellement nommée rue de Chateaubriand.
(2) A cette date il sera encore à Paris, et seulement le 23 à Fougères.
îG —
lundi 5 avril a paris petite rue St Roch
il me semble que voici au net le compte que vous m'avez envoyé savoir cent soixante cinq douzaine lesquels cent soixante cinq douzaine sont expliquées comme cy a près
5 douzaine de bas blancs du 3o n° 6 fait. . . . 3oo livres
io d de bas blancs du 26 piquée a 42 livres
la douzaine marquée n° 7 fait 420 livres
5o d de bas blancs ordin. a 28 la douz. marquée n° 12 1400 livres
5o d de bas jaspée suivant lordre de Mr de la
Morandaismarquéen0 i3faità24l.ladouz. 1200 livres
5o d de bas jaspée gris naturel Be.... marquée
comme les bas jaspés n° i3 a 24 1. la d. . . 1200 livres total avec le prix de l'embalage 14 livres 14 livres
en outre il y aura les deux balles adressée à fougerre dans le prix de 600 livres ce qui fera en tout
ivres
Je crois que voilà le compte très exact a l'exception du prix de l'emballage des deux balles que j'ignore encore, faites moi s'il vous plaît une facture pareille, mais plus détaillées ou les prix seront exactement mis en y comprenant les deux dernières balles adressées a fougerre sans le prix de 600 livres et envoyez la moi ici sur le champs afin que je la fasse passer a Mr de la Morandais et que j'achève mes comptes avec lui. Je suis extrement satisfait Mr de la promptitude que vous avez mise dans votre expédition, jespere vous procurer un débouché considérable de votre marchandise par les connaissance que j'ai, jespere aussi que vous allez me repondre sur le champs et m'envoyer la facture et l'avis du départ des deux dernières balles que je vous demande car mon dessein est d'attendre votre lettre ici et vous ne voudriez pas par un retard me faire manquer des affaires pressée que j'ai en bretagne.
IV. Lettre de 4 p. in-4", déchirée dans le haut du premier feuillet ou manquent quelques mots ; sans suscription.
A M. de la Morandais.
a paris le mecredi 14 avril ijgo
Mon adresse a l'hôtel Marigni a fougèrres en brétagne.
Je vous fais passer, [Mon]sieur, la facture de la marchandise que votre fabricant [m'a] livré, par une erreur de compte, il m'a fait passer d'abord cinq balles qui, croyoit-il, ne se montoient qu'à la valeur de 3320 livres. Comme il me le disait dans la irc lettre, que j'ai encore de lui, en conséquence, comme cette somme ne se montoit pas à la somme que je demandois, il avait fait deux autres balles, de la valeur de 1 196 livres qu'il me prévenoit (toujours dans sa première lettre) qu'il me feroit passer incessemment, pour compléter la somme dont j'avois besoin, mais setant bientôt aperçu de son erreur il me récrivit sur le champs (et sa lettre me parvint avant que j'eusse reçu les cinq premières balles) que, les cinq balles qu'il avait fait porter à mon adresse pour paris, au lieu de n'être que de 3320 livres étoient de 4534 livres qu'ainsi, cette somme étant celle que je desirois, il ne feroit pas partir les deux dernières balles que cependant, ayant fait les frais de l'embalage et en ayant eu la peine, je lui ferois grand plaisir de les prendre, si je pouvois m'en accomoder. en conséquence moi, mon cher Monsieur regardant que, cette somme des sept balles réunies ne se montoit qu'à 730 livres, au dessus de la première somme que je vous avois demandée, qui étoit de 5ooo livres, je lui écrivis de faire passer ces deux dernières balles à mon adresse a fougères en brétagne, ou je serai rendu de jeudi prochain en huit 23 avril et ou je vous prie de me donner avis sur le champs de la réception de cette lettre, et de mon billet porté au bas de la facture cy jointe. Je crois que vous serez content de ce que j'ai fait. N'ayant [parlé] de rien à mon frère (1), a cause de ce que [vous] grande raison m'oblige a ne pas m'en servir en affa [ires] a cause que j'aurrois alors les mains liées n'ayant
(1) Le C" de Chateaubriand, qui portait très haut son nom, n'eût sans doute pas été flatté de voir son cadet se livrera de semblables opérations.
pas dis-jc voulu me servir de lui je me suis adressé, pour votre tranquilité, quoique assurément vous n'avez rien a risquer, a un officier de mon régiment actuellement a paris, c'est un homme de 28 à 29 qui vient de perdre son père, il a 1 3ooo livres de rente et demeure a 4 lieues de fougères en basse normandie dans une très jolie terre qu'il a là, avec sa femme, car il est marié. Au reste très bon gentilhomme, ce qui ne signifie pas grand chose a présent, mais qui dit toujours que ce n'est pas un homme sans avœu et totalement inconnu, il s'appelle Achard de Villerai (1). Comme vous verrez par sa signature il est maintenant à paris pour la succession de son père, qui y avait des affaires et il repart ensuitte pour sa maison de campagne ayant un congé pour cette année. Mes sœurs le connaissent beaucoup et peuvent en cas que vous ne vous en rapporteriez pas à moi vous en donner des nouvelles. Je sais bien, mon cher Monsieur, que tout ce que je vous dis la, ne sert de rien et qu'assurément il eut suffit que je vous eusse dit seulement que la caution de Mr de Villerai est bonne. Mais je me suis étendu dans tout ce détails, pour que vous soyez parfaitement tranquille, je serois désespéré que, m'ayant fait le plaisir de m'obliger, vous pussiez avoir la moindre crainte sur vos fonds qui vous seront remis avec exactitudes aux termes de mon billet, il me reste a vous parler des intérêts je vous prie, mon cher Monsieur, de me mander dans la réponse que vous me ferez le plaisir de m'adresser à fougères, ou vous desirez les toucher cette année alors je donnerai des ordres pour que vous soyez payé au mois de mars de l'intérêt de l'année et vous n'aurez quà écrire a la personne que je vous indiquerai, vous recevrez sur le champ ce qui vous sera dû. Si vous pouviez fixé le lieu ou vous désireriez toucher votre argent cela me ferait grand plaisir par ceque pendant mon absence en Amérique, au moins il n'y aurait qu'une seule personne chargée de cela, et ca donnerai moins d'embaras par ceque cette personne ayant ordre de payer tous les ans aux même terme, et sur votre demande une somme de tant serait préparée a ça et vous n'auriez aucune peine, ni aucun retard. J'aimerois bien que ce fut a fougères par ceque j'y ai des fonds (2) qui tombent a peu près dans
(1) Les Mémoires T. I, p. n5, le nomment simplement: Achard; c'est le seul nom, du reste, qu'il porte sur la liste des officiers.
(2) Sans doute des terres qui rapportaient à cette époque.
— ig —
le mois de mars et que je préviendrais une de mes sœurs, par exemple Mde de Marigni, qui vous ferait passer votre argent tous les ans sur un mot que vous lui écririez pour lui marquer ou vous êtes. Au reste faite pour votre plus grande commodité. Donnez moi de vos nouvelles sur le champs a cette adresse cy a Mr le Chier de (sic) a l'hôtel Marigni a fougèrres en bretagne.
J'ai encor, mon cher Monsieur, a vous parler d'une chose. Quelqu'un qui a su ici que vous m'aviez fait passer de la marchandise m'a prié de vous en demander pour lui. je n'ai pas pu refuser, mais je vous préviens que votre marchandise seroit exposée et dieu me garde de vous faire courir aucun risque. Cette personne m'a fait promettre que je lui montrerois votre réponse. Ainsi dans la lettre que vous m'écrirez il faut que vous me marquiez que vous êtes bien fâché, mais qu'il vous est impossible de m'obliger en faisant passer des bas a la personne a laquelle je m'intéresse par ceque dans le moment vous avez tout vendu, par ce moyen je me tirerai d'embaras et je n'aurai pas le chagrin de vous exposer, car quoique ce jeune homme soit riche, j'ignore la position de ses affaires, je sais seulement qu'il n'a pas vingt cinq ans, qu'il a des dettes, qu'il est joueur, et que Mr son père vit et mange aussi de son côté je vous prierai d'insister et de repeter beaucoup combien vous êtes fâché de ne pouvoir pas rendre ce service.
Adieu mon cher Monsieur, voilà une bien longue lettre, mais j'avais tant de choses a vous dire et dailleurs désirant être clair j'ai mieux aimé courir les risques de vous ennuyer un peu, que de n'être pas entendu, j'ai cherché pour ceque vous m'aviez parlé de l'encyclopédie il ny a pas d'autres éditions plus nouvelles que la dernière par ordre de matière.
Au reste nous avons eu du bruit ici depuis hier, au sujet du dernier décret sur la vante des biens du clergé. Le peuple a voulu hier se jetter sur le vicomte de Mirabeau et sur l'abbé Maury au sortir de lassemblée et sans la garde nationale qui c'est fort bien conduite il seroit arrivé des accidents funestes. Le décret ne fut pas porté hier, c'est aujourd'hui qu'il doit avoir lieu et, a 9 heures du soir que je vous écrit cecy, je ne sais pas encore ce qui a été décrété.
Je vous embrasse, réponse.
V. Lettre de i p. in-8°, cachetée au pain, légèrement déchirée au bas du second feuillet. Suscription :
a Monsieur Monsieur Piochon négociant de bas de fil faux bourg St Jaques
a Angers
Anjou
Paris i5 avril îjgo
Monsieur je reçois votre lettre datée du 10 avril ou vous m'annonce que vos deux dernières balles sont dans le prix de douze cent livres et contiennent 48 d°uz de bas. je me décide a les prendre et en conséquence je les ai porté dans mon compte que je viens défaire passer a Mr de la Morandais a Lausanne, vous les ferez passer a mon adresse comme je vous l'ai donné a Mr le Chier de Chateaubriand a l'hôtel Marigni a fougères, et vous voudrez bien me donner votre lettre d'avis sur le champs a la même adresse. Je vous repète donc encore Monsieur crainte d'erreur, que je prends les deux balles du prix de 1200 livres et que je vous prie de faire partir sur le champs a mon adresse en bretagne. je suis parfaitement Monsieur votre très humble et obéissant serviteur.
Le CHier de Chateaubriand
Vous ferez partir ces deux balles par roullier n'en étant pas bien pressé, votre lettre d'avis a fougères s'il vous plaît,
VI. La suscription de cette lettre — 1 p, in-40 — esta moitié nirée. Cachetée de cire rouge, aux a couronne comtale. Cachets de la poste.
déchirée. Cachetée de cire rouge, aux armes des Chateaubriand avec
[P] iochon fabriquant [fau] bourg St Jaques [A] ngers
Anjou
3o avril iygo. hôtel Marigni a fougères en bretagne
J'ai trouvé, Monsieur, en arrivant ici une balle d'Angers a mon adresse sans lettre d'avis de votre part, je n'ai point voullu la défaire
avant de savoir de vous si elle contient les deux balles que je vous ai demandé par ma dernière lettre de paris, je vous marquais que je me décidais a prendre les deux balles qui vous restaient dans le prix de 1200 livres et qu'ainsi vous pourriez les faire parvenir a mon adresse a fougères et je les avais portée en conséquence dans mes comptes que j'ai fait parvenir a Mr de la Morandaisa Lausanne, apparemment Monsieur que vous aurez réunies les deux balles dans une et que le compte y est exactement. Mais je ne toucherai cependant a rien que vous ne m'ayez répondu la dessus, et en cas que vous n'auriez envoyez effectivement qu'une balle dans le prix de 600 livres je vous prie de me faire passer la dernière du même prix, puisque je l'ai compris dans mes comptes avec Mr de la Morandais. Répondez moi sur le champs sil vous plait Monsieur et tirez moi d'inquiétude, je suis parfaitement Monsieur
votre très humble et obéissant serviteur
Le CHier de Chateaubriand
Je n'ai point encore reçu de réponse de Mr de la Morandais dites moi s'il vous plait s'il est toujours a Lausanne ?
VII. Lettre de i/3 p. in-40, cachetée comme la précédente. Elle porte comme suscription, outre le cachet de la poste :
a Monsieur Monsieur piochon fabricant de bas de fil faux bourg St Jacques a A ngers Anjou
fougères 7 mai ijgo
J'ai reçu Monsieur et votre lettre d'avis et les deux balles de bas. Ainsi vous pouvez regarder ma lettre précédente datée de fougères comme non avenue je n'ai besoin de rien pour le moment et suis Monsieur très parfaitement votre très humble et très obéissant serviteur.
Le CHier de Chateaubriand
VIII. La lettre suivante — i p. in-8n — est adressée à de la Morandais qui logeait à Rennes chez son oncle ou cousin-germain. Par suite d'une déchirure, l'en-tête et les premiers mots manquent, mais à la quatrième page, la date et le lieu d'émission : Fougères, i5 juillet 1790, nous ont été conservés par de la Morandais lui-même. Cachetée ainsi que les précédentes, elle porte comme suscription :
a Monsieur Monsieur de la Morandais l'aîné chez Mr Dastin pr au parlement rue de Toulouse a Rennes
brétagne
Quand votre lettre datée d'Alançon m'est arrivée, j'étois absent et je mè hâte a mon retour de vous écrire a Rennes, tout autre lieu que cette ville me convient parfaitement pour avoir le plaisir de vous voir ainsi vous pouvez m'indiquer tel lieu que vous voudrez j'irai. Si vous n'avez pas d'endroits fixes et que le premier venu vous soit indifférent en vous promenant venez a St Aubin (1) qui est sur la route de Rennes a fougères je m'y rendrai de mon côté et là nous termineront nos affaires, il faut surtout me marquer le jour fixe et qu'aucun incidents soit de pleige (2). Je ne puis nous arrêter par ceque vous sentez combien il serait désagréable pour moi et pour vous d'avoir fait un voyage inutile. Au reste encore j'irai vous trouver sur votre lettre partout ou vous le voudrez exceptée Rennes ou je jurai de ne pas mettre les pies.
Adieu je suis avec un sincère attachement votre serviteur.
Le CH'er de Chateaubriand
IX. Le tiers du premier feuillet de cette lettre de 1 p. in-40 manque, mais à la quatrième page il est écrit : Fougères, 21 ybre 1790. Cette lettre est fermée par un cachet de cire rouge à moitié effacé aux
(1) St Aubin du Cormier. Dans le canton se trouvait le château de Lascardais appartenant à sa sœur de Chateaubourg (Mémoires, T. I. p. 257).
(2) C'est du moins ce que nous avons cru lire, sans comprendre ce mot.
armoiries accolées, surmontées d'une couronne comtale, des Chateaubriand et des la Celle de Chateaubourg, qui sont, les dernières: de sable à un croissant d'or, accompagné de trois quinte feuilles du même. Chateaubriand se sera donc servi du cachet de son beau-frère, qui avait épousé en 1786, la veuve du Cte de Guébriac. Suscription :
a Monsieur Monsieur de la Morandais l'aîné chez Mr Dastin procureur au Parlement rue de Toulouse
a Rennes
à Rennes le et en
(1) d'Angers, vous me dites de vous faire pasfser] les billets pour le ier, le ier de quel mois? étoit-ce du mois de septembre ? mais comment auriez vous voulu que m'écrivant le 3o août je vous eusse envoyé par la poste les billets pour le ier septembre ? vous voyez que cela n'étoit pas possible il y a donc quelque erreur la dessous que je ne comprends point. Ecrivez moi donc de manière sure et précise a fin que je vous fasse passer les billets et surtout observez de mettre une distance raisonnable entre la lettre que vous m'écrirez et l'envoi que vous exigerez, par ce qu'il faut le temps au poste de se rendre et que d'ailleurs je peux me trouver absent à l'arrivée de votre missive.
Adieu, je vous embrasse et vous souhaite une bonne santé.
Le CHier de Chateaubriand
Envoyé moi un model d'endossement n'y manquez pas à mon adresse a fougère hôtel Marigni.
X. Cette dernière lettre indique que Chateaubriand s'acquitta alors d'une partie de sa dette envers de la Morandais.
De 1/2 p. in-40, ses deux feuillets déchirés dans le haut, cachetée
(1) Mot illisible.
au pain, elle porte au crayon à la quatrième page : octobre 1790. La suscription est à moitié couverte par une rectification de la poste, qui y a en outre, imprimé son cachet.
Monsieur Monsieur de la Morandais, l'ainé chez M. Dastin rue de Toulouse
a Rennes
pour notre affaire sont arrivée de paris. La crainte que vous soyez absent et qu'ils ne se trouvent perdus me fait prendre le parti de vous escrire repondez moi sur le champs a fougères afin que je vous les fasse passer a votre adresse, j'espère que quand vous les aurez reçus vous voudrez bien me faire passer mon billet afin que je rende la signature à qui elle appartient adieu je n'ai que le tems de me dire tout à vous
Le CHier de Chateaubriand
La célèbre brochure de Chateaubriand De Buonaparte et des Bourbons — pour ne citer le titre qu'en abrégé — qui, au dire de Louis XVIII, avait fait plus de bien à sa cause, qu'une armée de cent mille hommes, fut mise en vente le 5 avril 1814; le 4un extrait avait été publié par les Débats (ij ; le 5 et le 7 deux autres le furent par la Galette de France.
Si Chateaubriand, contrairement à son intention, qui à lire la Préface de 1828 et les Mémoires, parait avoir été complètement réalisée, arriva trop tard avec son ouvrage, devancé qu'il le fut par les événements — ainsi l'avoue-t-il dans la Préface de la première édition — pour changer la destinée de Napoléon dont l'abdication était signée du 4 au matin, il n'en est pas moins vrai — et la phrase
(1) Cf. Biré : Mémoires, T. III, p. 396, en note. Kerviler donne comme date de publication le 3i mars, mais alors la préface de 1814 ne s'explique pas : l'auteur eût été en avance sur les événements et non en retard.
citée précédemment conserve par là toute son autorité et la brochure toute son importance — que ce fut cette dernière qui trancha la question de l'héritage napoléonien en faveur du descendant de St Louis.
Indépendamment de cette considération, la brochure par ses attaques virulentes, causait le plus grand mal au souverain déchu, et les alliés eux mêmes, se rendaient si parfaitement compte de son influence sur l'esprit des masses, qu'ils s'en servaient comme d'une arme véritable contre l'ennemi vaincu, mais gardant sa place dans le cœur de bien des gens, au point d'oublier les droits de celui qui l'avait forgée.
Les deux pièces suivantes de notre collection viennent heureusement confirmer cette assertion. La première — 2 p. in-40 — est la minute d'une lettre a. s. de Gabriel Peignot (1). La seconde (2) — s. 2 p. in-40 — est une lettre de Chateaubriand au précédent.
Dijon le 3 mai 181 4
L'Inspecteur de l'Imprimerie et de la Librairie
A Monsieur le Directeur général de l'Imprimerie et de la Librairie
Monsieur le Directeur
J'ai eu l'honneur de vous écrire hier, 2 mai, relativement à la réimpression de l'ouvrage de M. de Chateaubriant qui s'est exécutée à Dijon.
Aujourd'hui le secrétaire de M. de Bartenstein, gouverneur général de cette ville pour les puissances alliées, est venu me dire que j'aurais dû communiquer à M. le gouverneur l'ordre que vous m'avez adressé pour arrêter la circulation de l'ouvrage en question. Je lui ai répondu que cet ordre ne portait point que j'en référerais à
(1) Citée par Kerviler, qui en donne un extrait de deux lignes, comme ayant fait partie de la collection FiUon, où elle figure sous le n" 1172 avec la mention recherchée.
(2) 1767-1849. Bibliographe et historien, auteur de nombreux ouvrages d'une érudition toute particulière, dont le Livre des Singularités est peut-être le plus curieux. Son Manuel du bibliophile, qui le rend cher à tous les amis du livre, ne parut qu'en 1817.
M. le gouverneur ; que je ne connaissais d'autorité supérieure à mon égard que la direction générale et son excellence le ministre de l'intérieur; et d'ailleurs qu'il était question de garantir la propriété d'un auteur, objet de toute justice chez les alliés comme chez les français.
Sans doute que ces vérités n'ont point été senties par ces messieurs car M. le secrétaire a ajouté que M. le gouverneur ayant ordonné l'impression de l'ouvrage, le 9 avril, entendait qu'elle se continuât et que les exemplaires s'en débitassent comme par le passé; de plus que j'aie a communiquer à M. le gouverneur les ordres que je pourrais recevoir à l'avenir. J'ai répondu que j'exécuterais ponctuellement tout ce qui me serait prescrit par la direction générale, et que ses ordres sur ce qu'exige de moi M. le gouverneur seraient la base de ma conduite.
J'ai donc cru, Monsieur le Directeur, devoir vous instruire sur le champ des détails de cette conversation.
Daignez agréer l'hommage du respect avec lequel j'ai l'honneur d'être Monsieur le Directeur
votre très humble et très obéissant serviteur
G. Péignot
La lettre de Chateaubriand porte comme suscription :
Monsieur Monsieur G. Peignot Inspecteur de l'imprimerie et de la librairie
à Dijon Côte d'or Monsieur
Je m'empresse de vous remercier du zèle que vous avez témoigné pour mes intérêts. Je n'ai point encore vu M. de Loisy et sans doute il aura oublié cette affaire, je désire de tout mon cœur que mon ouvrage sur Bonaparte soit répandu puisqu'il fait du bien, mais en même temps, Monsieur, je ne suis point du tout dans le cas de
négliger mes intérêts, quand ils sont d*accord avec mes devoirs. La révolution m'a tout enlevé, j'ai tout refusé de Bonaparte et je n'ai pour vivre honorablement que le produit de mes ouvrages. Je vous prie donc, Monsieur, d'agir en conséquence contre le libraire et l'Imprimeur contrefacteur et débiteur de mon ouvrage sur Bonaparte et les Bourbons.
Si ces messieurs avaient eu des intentions si pures, n'auraientils pas du m'écrire comme Ballanche (i) mon libraire de Lyon, et je me serais arrangé avec eux. D'ailleurs je ne suis point absolument le maître, l'imprimeur de Paris a des droits qu'il va sûrement faire valoir, et quand je ne le voudrais moi-même, il va poursuivre l'imprimeur de Dijon.
Agréez encore, Monsieur, tous mes remercîments pour les choses obligeantes que vous me dites sur mes ouvrages. Je suis charmé qu'ils aient le bonheur de vous plaire et encore plus heureux des sentiments qu'ils vous inspirent.
J'ai l'honneur d'être, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
de Chateaubriand
Une copie de la lettre suivante — a. s. 4 p. petit in-40, enveloppe — exécutée par Dugast-Matifeux (2) sans qu'il ait pris la peine de relater où il en avait trouvé l'original, et se bornant à la qualifier d'inédite, est conservée parmi les papiers qu'il a légués à la Bibliothèque de la ville de Nantes. Elle nous avait été signalée par son regretté et savant conservateur, M. Rousse. Or Kerviler, dans son Essai d'une bio-bibliographie de Chateaubriand et de sa famille, a donné, outre un extrait de cette lettre et l'indication qu'elle parut à la vente Villenave en i85o, la précieuse référence qu'elle fit ensuite partie de la collection Fillon (3). Dès lors toute difficulté cesse sur la
(1) Pierre-Simon Ballanche (1 778-1 847) de l'Académie française.
(2) 1812-1894, Littérateur et archéologue.
(3) i8i9-i88i, Collectionneur et écrivain d'art. La lettre est sous le n» 1173 de ['Inventaire de sa collection d'autographes.
Le Chateaubriand de M. Giraud apporte aussi un extrait de cette même lettre, mais un peu plus complet, d'après le Catalogue d'autographes de la collection Morisson.
présence de cette copie: l'amitié qui unissait Fillon au publiciste nantais supplée largement au manque d'information.
A Monsieur Abel à Paris
Paris, ce 2g septembre i8i5
Je vous remercie, Monsieur, du manuscrit que vous avez bien voulu me communiquer. 11 y a quelque chose de vrai dans la notede votre auteur ; mais la phrase citée se trouvait dans mon discours même et venait à la suite d'un morceau très vif contre les Régicides. Ce fut ce morceau et un autre où je réclamais la liberté de la pensée, qui amenèrent les fureurs de Buonaparte et les nouvelles menaces de fusiller, si jamais mon discours était prononcé en public. J'avais reçu l'ordre du duc de Rovigo de me présenter pour candidat à l'Institut, sous peine d'être enfermé pour le reste de mes jours à Vincennes.
Ne voulant occuper aucune place sous l'assassin du duc d'Enghien, et forcé de me présenter pour demander celle de Chénier, je fis mon discours de manière qu'on serait obligé de me défendre de le prononcer, malgré l'éloge de droit dont chaque récipiendaire était obligé de couronner son discours. Je réussis dans ce dessein ; mais je pensais y perdre la vie, et l'on se rappelle encore tout le bruit que cette affaire de l'Institut fit dans le temps à Paris.
Je pense donc, Monsieur, que l'anecdote racontée par M. Chetwoode étant presqu'entièrement controuvée, elle peut être supprimée sans inconvénient. Pour mon compte, je désire que l'on parle de moi le moins possible. C'est à vous, Monsieur, de suivre là dessus votre sentiment et je vous renouvelle encore mes remercîmens pour votre politesse et la délicatesse de votre procédé envers moi.
J'ai l'honneur d'être, Monsieur, avec toute la considération possible, votre très humble et très obéissant serviteur.
de Chateaubriand
Voilà donc restituée dans son intégrité, une lettre qui n'avait été jusqu'à ce jour que fragmentairement reproduite — dans sa partie la plus intéressante il est vrai — La phrase « J'avais reçu l'ordre du duc de Rovigo. ...» mise du reste à contribution avec l'habileté et l'éru-
dition que l'on devine par Biré (i), éclaire d'un jour singulier toute cette affaire que la seule rédaction des Mémoires ne nous avait pas permise de considérer sous son véritable aspect. Dans ceux-ci, en effet, rédigés près de vingt ans après, Chateaubriand nous fournit une version différente et adoucie (2) de l'événement: des amis l'auraient supplié pour le mettre à l'abri de la colère du maître, de se présenter à l'Institut ; loin de vouloir employer la force pour l'y contraindre, Napoléon ne serait entré pour rien dans le projet, ni en bien, ni en mal.
L'exacte vérité, la vérité toute entière, n'est pas plus dans le texte des Mémoires, que dans celui de la lettre que nous publions. Il faut pour être juste adopter un moyen terme. Ce moyen terme, Dugast-Matifeux l'avait bien saisi, lorsqu'il transcrivait judicieusement au pied de sa copie les lignes suivantes (3) en guise de commentaire: « Napoléon, qui avait sévèrement traité Chateaubriand, et qui, en 1807, lui avait enlevé la propriété du Mercure de France, à l'occasion d'un article sur le Voyage en Espagne de Laborde, où il avait cru voir des allusions offensantes, sembla disposé à faire sa paix avec lui et fit les premières avances, en chargeant le Ministre de l'Intérieur, Montalivet, de témoignera l'Institut sa surprise de ce que le Génie du Christianisme, n'était même pas mentionné dans le rapport sur les prix décennaux. En 181 1, Chateaubriand fut désigné pour occuper à l'Institut le fauteuil vacant par la mort de Marie- Joseph Chénier. . . ». Biré, dans la lumineuse histoire de ce fauteuil, renchérissant encore sur l'article précité, nous rapporte que, d'après le baron de Méneval « se serait l'empereur lui-même qui aurait désigné, aux suffrages de l'Académie, le chantre des Martyrs ».
Si donc les Mémoires n'accusent aucun rôle joué par Napoléon, dont les avances, faites indirectement, après avoir été si fraîchement accueillies, tournèrent si mal, par contre la lettre manifeste sa volonté d'une façon trop brutale, en ce qu'elle invoque même pas la
(1) Mémoires, T. III, p. 55 1 . Il est entendu qu'il s'agit ici comme ailleurs de l'édition Biré,
(2) Dans le cas où son discours eût été prononcé, il n'était plus que jeté « dans un cul de basse-fosse pour le reste de sa vie ».
(3) Cf. Nouvelle biographie Didot, article Chateaubriand par Loménie.
légère restriction mise en lumière par nos concitoyens. Il y a donc lieu ici de lire entre les lignes et hors les lignes.
Quant à l'anecdote rapportée par un certain Chetwoode — et qui est le mobile de cette lettre — si nous ignorons exactement ce qu'elle fut, nous pouvons présumer tout au moins que l'auteur avait fait prononcer à Chateaubriand des paroles que celui-ci s'était contenté d'écrire. Le geste n'en était pas moins beau ; les conséquenquences sont là pour le prouver.
La lettre qui va suivre — s. i p. in-40, notre collection — est adressée à un destinataire inconnu, mais elle dénote assez clairement le véritable ami, celui des jours d'épreuve, comme des jours de prospérité.
Nous savons, en effet, qu'à cette date du Ier mai 1817, Chateaubriand était depuis plusieurs mois — exactement depuis le 20 septembre 1816 — rayé de la liste des ministres d'état, dont la pension de vingt-quatre mille francs lui avait été retirée par la même, à la suite de son ouvrage La Monarchie selon la Charte, ou plutôt du post-scriptum ajouté après l'ordonnance du 5 septembre 1816 qui dissolvait la Chambre de 181 5.
Réduit au strict nécessaire, l'écrivain fut obligé de vendre ses livres le 29 avril et jours d'après. Sa Vallée aux loups ne lui appartenait également plus le mois suivant et le 5 mai, il était en droit d'écrire à la «chère sœur» en lui annonçant la vente de sa bibliothèque et la permission accordée de mettre sa Vallée en loterie — loterie qui n'aboutit pas, faute de preneurs de billets et fut remplacée par une vente aux enchères — que : « comme Job, je suis venu au monde nu, et je m'en irai nu ».
Je n'ai, Monsieur, aucun projet fixe. Je vends le peu de chose que j'ai parce que j'ai contracté des dettes en allant à Gand, et qu'un honnête homme doit payer ses dettes.
Quand cela sera fait, je verrai, Je vous remercie bien sincèrement, Monsieur, de l'intérêt que vous prenez à ma position. Je ne me flatte pas d'être aussi utile à la cause du Roi que vous me faites
l'honneur de le croire ; mais ce qu'il ya de sûr, c'est que partout où je serai, je ne l'abandonnerai jamais.
Agréez, Monsieur, je vous prie, l'assurance de la considération distingué avec laquelle j'ai l'honneur d'être votre très humble et très obéissant serviteur.
de Chateaubriand
Paris le ieT mai i8ij
Nous reproduisons ci-après une lettre — a. s. 2 p. in-8° — qui a paru en vente le 18 décembre 1900 chez Noël Charavay.
Elle a trait à un incident de la vie politique dn grand écrivain. Le Times l'avait accusé d'être l'auteur de la Note secrète, rédigée dans les premiers mois de 1818, par un des chefs du parti des ultras, le baron de Vitrolles (1) qui paya du reste de son titre de ministre d'état, cet exposé des vues politiques du futur Charles X. A cette époque. Chateaubriand, était à moitié ultra, et j'emploie à dessein ce mot à moitié. La fondation du Conservateur (octobre 1818 à mars 1820) organe de «l'opinion royaliste » et dont le grand écrivain fut le plus brillant rédacteur, créé tant pour combattre la Minerve, feuille de «l'opposition libérale» que «l'opinion ministérielle» représentée par le duc de Richelieu, jugé trop modéré comme président du conseil par les ultras, légitime suffisamment cette restriction. Chateaubriand n'y prend-il pas place à côté des membres les plus actifs du parti ultra, tout en ne cessant de défendre, avec quel succès on le sait, le système représentatif et la liberté de la presse? Il faut avouer, qu'en politique, tout au moins René fut parfois un homme assez étrange! Le mot si humain de Louis XIV: « Je sens deux hommes en moi », pris dans un sens un peu particulier, le caractérise parfaitement.
Toujours est-il, que pour être à moitié ultra, il ne voulait nullement endosser les responsabilités de la Note, contraire en somme à ses principes. N'oublions pas non plus, que Chateaubriand était alors lui aussi ministre d'état, et l'on peut ne pas hésiter à se
(1) 1774-1854. Député et pair de France.
sacrifier à l'occasion, sans être particulièrement désireux de payer pour autrui. C'est pourquoi ne voulant pas dénoncer son collègue qui était intervenu en sa faveur auprès de Richelieu, et dédaignant de répondre directement au journal anglais, l'écrivain fit insérer dans les Débats et le Moniteur du 28 juin, une protestation contre cette assertion mensongère. Avant de mettre son projet à exécution, il en fait part au vrai coupable :
Au Baron de Vitrolles
Le 26 juin 1818
Je n'écrirai point de lettres, mais je vais faire mettre dans les journaux que j'attaque le Times en calomnie, sans désigner le genre de calomnie, ni les numéros dont je me plains.
Je crois que cela arrange toute la partie qui me regarde, sans vous compromettre, ni vous abandonner. Je trouve votre démarche très noble près de M. de Richelieu, mais elle ne vous mènera à rien. Je ferais imprimer dans tous les cas, que M. de Richelieu le voulût ou ne le voulût pas.
Mille compliments. Voilà mon mot pour les journaux,
de Chateaubriand
S'il ne nous a pas été possible de découvrir le destinataire de cette lettre — a. s. 2 p. 1/4^-4°, notre collection — pourtant fort avant dans l'intimité du ménage Chateaubriand, peut-être n'en a-t-il pas été de même pour la date de l'année qui ne se trouve pas indiquée. C'est 1820, croyons-nous, qu'il faut ajouter à 7 décembre. Le rr janvier 1821 en effet, l'écrivain, en retard de quelques jours sur le terme fixé dans sa lettre, partait pour son ambassade de Berlin, où il avait été nommé fin novembre, et sa femme l'y rejoignait effectivement quelque temps après.
La seule chose qui me déplaise de votre lettre, mon très cher hôte, c'est son tour cérémonieux. Croyez que je suis tout comme j'étois avant la place, tout comme je serai après, quand je l'aurai perdue. Ce que vous appelez justice a bien son mauvais côté ; et en
m'éloignant on a eu ses raisons, mais enfin, il ne faut pas compter si rigoureusement : Dieu veuille que cette première nomination soit le signal d'un retour sincère aux Royalistes !
Voilà encore de nouveaux présents de Madame de la (i).
Mme de Ch. et moi nous ne savons plus comment la remercier. Veuillez, Monsieur, croire à mon sincère attachement pour vous, et pour toute votre famille : je ne renonce pas à l'espoir de vous embrasser encore l'année prochaine dans ma visite accoutumée à ma mère nourrice, la Mer. Mille compliments, mille souhaits de bonheur. Je partirai vers la fin de la semaine prochaine. Ma femme viendra me rejoindre au printemps.
Chateaubriand
Jeudi 7 Xbre
Cette remise enfonction, après laradiation du20septembre 1816, pouvait être considérée à bon droit comme un acte de justice, mais le nouvel ambassadeur, dont l'attitude n'était pas toujours faite pour plaire, avouons-le, était encore plus près de la vérité, en découvrant « des raisons » à ce glorieux éloignement !
Il n'est pas bien difficile de préciser le personnage qualifié de « cher et ancien ami, etc. . .» dans la lettre du 9 mars 1823 — a. s. 2 p. 1/2 in-40 — qui fait partie de notre collection. 11 suffit, en effet, de lire avec soin le T. 2 des Mémoires pour nommer le comte de Montlosier (2), traité là par l'écrivain — en terme d'amitié — « d'auvernat fumeux ». Esprit bigarré, fait de « pièces et de morceaux », on sait que Montlosier qui avait jusqu'alors mis au service de la royauté son ardeur combative, dépensa dans la suite le trop plein de son zèle contre les Jésuites et la Congrégation. 11 eût désiré, mais vainement, que Chateaubriand le suivit dans cette voie, ou plus exactement lui donna le mot d'ordre (3). Cette divergence
(1) Ici un nom illisible.
(2) I755-i838. Député en 1789 et pair de France.
(3) Cf. Mémoires. T. IV, p. 332.
d'opinion sur un point capital , ne relâcha pourtant pas que nous sachions les liens de solide affection qui unissaient les deux ex-émigrés.
Le rocher, présent de Montlosier, auquel fait allusion Chateaubriand, est le même à propos duquel il écrivait, toujours dans les Mémoires (i) : « Je lui saurai gré de m'avoir consacré, dans son chalet du Puy-de-Dôme, une vieille roche noire, prise d'un cimetière des Gaulois par lui découvert. »
A la date du 23 novembre 1823, Chateaubriand était depuis le 28 novembre de l'année précédente ministre des Affaires étrangères. La guerre d'Espagne, « le grand événement politique de sa vie » par laquelle il devait prouver — ainsi l'écrit-il, non sans un légitime sentiment d'orgueil — « qu'il sait faire l'histoire comme le roman », allait être glorieusement entreprise en dépit de l'Angleterre, dans l'orbite de laquelle roulaient l'Autriche et la Prusse, et malgré l'opposition violente qu'elle rencontrait en France. Le grand homme était donc parfaitement en droit d'écrire, sans être taxé ici d'exagéraration, : « qu'il avait l'Europe et la France sur les bras ».
Au Comte de Montlosier
Paris, g mars 1823
Mon cher et ancien ami, mon compagnon d'exil, mon bon compagnon d'infortune, je vous dois trois ou quatre réponses pour deux ou trois excellentes lettres. M'avez-vous pardonné ? Vous devez croire que je suis accablé : j'ai l'europe et la france sur les bras ; pourtant, grâces à Dieu, j'espère m'en tirer avec quelque honneur : l'ennemi fait des fautes et j'en profite. Les tempêtes se calment de tous côtés.
je vous remercie du rocher que vous me donnez. C'est la seule propriété que j'aurai dans le monde, hors 7 ou 8 pieds de terre que je cherche à acheter dans une petite isle sur la côte de Bretagne, où je voudrais me faire enterrer, que votre amitié fasse vivre mon nom en Auvergne; mes compatriotes Bretons conserveront mon souve-
(1) Mémoires. T. II, p. i58.
nir ; nos deux provinces ont encore quelque chose de ces temps que vous avez si bien retracés (i).
nous reviendrez-vous bientôt ?
Venez ; et vous serez aussi bien reçu qu'à nos soirées de
Londres (2).
tout à vous et pour la vie
Chateaubriand
Le nom du général à qui est adressée la lettre suivante qui fait partie de notre collection — a. s. 2 p. 1/2 in-40 — nous est inconnu, mais la tournure de cette lettre indique suffisamment que l'officier était, non un de ces solliciteurs qui importunent les gens en place, mais un véritable ami, se réclamant du pouvoir de Chateaubriand, alors ministre des Affaires étrangères.
Paris 6 novembre 1823
Pardonnez, mon cher général, si je n'ai pas répondu plutôt à vos lettres du 1 1 et du 20 8bre5 la guerre d'Espagne en finissant, a diminué le travail de mes collègues et augmenté le mien, tout est à régler maintenant, et c'est le ministère des affaires étrangères qui se trouve chargé de toutes les transactions politiques du moment.
je ne puis vous répéter que ce que je vous ai dit mille fois que mon dévouement pour vous est sans borne et mon attachement inaltérable. Les nominations que vous avez vues ne sont pas sorties du ministère. La proposition en a été faite d'ailleurs et immédiatement acceptée par le Roi. je cherche sans cesse comment je pourrais vous servir, je parle de vous au Baron de Damas (3) qui me paroit vous vouloir du bien. Villèle (4] m'a dit qu'il avoit reçu une lettre de vous, et me semble aussi disposé à vous servir, je sais parfaitement
(1) Sans doute dans la Monarchie française (1814).
(2) Lors de son séjour en Angleterre pendant l'émigration, Montlosier avait, avec Mallet-du-Pan, Malouet et Lallv-Tolendal, rédigé le Courrier de Londres.
(3) 1780-1862. Collègue de Chateaubriand au ministère de la Guerre, il devait lui succéder aux Affaires étrangères. C'est lui qui s'attira par sa piété qui n'hésitait pas à se manifester, ce mot d'un journaliste de l'opposition écrivant : « qu'on ne demandait plus chez les ciriers un cierge, mais une épée de Damas. »
(4) LeC'de Villèle (1773-18D4) était alors ministre des Finances et président du Conseil.
que vos ennemis sont les miens et croyez que le Ministère ne m'enivre point et ne me fait aucune illusion, pour placer quelques uns de nos amis, j'ai rencontré de grands obstacles et j'en suis venu à bout avec de la persévérance et en ne me lassant jamais. Si vous m'en donnez le temps j'espère réussir également pour vous. Si j'étois le maître vous n'attendriez pas longtemps.
Croyez mon cher général que je ne change jamais et que dans la bonne comme dans la mauvaise fortune je suis à vous.
Chateaubriand je n'oublie point le parent de votre femme.
Lettre s. de 3 p. in-40 appartenant à la Bibliothèque Méjanes, de la Ville d'Aix, où elle est conservée sous la cote: Ms. 752, pièce 1 13. Elle est adressée au Comte de Peyronnet (1), garde des sceaux, et a trait à un nommé Giniès, dont l'existence nous a été ainsi révélée, sans que nous sachions rien de plus précis sur ce personnage peu intéressant à la vérité.
Au Comte de Peyronnet
Paris le 28 février 1824
Monsieur le Comte
Vous m'avez fait l'honneur de me mander qu'un Piémontais, nommé Giniès, exerçant à Marseille la profession d'avocat, avait appelé sur lui par sa conduite repréhensible l'attention du Gouvernement Français ; et vous avez désiré connaître les motifs qui avaient déterminé cet étranger à quitter le Comté de Nice. L'ambassadeur [2) de Sa Majesté à Turin vient de me transmettre des renseignements peu favorables sur cet individu. Il résulte de ces informations que le Sr Giniès après avoir fait ses études en droit à Aix en
(1) 1778-1854. Auteur de la fameuse loi dite « de justice et d'amour ». Pair de France en 1828.
(2) Le Mis de la Tour du Pin-Gouvernet (1759-1837).
Provence, et y avoir pris ses grades vint exercer la profession d'avocat près le tribunal de ire Instance alors établi à Puget-Théniers sa patrie et qu'il s'y fit connaître pour un zélé partisan de la révolution. A l'époque des événements de 1814 et de 1 81 5, il figura parmi les principaux auteurs des désordres commis dans cette dernière ville ; il s'exprimait hautement en faveur de Buonaparte et annonçait le retour de l'ancien Gouvernement. Il fît également partie du petit nombre des habitans de Puget-Théniers qui, lors du débarquement de Buonaparte, arborèrent la cocarde tricolore. Cette conduite ayant appelé l'attention de la police sur le Sr Giniès et lui ayant valu de sévères réprimandes de la part du Gouverneur de Nice, il prit la résolution d'abandonner un pays où il ne pouvait plus donner cours à ses opinions sans s'exposer à être arrêté, et il vint s'établir à Marseille. Son père avait embrassé avec ardeur les principes de la révolution ; mais il mène actuellement une vie tranquille et demeure à Puget-Théniers où il jouit de la modique fortune d'environ 8000 f. Ces renseignements ont été transmis à l'ambassadeur de Sa Majesté à Turin par le Ministre des Affaires Etrangères de Sardaigne ; et je m'empresse, Monsieur le Comte, de vous en donner connaissance. Agréez les assurances de la haute considérations avec laquelle j'ai l'honneur d'être Monsieur le Comte, votre très humble et très obéissant serviteur.
Chateaubriand
On sait que le 6 juin 1824 Chateaubriand avait été remplacé au ministère des Affaires étrangères par le comte de Villèle, chargé par intérim de ce portefeuille. La façon vraiment par trop cavalière dont il avait été, non pas remercié, mais renvoyé, avait sans doute servi de prétexte à un de ces poètes faméliques qui font flèche de tout bois pour lui adresser, avec les produits de son imagination, une demande de secours. On ne pouvait s'adresser à cœur plus généreux, mais plus empêché parfois d'en faire la preuve.
Lettre a. s. de 1 p. in-40, notre collection.
Paris le 2g ybre 1824
je vous remercie, Monsieur, d'avoir bien voulu m'envoyer les vers que le moment vous a inspirés. L'obscurité est un bien, mais la pauvreté est un mal, et je voudrais qu'il me fût possible de vous être utile, mais je suis pauvre aussi, et je n'ai à vous offrir que ma bonne volonté.
recevez, Monsieur, la nouvelle assurance de mon dévouement sincère.
Chateaubriand
Le 26 novembre 1824, Chateaubriand présida la Société de Géographie de Paris, la seule du reste qui existait à cette époque dans le monde entier. Si nous consultons le T. II, p. 209, du Bulletin de la Société nous y trouvons : « M. Jomard (1) lit un mémoire intitulé Coup d'œil sur les progrès et l'état actuel des découvertes dans l'intérieur de l'Afrique. L'objet principal de cet écrit est d'assigner le rapport qui existe entre l'étendue de l'Afrique intérieure et la superficie observée par les voyageurs européens depuis une quarantaine d'années. » Or dans cette séance ce fut le seul mémoire dont lecture fut faite ; c'est donc bien à lui que s'adresse la lettre suivante a. s. 1 p, 1/2 in-40, de notre collection.
Un peu plus loin, dans le même rapport, il est question de M. de Beaufort (2), dont parle Chateaubriand dans sa lettre, au sujet de la mort de deux voyageurs étrangers ; puis, toujours dans le T. II. nous rencontrons des extraits de lettres,' soit adressées à Jomard par de Beaufort, soit relatives aux expéditions de ce dernier dont la carrière aventureuse était sur le point de prendre fin. Il mourut, en effet, à 27 ans, le 3 septembre 1825, de la fièvre, au moment d'arriver à Tombouctou.
(') >777"'862. Un des fondateurs de la Société de Géographie en 1821, archéologue et membre de l'Académie des Inscriptions. Un de ses ouvrag.es porte le titre de Nouvelles découvertes de l'Afrique (1824-1828).
(2) Henri-Ernest Grout, chevalier de Beaufort.
A Monsieur Jomard
Paris le 6 novembre 1824
j'ai été malade. Monsieur, c'est ce qui m'a empêché d'avoir l'honneur de répondre plutôt à votre intéressante lettre du 27 octobre, je ne sais si je serai heureux pour assister à la séance de la société géographique, qui aura lieu le 26 de ce mois, mais je ferai tous mes efforts pour m'y rendre, je serois surtout charmé, Monsieur, d'entendre un homme de votre mérite et de votre instruction parler des nouvelles découvertes en Afrique : si je n'étois pas si vieux, je reprendrais volontiers mon bâton de voyageur pour marcher sur les traces de M. de Beaufort.
Agréez, Monsieur, je vous prie, l'assurance de ma considération la plus distinguée.
Chateaubriand
Lettre a. s. de 3 p. in-40, notre collection. Peut-être adressée au Vicomte Walsh ?
Nous ignorons à quelle réunion royaliste bretonne il est fait allusion et à laquelle Chateaubriand avait été, soit prié d'assister, soit tout au moins d'apporter le prestige de son nom. Mais ce que l'on sait — et la lettre suivante confirme une fois de plus cette certitude— c'est la vénération dont l'entourait ses compatriotes, vénération mêlée d'un peu de regret de la part des Malouins de ne jamais le voir dans les murs de leur ville, et qui à sa mort, se traduisit par un suprême hommage rendu par vingt-quatre écrivains bretons, appartenant non seulement au parti royaliste, mais à celui diamétralement opposé.
Paris, le 26 jbre 1825
j'étois à la campagne. Monsieur le Vicomte, lorsque la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire a été remise à mon adresse, à Paris, je m'empresse de vous en remercier.
rien n'est plus flatteur pour moi, Monsieur, que l'intention dont
vous avez la bonté de m'entrctenir: fier d'être breton, et de partager les opinions royalistes de mes compatriotes, je suis profondément touché de leur marque d'intérêt et de bienveillance, je vous prie d'être auprès d'eux mon interprète, et de leur offrir l'expression de ma sincère et vive reconnoissance.
mais, Monsieur le Vicomte, la conscience du peu que je vaux, la juste sévérité avec laquelle je me juge, et un sentiment des convenances que la délicatesse bretonne saura apprécier, doivent me rendre étranger à la réunion dont vous avez bien voulu me faire part.
je serai très heureux, Monsieur le Vicomte, d'avoir l'honneur de vous recevoir ainsi que M. le Cte de Tinténiac : je suis chez moi tous les jours jusqu'à midi.
Agréez, je vous prie, Monsieur le Vicomte, l'assurance de la considération la plus distinguée avec laquelle j'ai l'honneur d'être,
Votre très humble et très obéissant serviteur
Chateaubriand
L'Infirmerie de Marie-Thérèse, que Chateaubriand avait mise sous la protection de la duchesse d'Angoulême fut fondée en octobre 1819 (1). Créée pour secourir les prêtres âgés et certaines femmes malheureuses, elle fut depuis léguée à l'administration de l'archevêché de Paris pour y recueillir seulement les vieux prêtres. Il y a quelques années, le cardinal Richard pour échapper à des lois sectaires, a fait à une association la dévolution de tous les biens de l'œuvre.
La lettre suivante — a. s. 2 p. 1/2, in-8°, de notre collection — se rapporte à l'Infirmerie, mais nous ignorons à quel sujet. Elle est en tous les cas adressée à Msr de Quélen (2), archevêque titulaire de Paris et collègue de Chateaubriand à la Chambre des pairs.
(1) Au n' 86 de la rue d'Enfer, actuellement le 92 de la rue Denfert-Rochereau.
(2) 1778-1839. Membre de l'Académie française.
A Monseigneur de Quélen
Paris, ce 10 janvier 1826
Nous avons reçu Monseigneur, une très bonne lettre de M. le Vte d'Agoult (1) où il nous apprend que Madame la Dauphine a approuvé tout ce qui s'est passé dans notre conseil.
j'ai l'honneur, Monseigneur, de vous renvoyer le projet d'acte avec l'exposé des motifs qui nécessitent cet acte, j'ai taché de les rendre clairs, courts, et précis.
Maintenant, Monseigneur, c'est à vous à faire le reste : Madame la Dauphine vous attend ; sollicitez une audience ; S. A. R. jettera un coup d'ceil sur l'acte et l'exposé des motifs de l'acte ; le tout vous sera renvoyé avec approbation, et nous procéderons à la suite de l'affaire, il est temps qu'elle finisse, je crois être sûr d'obtenir l'assentiment du Conseil d'état et de l'évêqued'Hermopolis(2). Nous allons bientôt nous voir à la Chambre.
Vous connaissez, Monseigneur, mon inviolable et respectueux attachement.
Chateaubriand
Lettre s. 1/2 p. in-40, notre collection. Simple remercîment à une dame pour un ouvrage qu'elle lui avait envoyé.
Paris ce i5 mars 1826
Je lirai, Madame, avec le plus grand empressement l'ouvrage que vous avez bien voulu m'envoyer. Je ne doute point qu'il ne réponde au but que vous vous proposez, pour l'éducation de la Jeunesse. Je vous prie, Madame, d'agréer tous mes remercîments, et l'assurance de ma considération distinguée.
Chateaubriand
(1) 1750-1828. Il était écuyer de la duchesse et pair de France.
(2) Msr Frayssinous ( 176J-184 1 ) pair de France, et membre de l'Académie française, ministre des Affaires ecclésiastiques et de l'Instruction publique.
Chacun sait le marché conclu par Chateaubriand avec le libraire Ladvocat, marché destiné à « lui assurer la paix de sa vie » et qui eût, contre toutes prévisions, un si fâcheux résultat. «Les affaires considérables » invoquées dans la lettre du 20 mars 1 826 — a. s, 1 p. in-40, notre collection — y font certainement allusion. Si Mole dans un billet du 12 de ce mois, et rapporté dans les Mémoires, félicite déjà l'écrivain de cet arrangement, il n'est pas à dire pour cela qu'à cette date les dernières dispositions aient été prises. Le mot de Chateaubriand, écrit quelques jours après à un créancier inconnu, indique au contraire qu'elles étaient seulement sur le point de l'être; c'est pourquoi, n'ayant probablement encore rien touché, nous voyons le pauvre grand homme demander à son prêteur de retarder quelque peu la présentation de son billet.
Paris 20 mars 1826
je termine cette semaine, Monsieur, des affaires considérables. S'il étoit possible à votre obligeance de ne me présenter votre billet que fin courant, le 3i de ce mois, cela entrerait mieux dans mes arrangements. Voyez, Monsieur, si ce n'est pas trop abuser de la complaisance que vous avez eue jusqu'ici.
Agréez tous mes remerciments et compliments empressés.
Chateaubriand
La Bibliothèque de la Ville de Clermont Ferrand, possède trois lettres de Chateaubriand, dont deux sont encore inédites (1). Celle qui suit — a. s. 1 p. in-40 — nous donne clairement à entendre, avec cette bonne grâce qui rendait René le plus séduisant des hommes, ce que chacun du reste sait de visu, qu'il avait une écriture des plus difficiles à lire que l'on connaisse. Quiconque en a eu, ne fût-ce qu'une fois, un modèle sous les yeux ne saurait l'oublier et la reconnaîtrait entre mille.
(1) La troisième — a. s. 3 p. [|2, in-S" — du 10 juillet 1 832, a été publiée par Biré dans: Les Dernières Années. . . p. 143.
Paris ce 23 janvier (i) 1827
Vous me demandez, Monsieur, un sacrifice d'amour-propre bien pénible. J'ai la plus méchante écriture du monde.
Il est vrai que Pascal, votre compatriote, écrivoit encore plus mal que moi ; mais il en avoit le droit: moi qui ne rachète pas par le génie la peine que l'on prend à déchiffrer mes manuscrits, je n'ai absolument aucune excuse.
Toutefois, Monsieur, disposez de cette lettre comme bon vous semblera : on y verra toujours ma reconnaissance pour un honneur que je ne mérite pas et l'expression de la considération très distinguée avec laquelle je suis Monsieur,
votre très humble et très obéissant serviteur
Chateaubriand
La très belle lettre politique que nous donnons ici — a. s. 4 p. in-40 — provient de la même source que la précédente. Son destinataire est. comme dans la lettre du 9 mars 1823 reproduite plus haut, le Comte de Montlosier.
Le double travail auquel fera allusion Chateaubriand, est la publication de ses œuvres complètes par Ladvocat, de 1826 à i83i, et la rédaction des deux discours qu'il prononça à la Chambre des pairs, contre le budget de 1826, et sur la loi des postes. Quant à l'affaire de la liberté de la presse, terminée en effet du 17 courant, rappelons-la brièvement : un projet de loi sur la police de la presse avait été proposé par le Comte de Peyronnet, garde des sceaux, le 29 décembre 1826. Il rencontra une vive opposition et Chateaubriand, en particulier, l'attaqua dans son discours : Opinion sur le projet relatif à la loi de lapresse, discours non prononcé par suite du retrait du projet par le Gouvernement, après que la Chambre des pairs l'eût repoussé.
(1) Le mot janvier est en surcharge; il y avait tout d'abord février.
Au Comte de Montlosier
Paris, ce 26 avril 1826
Mieux vaut tard que jamais, mon cher et ancien ami, j'ai été plus que souffrant; j'ai été malade, et accablé de mon double travail pour Ladvocat et la Chambre des pairs. Ma santé est meilleure, et l'affaire de la liberté de la presse est finie ; je respire un peu et je vous écris.
Votre lettre pleine de raison, n'est déjà plus en position. Les choses vont vite. Je diffère de vous en ce sens, que je ne crois pas à la force des conjurations autant que vous, et que selon moi la résistance est beaucoup plus vive et plus générale que vous ne me semblez le croire. Vous voyez qu'à chaque tentative un peu franche contre nos libertés, l'esprit de la faction est à l'instant repoussé. Si vous aviez vu Paris pendant deux jours (1), vous n'auriez été alarmé que de la force de la résistance. Je crois le trône en danger ; je pense que les hommes coupables (2) qui ont conduit les choses de sorte a révéler tout à coup sa faiblesse relative mériteroient d'être mis en jugement. Mon cher ami, un grand, un terrible secret vient d'être révélé (3) et si l'on ne change pas vite les hommes et les principes de l'administration, nous irons où nous sommes déjà allés à l'abyme.
Je ne sais jusqu'à quel point vous êtes bien informé de tous ces comités. Je crois ou je ne crois pas à leur existence, peu m'importe ; ils sont incapables de succès; ils feront du mal sans doute, on ne
(1) Les 17, 18 et i9 avril, des manifestations eurent lieu dans les rues de Paris.
(2) « Les hommes coupables » que Chateaubriand qualifie un peu plus loin de « chenilles «étaient dans sa pensée : Villéle, Corbières, Damas et Peyronnet. Chabrol, Frayssinous et la Rochefoucauld-Doudeauville , plus modérés dans leurs opinions, partant moins ennemis de l'écrivain, ne sont pas compris dans la liste des «petites gens ». A remarquer toutefois que les véritables « chenilles » furent plutôt deux de ces derniers, puisque Frayssinous resta ministre jusqu'au 3 mars, et Chabrol jusqu'au 2 février 1828.
(3) Pour connaître ce « terrible secret » reportons-nous à la lettre de Chateaubriand adressée au Roi, et rapportée au T. 4, p. 348, des Mémoires. Il s'y trouve cette phrase : « Un grand secret, Sire, a été révélé». Ce grand secret était l'existence du peuple, soulevé à diverses reprises contre les ministres.
fait pas revivre une vieille société dans une société nouvelle ce sont là des entreprises puériles qui ne perdent que ceux qui en font la folie. Quant aux ministres mon cher ami, je ne vous en parle pas, Vous me semblez croire qu'ils ont quelque chose; ils n'ont rien du tout ; Quand ces petits gens s'en iront, on ne saura dire comment ils ont été là. Ils tiennent au manteau royal comme les chenilles s'attachent aux feuilles, voilà tout. Je leur rends en mépris ce qu'ils me donnent en haine : partant quitte.
Sur les prêtres, nous différons. Je ne desespérerais pas de les voir entrer dans l'esprit constitutionnel, si on leur signifiait qu'il n'y a rien pour eux hors la charte. Il y a plus l'esprit du christianisme est niveleur et républicain. Les plus grands démocrates de l'Amérique septentrionale, sont aujourd'hui les jésuites. J'ai vu une lettre d'un de leur chef aux états-unis toute en anathèmes contre les Rois. Mon cher ami, nous sommes bien vieux. Le temps qui me prend par la main m'avertit que je me retire. Je m'en vais; après moi le salut du Roi et de la france, si Dieu le veut, je voudrais au moins radote1" en paix le peu de jours qui me restent. Voyageur lassé, j'aimerai à m'asseoir auprès de vous.
Je vous embrasse
Chateaubriand
Lettre a. s. 2 p. in-8°, notre collection, dans laquelle Chateaubriand remercie l'auteur d'un ouvrage sur le duc de Richelieu, de l'avoir défendu contre les attaques de Y Etoile (1), qui l'accusait, surtout à l'occasion de son Discours sur la liberté de la presse, de renier le passé et de n'être plus en 1827 ce qu'il était en 1820^2) — Confessons que le journal n'avait pas entièrement tort en ce qui concerne la seconde assertion. —
(1) « Echo du monde élégant » nous indique la Bibliographie de la presse périodique de Hatin.
(2) Cf. n" des 7, i9 et 23 mai.
Paris, le 22 mai 1827
je n'ai, Monsieur, ni ne puis avoir aucun ressentiment contre la mémoire de M. le Duc de Richelieu, je l'honore et la respecte, comme toute l'Europe, je voudrais, Monsieur, qu'il me fut possible d'écrire la lettre que vous désirez et je louerois très volontiers votre ouvrage ; mais cette démarche extraordinaire m'attirerait des sollicitations auxquelles je ne pourrais céder, et je blesserais ainsi une infinité de personnes.
Je vous remercie, Monsieur, des choses obligeantes que vous avez bien voulu dire de moi : je ne lis point Y Etoile, et à mon âge ont fait bon marché de son amour propre.
j'ai l'honneur de vous offrir, Monsieur, l'assurance de ma
considération très distinguée.
Chateaubriand
Autre lettre de remercîment — s. 1 p. grand in-40, notre collection — de Chateaubriand, alors ambassadeur à Rome, à un auteur inconnu qui lui avait dédié un ouvrage tout aussi inconnu.
Rome 10 janvier 181g
Je m'empresse, Monsieur, d'accepter votre offre obligeante de me dédier le livre que vous êtes sur le point de publier, je ne doute pas que la lecture de votre ouvrage n'ajoute encore au prix que j'attache à l'honneur que vous voulez bien me faire.
Recevez, Monsieur, mes remerciemens et l'assurance de ma considération distinguée.
Chateaubriand
La lettre suivante (1) — a. s. 2 p. 1/2 — a paru, à notre connaissance trois fois en vente chez Charavay : les 18 décembre 1888, 25 février 1 891, et 17 février 1902.
(1) Citée par Kerviler, dans son Essai p. 60.
Elle est adressée au Vicomte Sosthène de la Rochefoucauld (i), duc de Doudeauville en 1841, après la mort de son père, l'ancien ministre de la Maison du Roi. Louis XVIII l'avait nommé en avril 1814, directeur général des Beaux-Arts, des théâtres royaux et des manufactures, fonctions qu'il exerça jusqu'à la révolution de juillet.
Au Vicomte de la Rochefoucauld
Rome, ce ij janvier 182g Monsieur le Vicomte,
M. H. Vernet est arrivé ici, et M. Guérin va bientôt quitter Rome, il emporte tous les regrets. L'Europe connaît ses talents, comme peintre ; vous connoissez ses travaux comme administrateur : la régularité, établie parmi les élèves de l'Académie, les dettes payées, des réparations faites, attestent un esprit d'ordre qui ne s'allie pas toujours avec le génie des arts. Vous trouverez, sans doute, Monsieur le Vicomte, que M. Guérin mérite quelques marques de la satisfaction royale: j'ose solliciter pour lui le titre de Baron que portent MM. Gérard et Gros, et la croix d'officier de la Légion d'honneur : il est simple légionnaire depuis bon (2) nombre d'an nées. Comme ambassadeur de S. M. à Rome, je puis juger de l'estime générale qui s'attache à la personne de M. Guérin (3) ; comme ancien ami de ce grand peintre, je puis assurer que jamais faveur n'auront été mieux placées. Votre goût éclairé pour les arts, Monsieur le Vicomte, me fait espérer qu'en vous adressant cette prière, je n'aurai pas été importun.
J'ai l'honneur d'être avec une haute considération, Monsieur
le Vicomte,
Votre très humble et très
obéissant serviteur
Chateaubriand
(1) 1785-1864. 11 avait épousé en 1807 la fille du duc Mathieu de Montmorency ; en 1840 il épousait en secondes noces la veuve du O de Bourbon-Conti, ' Angélique de la Brousse de Vertaillac.
(2) Sous une rature on lit : grand.
(3) C'est lui dont l'écrivain écrira si joliment à la page 32 du T. V. des Mémoires : « Guérin est retiré comme une colombe malade, au haut d'un pavillon de la villa Médicis. 11 écoute, la tête sous son aile, le bruit des vents du Tibre ; quand il se réveille, il dessine à la plume la mort de Priam ».
Ce bel éloge de Guérin, si justement mérité, ne resta pas sans réponse. Directeur de l'école de France depuis 1823, le peintre quitta ce poste en 1829 pour retourner dans son pays natal où il reçut de Charles X le titre demandé par Chateaubriand (1), et plus tard la croix d'officier. Il ne revint à Rome que pour y mourir en i833.
On se souvient que ce fut la formation du ministère Polignac, le 8 août 1829, qui motiva la démission de Chateaubriand comme ambassadeur à Rome. Vingt jours après la formation de ce nouveau ministère, revenu régulièrement en congé de Rome depuis le 16 mai, il envoyait sa lettre de démission. Si le sacrifice lui fut rude, la lettre que nous reproduisons ci-dessous serait là pour l'attester, à défaut d'autre preuve; mais rien, pas même le charme puissant et évocateur de la Ville Eternelle, ni la pensée qu'il caressait d'y finir ses jours, n'aurait pu faire varier une détermination que l'écrivain considérait comme dictée par sa conscience et la voix de l'honneur. Moins d'un an après, aucune considération humaine n'eût été plus capable de lui faire conserver sous un gouvernement usurpateur, les deux titres de pair de France et de ministre d'Etat, ainsi que la pension attachée au premier, honneurs dont il se dépouilla avec autant de noblesse que de générosité. A coup sûr, le Dictionnaire des Girouettes n'eût pas enregistré son nom.
La lettre suivante — 4 p. in-40, notre collection, s. — les
dernières lignes seules, à partir de : « j'ai dicté cette lettre »,
étant de la main de Chateaubriand — a trait, dans son début, à cet incident de la vie politique de l'écrivain, alors que le principal objet en est le monument du Poussin.
(1) Siret dans son Dictionnaire des Peintres indique doublement à tort, qu'il fut créé baron par Louis XVIII, et remplacé par H. Vernet en 1827. Quédy commet également la première de ces erreurs dans son Nouveau dictionnaire des Peintres.
Au sculpteur Lemoyne-Saint-Paul (i)
Paris ce 7 septembre 182g
Je suppose, Monsieur, qu'en apprenant la nomination du nouveau ministère, vous avez à l'instant même deviné ma résolution. Vous dire que le sacrifice ne m'a pas été pénible, je mentirais : je m'étois arrangé pour achever mes jours à Rome, contre une voix secrète qui m'avertissoit que les hommes n'échappent point à leur destinée. Placé entre l'estime publique et la conservation d'une ambassade la plus honorable et la plus selon mes goûts, j'ai choisi sans balancer la première, et vous en auriez fait autant. Laissons donc là de vains regrets et parlons de notre grande affaire, le tombeau du Poussin.
Je désire, Monsieur, qu'il soit religieusement continué. Vous aurez la bonté de me dire ce qu'il y a déjà de payé, ce qu'il y a de frais faits non payés, et ce qu'il y aura à payer encore pour l'achèvement du monument, moins la pose dans l'Eglise et la fondation de la messe. Quand nous en serons là, nous nous arrêterons et nous attendrons de meilleurs jours, qui sait si dans un an je ne pourrai pas aller moi même assister à l'inauguration d'un de vos chefs d'œuvre ? Tout consiste donc dans ce moment à poursuivre notre entreprise sans jamais l'interrompre, mais avec une certaine lenteur pour me donner le temps de me reconnoitre et d'arranger mes très tristes affaires: Quand j'aurai vendu ma petite maison rue d'Enfer (2) je serai plus à l'aise pour loger les cendres du Poussin à Rome.
Je vais maintenant, Monsieur, vous demander un service, je ne me soucie pas de laisser les fragments des fouilles de Torre- Vergata (3) au palais de l'Ambassade, ils gêneraient, et je ne veux gêner personne: Pourriez-vous prendre ces fragments chez vous ou les faire déposer
(1) Le sculpteur Lemoyne dit Lemoyne-Saint-Paul (i 784-1 860), auteur du buste du peintre. Kerviler cite dans son Essai jusqu'à neuf lettres qui lui sont adressées par Chateaubriand.
(2) En mai i83i, il voulut la vendre, mais faute d'un prix suffisant pour la purger des hypothèques, il fut obligé de la garder.
(3) A une heure du tombeau de Néron. Chateaubriand y fit faire à ses frais des fouilles, et comptait sur la vente des objets recueillis pour faire bâtir à Paris une serre et une maison de jardinier.
quelque part, dussé-je payer quelque chose pour qu'on les gardât ? Je vous prie encore instamment d'avoir la bonté de faire monter le buste du vieux sénateur Romain (l'une des trois têtes trouvées dans les fouilles) et de me l'expédier, n'importe par quelle voie de terre ou de mer; je le destine à M. Gérard, en échange du beau tableau de Ste Thérèse qu'il a fait pour moi, et dont il m'a fait présent (i).
Il ne me reste plus, Monsieur, qu'à vous charger de dire à Messieurs Vaudoyer (2) et Després combien je suis reconnoissantdes soins qu'ils veulent bien donner à notre monument que leurs talents, unis au vôtre, rendront digne de la mémoire du Poussin. Ayez aussi la bonté de me rappeler au souvenir de mon vieil et excellent ami M. Boguet, de MM. Carie et Horace Vernet de toute l'Académie, de M. Schnetz, de M. Pinelli qui m'a envoyé des Pinelli charmants, de M. Quek qui se souviendra de moi quand il ira à la chasse, enfin de tous les artistes au milieu desquels j'aurois été si heureux de vivre et qui se sont montrés si bons pour moi. J'écrirai bientôt à M. Tenerani pour lui demander son admirable bas-relief.
Quant à vous, Monsieur, qui honorez les talents par la noblesse
de votre caractère agréez l'assurance d'un attachement commencé
sous le beau ciel de Rome et que le soleil de notre commune Patrie
ne verra point s'affaiblir, j'ai dicté cette lettre à Hyacinthe au milieu
de tous mes embarras, n'ayant pas le temps de l'écrire moi-même.
excusez-moi.
Chateaubriand
Le tombeau du Poussin, dont le buste dûauciseaudeLemoyne, devait être taillé dans un morceau de marbre grec découvert à Torre-
(1) Le peintre avait, en effet, donné l'année précédente, pour la chapelle de l'Infirmerie, un tableau représentant S'» Thérèse. Cette délicate pensée de remercier un artiste par un don artistique fut-elle exécutée ?
(2) Vaudoyer, né en i8o3, décédé en 1872, grand prix en 1826, architecte, auteur du monument; Desprez (et non Després) sculpteur, grand prix en 1826: le bas-relief les bergers d'Arcadie, d'après le tableau du Poussin est de lui; Boguet (i755-i839) peintre d'histoire ; Schnetz (1787-1870) également peintre d'histoire, directeur à plusieurs reprises de l'école française à Rome ; Pinelli, graveur romain qui avait sans doute alors envoyé à Chateaubriand, les douze scènes promises (p. 34, T. 5 des Mémoires); Quecq (1796-1873) peintre d'histoire: il est fait ici allusion au renard qu'il chassait sur ses terrains (p. 34, T. 5) ; Tenerani (1787-1869) sculpteur italien, élève de Canova et de Thorwaldsen; Carie Vernet
i758-i836) et son fils Horace M789-i863), peintres de batailles et d'histoire.
Vergatta (i) était « une idée » de Mme Récamier (2) du moins Chateaubriand lui en fait-il l'hommage. Commencé en i83o, il fut achevé l'année suivante et entièrement payé des deniers de l'écrivain, lourde charge qui vint s'ajouter à toutes celles qui lui pesaient déjà. N'avait-il pas été contraint, pendant son ambassade, d'emprunter 60.000 fr. ? Placé dans l'église St Laurent in Lucina où nous l'avons admiré, le monument, souvenir tangible du séjour de Chateaubriand dans la capitale du monde chrétien, est d'une belle allure. Sa décoration de figures fines et expressives lui donne grand air et l'heureux rendu de la composition entière fait honneur aux artistes qui y imprimèrent chacun la marque de leur talent: Nicolas Poussin n'eût pas autrement désiré son tombeau ! Mais pour quiconque a lu ces pages sublimes, consacrées à la Rome des papes et des martyrs, point n'était besoin d'un édifice, fût-il de marbre, pour que la mémoire du chevaleresque donateur le poursuive partout où il porte ses pas: nous en avons fait l'expérience, après combien d'autres ! Il est des hommes qui associent si entièrement leur nom à l'histoire d'un peuple, d'un fait ou d'un site, que le rappel de l'un impose nécessairement à l'esprit celui de l'autre.
Est-il utile de dire ici que le désir de Chateaubriand d'assister à l'inauguration du monument, qui était si complètement le sien, ne fut pas exaucé. L'année suivante « nu comme un petit St Jean» il se trouvait à Paris, et dans aucun des voyages qui lui restaient à accomplir, il ne conduisit ses pas jusqu'à Rome où il eût tant aimé mourir !
Cette lettre, sans date d'année est de i83o. A. s. 2 p. 1/2 in-40, elle fait partie de notre collection. Le dernier paragraphe se rapporte à l'incident suivant : le vendredi 3o juillet i83o, malgré ses protestations, l'écrivain avait été porté en triomphe par des jeunes gens, aux cris de : « Vive la liberté de la presse, vive Chateaubriand ! » depuis la colonnade du Louvre jusqu'à la rue de Seine où il avait jté
(1) Cf. Mémoires, T. 5, p. 120.
(2) Cf. Lettres des 25 octobre, 11 et 18 décembre 1828, au T. V. des Mémoires,
déposé en face du magasin de son libraire Lenormand, puis, tou]ours escorté de sa garde d'honneur, s'était rendu à pied à la Chambre des pairs. C'est là ce qu'il appelle avec une ironie ou se mêle malgré tout une certaine satisfaction : la gloire !
Il se pourrait que la destinataire de cette lettre soit Mme Lenormant, nièce de Mme Récamier.
Samedi matin 3i juillet
Je n'ai reçu, Madame, votre billet que très tard, hier en rentrant chez moi. j'ignore les projets de Mde Récamier et je n'oserois lui donner un conseil, j'aurois pourtant bien besoin de recevoir ses bons avis, je vais entrer presque seul dans une carrière de périls (il, mais que l'honneur me commande de suivre, je pense que Mde Récamier impatiente d'être sans nouvelles, et inquiète pour ses amis, nous arrivera à l'heure où nous ne l'attendrons pas. je lui écris tous les jours, mais les lettres parviennent-elles dans les dépls ? j'en doute.
La gloire qui m'a poursuivi hier dans les rues, m'a fait tant de peur que je n'ose plus sortir. Agréez, Madame, un million d'hommages respectueux.
Chateaubriand
M. Victor Giraud, le distingué rédacteur à la Revue des Deux. Mondes et l'un de nos Chateaubriandistes les plus autorisés, m'écri1 qu'on ne connaissait jusqu'à ce jour qu'une seule lettre adressée à Buloz : c'est celle publiée par lui dans son Chateaubriand à la p. 285.
Nous espérons donc que la lettre ci-dessous — s. i p. in-8°, notre collection — offrira par suite de la rareté de sa destination, un certain intérêt.
(i) A cause de son hostilité contre Louis-Philippe, qui se manifesta tout particulièrement dans son discours du 7 avril i83o, à la Chambre des pairs ; l'honneur avait commandé et ne put se plaindre de n'avoir pas été largement obéi.
A Monsieur Buloz (i)
Paris ce i5 avril i83i
Ce seroit avec grand plaisir, Monsieur, que j'aurois l'honneur de vous envoyer les extraits littéraires que vous voulez bien me demander pour votre journal, mais je ne possède pas même quelques épreuves de l'ouvrage qui doit être publié dans le cours de la semaine prochaine. J'ai donné tout ce que j'avais à ma disposition. Je me trouverais très honoré, Monsieur, d'obtenir une place dans votre revue qui me semble un recueil plein d'intérêt et de goût. Je serai très heureux, Monsieur, d'avoir l'honneur de vous recevoir si vous vous donnez la peine de venir me chercher jusque dans ma solitude, et dans un quartier si loin de toutes les affaires.
Recevez, Monsieur, je vous prie avec mes remercîments l'assurance de ma considération très distinguée.
Chateaubriand
A quel ouvrage est-il ici fait allusion ? Il est assez difficile de le préciser. Sans doute plusieurs œuvres de l'écrivain virent le jour en l'année i83i, mais la date de leur apparition ne concorde pas avec celle du i5 avril: De la Restauration et de la Monarchie élective
parut le 24 mars; De la nouvelle proposition etc en octobre ;
quant au Moïse, il n'est certainement pas en cause. Ne s'agirait-il pas plutôt, soit des Etudes historiques qui sont du 4 avril, mais dont les quatre volumes s'échelonnèrent sans doute à quelque intervalle; soit des œuvres contenues dans le T. XXII des Œuvres complètes, édition Ladvocat, ce qui expliquerait le « j'ai donné tout ce que j'ai à ma disposition ».
(i) Né prés de Genève en i8o3 et décédé à Paris en 1877. Ce que Chateaubriand appelle son journal et plus loin sa revue, est la Revue des Deux-Mondes, fondée en 1829 et dont les bureaux, au début, installés rue de Bellechasse 12, se transportèrent en 1834, rue des Beaux-Arts, 6.
Lettre s. seulement, de 2 p. in-40 et conservée à la Bibliothèque de la ville de Semur, n" 116, pièce 17. Cachetée au chiffre de Chateaubriand, elle porte, outre le cachet de la poste, la suscription :
A Monsieur Monsieur Leclerc, pharmacien, à Montbard Côte d'or
Paris, ce 1" juillet i833
Je voudrais, Monsieur, qu'il me fût possible d'entrer avec vous dans l'examen des diverses questions que vous avez bien voulu m'adresser ; mais le temps me manque. N'avant plus que quelques années ou peut être que quelques jours à vivre, je suis, comme les petits propriétaires, obligé de compter rigoureusement avec moimême et de régler ma dépense sur mon revenu. Mes Etudes historiques, fruit d'un âge plus muret plus grave, ont développé plusieurs points que j'avais laissé indécis et obscurs dans le Génie du christianisme. J'y ai fait de la perfectibilité de l'espèce humaine, la base de l'histoire des sociétés humaines. Si lesSaint-Simoniens ne s'étaient pas faits les adversaires du Christ et s'ils n'avaient pas mêlé à leurs doctrines politiques des théories dont la pratique aurait amené une intolérable dépravation de mœurs, ils auraient pu produire quelque chose.
C'est à regret. Monsieur, que je suis obligé de terminer cette lettre. Je vous remercie de la confiance que vous avez bien voulu me témoigner et vous prie d'agréer l'assurance de ma considération très distinguée.
Chateaubriand
M. Leclerc, pharmacien — et peut-être saint-simonien — n'a laissé aucun souvenir à Montbard et à Semur ou il s'est retiré plus tard. Seule la réponse de l'écrivain sauve son nom d'un complet oubli.
On sait que Chateaubriand se montra toujours un ardent
adversaire du Saint-Simonisme. Il suffit pour s'en convaincre de lire le fragment de lettre, cité dans l'Essai de Kerviler, p. 62, dans lequel il traite « d'escogriffes » les adeptes de ce système.
Voici une seconde lettre — s. 1 p. in-8° — , adressée à Buloz. Elle est de notre collection.
Je suis très heureux, Monsieur, d'avoir pu contribueren quelque chose au succès de la Revue des deux-mondes. Si M. Ste Beuve faisoit un second article, les citations qu'il pourroit désirer sont à sa disposition. Quanta moi, Monsieur, mon projet en ce moment n'est pas d'écrire ; mais je serais toujours reconnaissant d'obtenir une petite place parmi les hommes de talent dont les noms honorent votre recueil.
Recevez, Monsieur, avec mes remercîments sincères l'assurance de ma considération très distinguée.
Chateaubriand
Paris ce 25 avril 1834
Dix jours avant cette lettre, exactement le i5 avril, un article de Stc Beuve sur la Lecture des Mémoires de Chateaubriand avait paru dans la Revue des Deux-Mondes. L'auteur présentait l'œuvre — avoue-t-il lui même — sous de favorables aperçus. On sait que le jugement porté par la suite, dans les Causeries du Lundi est tout différent et en somme rien moins que favorable. La lettre précédente est relative à cet article, premier et dernier du reste de son espèce. Elle vient heureusement appuyer l'assertion de M. Giraud (1) en prouvant que Chateaubriand était prêt à refaire ce qu'il avait déjà fait : à fournir pour le second article, comme pour le premier, toutes les citations désirables.
Cette lettre — s. 1 p. 1/2 in-8°, notre collection — dont le destinataire n'est pas indiqué, nous la présumons adressée à Buloz, qui eût désiré, sinon offrir la primeur de la traduction du Paradis
(1) Cf. Chateaubriand p. 285.
perdu aux lecteurs de sa Revue, du moins acquérir le futur travail pour en faire une publication à part. Mais instruit par ,1'expérience, Chateaubriand ne veut pas s'engager à la légère. On n'ignore pas, en effet, qu'à cette date de 1 835, le grand écrivain était dans de cruels embarras d'argent, que seule devait dissiper l'année suivante la société constituée pour la publication de ses œuvres. Ne donne-t-il pas lui-même, en terminant l'Essai sur la Littérature anglaise la raison qui l'a déterminé à l'entreprendre, ainsi que la traduction de Milton ; et cette raison n'est-elle pas celle d'une triste nécessité ? Toujours est-il que le projet — qu'il soit de Buloz ou d'un autre n'aboutit pas, et que ce fut le libraire Gosselin qui acheta le travail du pauvre grand homme.
Paris, ig février i835
Je reçois, Monsieur, votre lettre du 18. Vous me demandez une réponse définitive relativement à la traduction de Milton. Vous êtes un homme loyal et sincère; vous ne trouverez donc pas mauvais que je m'explique avec loyauté et sincérité.
Je me chargerai. Monsieur, de la traduction du Paradis perdu ; mais je ne signerai l'acte que quand vous vous serez assuré des fonds qui vous permettront de remplir les conditions de cet acte. Je ne puis laisser là mes Mémoires, rompre des engagements que je suis au moment de conclure, pour me jeter dans les éventualités d'un nouveau travail. J'ai éprouvé des pertes si considérables par les accidents de la librairie ; il en est résulté pour moi une position si difficile que j'ai enfin appris, il est vrai un peu tard, à faire quelque cas du pain quotidien. Trouvez donc vos capitaux et je signe.
Recevez, Monsieur, la nouvelle assurance de mon dévouement et de toute ma considération.
Chateaubriand
Est-il besoin de rappeler ici le jugement, aussi sévère qu'injuste formulé par Gustave Planche (i) qui déclarait cette traduction privée de toutes les qualités que lui attribuait cependant l'auteur. M. V.
Giraud dans ses Pages choisies, p. 2o3, rapporte au contraire une opinion qui peut sembler définitive, puisqu'elle émane d'un homme de la partie, opinion qui réduit à néant les critiques de l'ancien collaborateur de la Repue des Deux-Mondes.
Paris, 3 août i835
Vos vers, Madame, sont une gracieuse couronne pour ma vieille tête: à leur harmonie j'aurois reconnu que votre voix était belle, si M. Nibelle ne m'avoit parlé de vos grands talents pour la musique : Vous faites des vers et vous les chantez : ce sont les deux attributs de la Muse.
je mets à vos pieds, Madame, mes remercîments empressés et mes respectueux hommages.
Chatfaubriand
On ne saurait tourner avec plus de grâce un double compliment. Cettre lettre — a. s. i p. in-8°, notre collection — émane bien du Chateaubriand vieillissant qui enchante toujours les cœurs !
La lettre qui suit — s. i p. i/2in-8° — appartient à la Bibliothèque de la ville de Caen.
A Monsieur de Lestrade (i)
Paris, 7 juin i836
Je vous remercie infiniment. Monsieur, de la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire; mais vous n'aviez pas besoin d'entrer
([) Louis-Joseph Lestrade (1768-1840). Très hostile à la révolution, il accepta néanmoins sous l'Empire divers emplois. Auteur de différents ouvrages etpubliciste, il collabora en particulier au Drapeau blanc (i8i9-i83o), organe d'un royalisme avancé, et aux: Archives Françaises, ou Recueil authentique d'actions honorables pour servir à l'histoire depuis le 1" janvier 178g jusqu'au 1" janvier 181 8. C'est sans doute ce dernier recueil que Chateaubriand nomme du titre plus bref de Réflexions sur les Archives du Royaume, et dans lequel son inlluence politique est mise en avant par le rédacteur.
dans les détails où vous avez eu la bonté d'entrer pour vous rappeler à ma mémoire: je n'avois point du tout oublié Monsieur de Lestrade.
Je me trouverais très honoré, Monsieur, de la souscription de Made votre belle-sœur à mes Mémoires d'Outre-tombe. Je verrai M. Deloye, qui est à la tête de la société des actionnaires et avec lequel j'ai traité, et s'il peut disposer d'une action, je ne doute pas qu'il ne s'empresse de satisfaire au désir de Madc de hainault. Malheureusement je suis maintenant tout à fait en dehors d'une opération terminée en ce qui me touche.
J'ai lu, Monsieur, vos excellentes Réflexions sur les Archives du Royaume; mais ici encore mon inutilité se fait sentir: à peine me reste t il assez de jours pour achever mes mémoires. Je suis de plus entièrement étranger à la France nouvelle et il y a longtemps que je serais allé mourir sous le soleil de l'Italie si j'avois pu trouver le moyen d'acquérir une fortune suffisante pour assurer une existence indépendante à moi et à Made de Chateaubriand, hors de notre patrie. Je suis loin de croire à l'influence que vous voulez bien attribuer à ma parole et c'est ce qui m'a consolé en lisant votre projet éloquent et judicieux.
Permettez-moi Monsieur, de vous renouveler mes remercîments les plus sincères et de vous prier d'agréer l'assurance de ma considération très distinguée.
Chateaubriand
La société formée pour subvenir, d'une façon indirecteet délicate aux besoins de l'écrivain, fut formée en 1 836 et définitivement constituée en juin. Montée par actions dont la souscription fut vite couverte, M. Delloye, ancien officier de la garde royale, puis libraire, en fut le président. Nous n'avons pas relevé le nom de Mmede Hainault sur la liste des actionnaires. Quant à M. de Lestrade, les opinions royalistes et catholiques qu'il manifestait, soit dans les journaux, soit dans ses ouvrages, avaient été très probablement la cause toute naturelle de rapports entretenus, sous la Restauration, avec Chateaubriand.
L'Essai sur la littérature anglaise qui venait de paraître (i836) chez Gosselin, suivi de la traduction du Paradis perdu avait donné
lieu à de vives critiques. Nous avons dit précédemment que Planche s'était montré parmi les plus hostiles. Par contre le vicomte Edouard Walsh (i), directeur-rédacteur de Y Echo de la Jeune-France (2) prit hardiment fait et cause pour le grand écrivain, tant dans ce journal qu'ailleurs. La lettre suivante de Chateaubriand — a. s. 1 p. in-8°, notre collection — qui dans sa brièveté répond admirablement aux attaques dirigées contre ses ouvrages et ses croyances politiques et religieuses, est un remercîment à l'un des articles de Walsh, — peut-être celui (3) paru dans la Mode, mais non signé, et contenu dans un autre article plus général intitulé : Mosaïque. —
Au Vicomte Walsh
Paris 26 juin i836
je m'empresse, Monsieur, de vous offrir mes remerciments sincères de votre obligeant article, je vois que vous croyez encore qu'un homme qui s'est mis aux gages d'un libraire pour rester fidèle à ses serments, est au fond Royaliste, et qu'un écrivain qui combat le protecteur et Luther pendant plus de cent pages, pourrait bien être un peu catholique. Agréez de nouveau, Monsieur, je vous prie, l'expression de toute ma reconnaissance et offrez mes respectueux hommages à Madame la Vicomtesse Walsh.
Chateaubriand
Le fascicule du icr juillet 1 836 de l'Echo de la Jeune-France, contenait également un article de Walsh (4). La lettre suivante — a.
(1) Il écrivait encore dans la Galette de France et dans la Mode, journal mondain (1829-1854) devenu royaliste après i83o, dont il était directeur depuis le 25 sept. i835. C'était le fils du V" Joseph Walsh (1782-1860) auteurde nombreux ouvrages catholiques et royalistes. Le Vapereau de i858 confond père et fils.
(2) Journal du progrès par le christianisme (avril i833 à juin 1837), puis continué pendant six mois par YEcho de France, revue monarchique et littéraire.
(3) « Traduction du Paradis perdu de Milton par le V" de Chateaubriand et ses deux volumes d'études sur la littérature anglaise. Année i836. T. 2, p. 337.
(4) Essai sur la littérature anglaise et considérations sur le génie des hommes, des temps et des Révolutions, le paradis perdu de Milton, traduction nouvelle de M. de Chateaubriand — 5 p. i|2 — signée W. V, évidemment par erreur au lieu de V. W (vicomte Walsh).
s. i p. in-8\ notre collection — nous prouve la satisfaction qu'il procura à Chateaubriand, dont la réponse au rédacteur de l'article est datée du même jour.
Paris i" juillet i836
C'est à vous, Monsieur, que je dois l'article trop obligeant que vous avez bien voulu insérer dans Yécho de la Jeune France; je ne me sens digne de vos éloges que comme Chrétien, Royaliste et Breton .
Recevez, Monsieur, je vous prie, mes remerciments les plus sincères avec l'assurance de mon entier dévouement, et de ma considération la plus distinguée.
Chateaubriand
La Bibliothèque de la ville de Périgueux possède, dans la collection léguée par le docteur Poumiès de la Siboutie (i), une lettre de Chateaubriand — a. mais non s. de 12 p. in-8°. — Toute la lettre est entre guillemets, la suscription comprise.
« Madame la Comtesse de Pierreclaud rue Cassette n° 33 »
« gbre i836 Dimanche 20
Je vous remercie de m'avoir donné ce dentiste ; il a très bien fait son affaire. Je ne puis aller chez vous ce matin parceque je vais à la vente de M. Carrel, je vous verrai demain lundi ».
Au bas de cette lettre, le docteur a placé ces lignes : « Lettre de M. de Chateaubriant ; il parle de la vente du mobilier d'Armand Carrel. On voit dans les journaux qu'il y acheta la table de travail du malheureux Carrel (2) tué à Vincennes par Emile de Girardin ». Non content de subvenir aux frais de la tombe du journaliste et de l'entretenir, Chateaubriand voulut de plus garder un souvenirde celui qu'il avait toujours considéré comme un ami.
(1) Dont les Mémoires ont paru dans la Revue Hebdomadaire (i9o9-i9io).
(2) Blessé grièvement le 22 juillet, Carrel mourut le 24.
Lettre s. i p. in-8°, notre collection. A un destinataire inconnu.
Paris 8 mars i83y
J'ai été souffrant, Monsieur, et n'ai pu répondre plutôt à la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire. J'ai parcouru quelquefois les nos les plus remarquables du journal des sçavants (i) et j'ai vu à Londres dans de vieilles éditions du Boscobel la gravure que vous voulez bien m'indiquer. Mais aujourd'hui que tant et de si grands événements ont passé sur nous, qui se soucie du Boscobel ? la fidélité n'est pas une vertu de ce siècle : garder ses serments, se sacrifier à une conviction, paroit une niaiserie. Je suis trop heureux, Monsieur, si mes ouvrages ont pu vous être de quelque secours au commencement de votre vie : une longue expérience m'a prouvé que la religion est la seule chose vraie sur la terre.
Je vous remercie infiniment, Monsieur, de l'estime que vous voulez bien me témoigner et vous prie d'agréer l'assurance de ma considération très distinguée.
Chateaubriand
L'ouvrage appelé Boscobel — auquel fait allusion l'écrivain — est l'histoire de Charles II, miraculeusement préservé après la bataille de Worcester le 3 septembre i65i. Composé par Thomas Blount. à Londres, il fut imprimé en 1660 chez Henri Seile, et réimprimé plusieurs fois. Outre un portrait du roi, qui sert de frontispisce, l'ouvrage contient en regard de la page 32, une gravure représentant le château Boscobel et le chêne dont le feuillage touffu lui permit d'échapper à la poursuite de ses ennemis. Cette « fidélité » dans le malheur, fut en somme celle de Chateaubriand, mais, moins discret, il n'a garde de la laisser oublier.
(1) Le premier numéro du Journal des Savants, créé par Pierre de Salo, parut le 5 janvier i6ô5. A remarquer que dès le début, ce journal était illustré.
Jolie lettre de remerciment, à l'auteur inconnu d'un ouvrage sur l'Italie. Cette lettre — s. 1/2 p. in-8" — a paru en vente au catalogue A. Voisin, de juin 1899.
Paris 8 mars i83j
Je regrette presque, Monsieur, que vous m'ayez envoyé Y Italie : je ne suis pas accoutumé à recevoir de si beaux présents et je ne sais comment payer ma dette de reconnaissance. Toutefois, Monsieur, je vous remercie, et je l'aurois fait beaucoup plutôt, si je n'avais été malade.
Agréez, de nouveau, je vous prie, avec l'expression de ma gratitude, l'assurance de ma considération distinguée.
Chateaubriand
Le Congrès de Vérone avait paru en i836, dans l'Edition complète de Gosselin. Deux ans plus tard, l'ouvrage était de nouveau édité, en deux volumes chez Delloye, et cette fois donnait lieu à de nombreux compte-rendus, parmi lesquels celui deSt-Marc-Girardin, dans les Débats, se fit tout particulièrement remarquer. La Mode (1) inséra également dans ses colonnes, un article élogieux qui valut à son rédacteur, dont le nom est resté inconnu, les remercîments de Chateaubriand, transmis par Edouard Walsh, qui était alors directeur de ce journal.
Lettre a. s. 1 p. in-8°, notre collection.
Au Vicomte Edouard Walsh
Paris 3o avril i838
Permettez moi, Monsieur le Vicomte, de vous remercier de votre extrême obligeance et de vous prier de vouloir bien remercier
(1) Janvier-juin 1 838, p. i9o. L'auteur en zélé partisan de la branche déchue, regrettait toutefois, qu'au lieu de détacher de ses Mémoires les 4 volumes du Congrès, Chateaubriand n'eût pas dit : « ce qu'il a vu à Prague, et ses sympathies, et son admiration, et sa douleur ! »
en mon nom l'auteur inconnu du bel article sur le Congrès de Vérone : l'expression de toute ma reconnaissance transmise par vous en aura plus de mérite.
Agréez, Monsieur, je vous prie, l'assurance de ma considération la plus distinguée et de mon entier dévouement.
Chateaubriand
Oserois-je vous prier d'offrir mes respectueux hommages à Madame Walsh et mes compliments les plus empressés à M. votre père.
Lettre a. avec le paraphe seulement de l'écrivain, i p, in-4", notre collection. Outre les cachets de la poste, elle porte comme suscription :
Basses-Alpes A Madame Madame Bail à Digne
Paris 3 juin i83g
j'espère qu'en partant pour Digne, vous avez laissé des ordres pour les lettres qui pourraient vous arriver à Aix ; je vous y ai écrit il y a environ huit jours, j'ai passé à Digne l'année dernière. Les montagnes vous conviendront peut-être mieux que plaines de la Provence. Moi, je ne quitterai pas Paris, mes affaires de librairie se sont mal arrangées, je ne puis que vous recommander de vous réjouir, de vous bien porter, et de nous revenir quand vous aurez assez du voyage. Toujours à vous, compliments et souvenir à votre frère.
Qui pouvait être cette dame Bail, dont le nom ne nous avait pas encore été révélé ? Sans doute une des nombreuses admiratrices de René, peut-être même un peu plus, car qui dira jamais toutes celles que ce cœur pourtant si volage enchanta, séduisit et qui oubliées par lui, ne purent l'oublier !
Une lettre de Chateaubriand à Frisell, et rapportée par Biré (i), nous donne à entendre quelles furent « les affaires de librairie qui l'empêchèrent de quitter Paris cette année 1 83g : la faillite de Delloye lui lit perdre les avantages d'un second arrangement, et ne lui permit pas de s'absenter commme il en avait le projet, de diriger sa course vers la riante et molle Italie, objet de ses rêves et de ses regrets. L'année précédente au contraire, exactement le 6 juillet, il partait pour le Midi et c'est à son retour, au commencement du mois suivant qu'il prit, au n° 1 12 de la rue du Bac, — aujourd'hui le 120 — l'appartement où il devait terminer ses jours.
Lettre s. de 1 p. in-8°, notre collection, cachets de la poste. Suscription :
A Monsieur
Monsieur Henry de Riancey
au Bureau de la Bibliothèque Scientifique
rue de Vaugirard 60
Paris
Paris 3i X*™ 184.0
Votre nouveau volume. Monsieur, parla gravité des sujets que vous annoncez, me paroit avoir toute l'importance de vos premiers volumes. Je le lirai avec toute l'attention qu'il mérite, aussitôt que je serai un peu mieux portant, car j'ai été moi-même très éprouvé de nouveau, quand je me croyois parvenu à la fin de mes épreuves. Mais dans ce monde il ne faut rien espérer; des chrétiens comme nous, n'auront de paix que dans le sein de Dieu.
Ce sera avec le plus grand plaisir, Monsieur, que je vous reverrai vous et M. votre frère, quand vous me ferez l'honneur de visiter ma solitude.
Agréez, Monsieur, je vous prie, la nouvelle assurance de ma reconnaissance et de ma considération la plus distinguée.
Chateaubriand
(1) Les Dernières années de Chateaubriand, p. 293.
11 s'agit ici de Y Histoire de France, ouvrage qui parut en 4 volumes de 1 838 à 1841, et qui était dû à la collaboration des deux frères de Riancey (1). La belle phrase, si chrétiennement exprimée, sur la résignation à la volonté divine, était bien de nature à attirer la vénération de ces fervents catholiques.
La très belle collection d'autographes léguée à la Bibliothèque de la ville de Nantes par le peintre Labouchère (2), renferme cinq lettres i3) de Chateaubriand dont une seule est encore inédite. C'est le court billet suivant — petit in-8u, 1/2 p. s. seulement — et pour cause — de l'illustre écrivain. Il porte avec les cachets de la poste, la suscription :
Monsieur
Monsieur P. A. Labouchère
rue de la Chaussée d'Antin, i3
Paris
20 octobre 1841
La goutte, Monsieur, me permet à peine de signer mon nom ; je n'ai pas non plus assez de vanité pour croire ma misérable écriture
(1) Henri-Léon Camusat de Riancey (1816-1870). Historien et publiciste catholique, rédacteur en chef de VUnion, et son frère Charles (1812-861).
(3) Les quatre autres ont été publiées : celle du 26 sept. 1807 — a. s. 1 p. in-12 — à M' Bocquet, dans un recueil que nous ignorons; celles des 27 oct. 1823 — a. s. 1 p. in-4' — à Horace Vernet, et 9 mars ^824 — a. s. 1 p. in-12 — à M"' de Genlis, par Paul Bonnefon, la première dans : Autour d'Horace Vernet (Chronique des Arts et de la Curiosité) mai i898, la seconde dans la Revue d'histoire littéraire de la France, i899; enfin celle du 25 nov. 1828 — 3 p. 1,2 in- 12, a. s. — à H. Vernet, également parle même écrivain, dans Autour d'Horace Vernet. Cette dernière copie présente deux petites inexactitudes au second alinéa : « les ruines au lieu de ces ruines. . . et. . . des yeux chargés au lieu de des yeux changés.
André Beaunier, dans Trois amies de Chateaubriand , par suite d'une erreur de référence, indique à tort qu'une lettre du 25 juin i832, à Mm" Cauchois-Lemaire, fait partie de la collection Labouchère.
digne de figurer parmi vos précieux autographes. Croyez, Monsieur, à tous mes regrets et agréez, je vous prie, l'assurance de ma considération très distinguée.
Chateaubriand
En 1843, paraissait le premier volume d'une importante revue nobiliaire, dont le succès, en dépit d'erreurs inévitables et de publications similaires, persiste encore de nos jours : V Annuaire de la Pairie et de la Noblesse de France.
Une notice généalogique de la maison de Chateaubriand se lisait à la page 171 . Le grand écrivain y était titré de pair de France, ancien ambassadeur et membre de l'Académie française, sans qu'il fut fait mention de son passage au ministère. Il y avait là un oubli regrettable, soit que M. de Beauffort (1) ait négligé ce point capital soit que la rédaction de Y Annuaire ait omis de l'y insérer.
Quoiqu'il en soit, il en fut jamais fait droit à cette légitime réclamation. Les années 1845 et 1874 qui reproduisent à nouveau l'extrait généalogique sont là pour le prouver.
Lettre s. i p. in-8", notre collection ; cachets de la poste, suscription :
A Monsieur
Monsieur Borel d'Hauterive
rue Bleue n° 38
Paris
Paris, 3 août 184.0
Monsieur
N'étant que le cadet de ma famille, je ne me suis jamais occupé de moi. M. de Beauffort auquel vous avez bien voulu vous adresser, vous aura donné sans doute tous les renseignements que vous désirez. Je prendrai seulement la liberté de vous faire observer.
(1) C"> puis Mls de Beauffort. Il avait épousé en mai 1842, Marie-Antoinette de Chateaubriand, fille du Ct0 Godefroy, neveu de l'écrivain.
puisque vous avez bien voulu citer mon nom. que j'ai été ministre des affaires étrangères sous le règne de Louis XVIII.
Agréez, Monsieur, je vous prie, avec mes remerciments empressés pour votre extrême obligeance, l'assurance de ma considération la plus distinguée.
Chateaubriand
La lettre suivante s. faisait partie de la collection du comte Aurélien de Courson. Elle appartenait il y à quelques années à son fils, le colonel vicomte Robert de Courson, qui nous en a aimablement donné copie.
A l'Amiral de Courson de la Villehélio (i)
Paris, le 22 juin 1846
On me demandait l'autre jour, Monsieur l'Amiral, s'il était vrai que j'eusse eu jamais l'honneur de vous voir au siège de Thionville(2) ; oui, sans doute : ma mémoire est moins infidèle que mes années qui fuient. Mais vous. Monsieur, vous souvient-il que vous ayiez jamais rencontré un petit chevalier de Chateaubriand ? Si par hasard mon nom n'était pas sorti de votre mémoire, je vous demanderais la permission de le représenter à votre souvenir.
J'ai rencontré un jeune homme avec lequel j'ai contracté une amitié grave, puisqu'elle s'est formée dans la foi. M. Lenormand (3) serait naturellement mon candidate toutes les élections puisqu'il est chrétien.
J'oserai donc vous demander votre voix pour lui, s'il se présente au collège de Saint-Brieuc, non que je veuille m'immisceren rien
(1) Branche éteinte en 1884, en la personne d'Alfred, petit-fils de l'amiral. A part cette lettre, le nom de l'amiral de Courson n'est pas mentionné, que nous sachions, dans la correspondance de l'écrivain.
(2) Le siège de Thionville fut levé en 1792 par les Autrichiens.
(3) Charles Lenormand (i8o2-i859) avait épousé en 1826, Mlle Amélie Cyvoct, nièce de M« Récamier.
dans l'ordre des choses qui existe, mais quand il s'agit d'un chrétien, je ne puis renoncer à ma famille.
Mon malheureux frère, petit-fils de M. de Malesherbes et immolé avec lui a été élevé au collège de St Brieuc. Nous sommes chargés nous autres des réparations que le ciel nous impose. Voyez si vous ne trouvez pas là quelque moyen d'adoucir une sévérité du ciel.
Agréez, je vous prie, Monsieur l'amiral, le souvenir d'un compagnon de votre jeunesse et l'assurance de ma vive et haute considération.
Chateaubriand
P. S. — Ma tante, sœur de ma mère, Madame de Vauvert, était de St Brieuc.
Cette belle lettre, dont le style grave et élevé ne saurait nous échapper, mériterait d'être citée comme un modèle du genre. Impossible, en effet, de solliciter un appui d'une façon moins quêteuse mais en même temps plus certaine d'arriver à ses fins. Il est vrai que le demandeur est ici Chateaubriand, et un Chateaubriand qui fait vibrer deux cordes qu'il connaît bien : celle de la religion et celle du malheur.
Lettre de recommandation a. s. i p. in-4", notre collection, sans date.
Paris Dimanche soir
Mon cher ami, M. Henry Hildebrand vous remettra ce billet, il accepte avec joie, et reconnaissance vos bontés, je vous le recommande; je sais ce qu'il vaut par expérience à Bientôt.
Chateaubriand
Et voici pour clôturer dignement cette liste que nous aurions voulu plus longue, cette ultime lettre, lettre d'un genre un peu spécial, mais dont Chateaubriand, avec le sourire désabusé qu'il savait accorder à tant de choses, eût volontiers souligné l'ironie.
C'est qu'il s'agit en effet de la lettre de part mortuaire du grand écrivain. L'exemplaire, peut-être unique, qu'un amateur éclairé (i) a bien voulu nous autoriser à reproduire, prouverait, s'il en était encore besoin, l'utilité de cette sorte de collection qui permet d'embrasser d'un coup d'ceil des parentés qu'il serait parfois fort difficile de saisir autrement. Il fait, en tous les cas, honneur à celle qui le renferme.
Nous y remarquerons l'absence de titres, que la révolution de 1848 venait pour la seconde fois d'abolir.
Vous êtes prié d'assister aux convoi et service de Monsieur François-René de Chateaubriand décédé le 4 juillet 1848 dans sa 80e année en son domicile rue du Bac n° 112 qui se feront le samedi 8 juillet à midi précis en l'église des Missions étrangères sa paroisse.
De Profundis
De la part de Mme de Marigny, de Mr et Mme de Chateaubriand, de Mmc de Guébriac, de Mme de Chàteaubourg, de Mme des Rieux, de Mme Elisade Chàteaubourg, de Mret Mme Hyacinthe de Ravenel, de Mr et Mme du Plessis-Pascau, de Mme de Gestas, de Mr Geoffroy de Chateaubriand, de Mr et Mme de Baulny, de Mr et Mm«d'Espeuilles, de Mr et Mme de Beauffort, de Mr et Mme de Carayon-Latour, de Mr de Guébriac, de Mme de Kersalaûn, de Mr et Mme de Châteaubourg, de Mr Paul de Chàteaubourg, de Mr des Rieux, de Mr et Mmc de Coissin, de Mr et Mmc Dieudonné de Vesins, de Mme de Chateaubriand, de Mr et Mme Frédéric de Chateaubriand, de Mr Henri et de Melles de Chateaubriand, de Mlle de Bédée de la Bouëtardais, de Mr de Blossac, de Mr et Mme Edouard de Blossac, de Mr et Mme de Rauville, de Mlle Louise de Rauville, ses soeur, neveux et nièces, petits neveux et petites nièces, cousins et cousines.
(ij Nous prions M. le O de Ronseray de trouver ici l'expression de nos plus vils remerciments.
Il nous est doux pour conclure d'avoir la certitude que le jour n'est pas lointain où il nous sera donné de voir cette gerbe réunie à ses pareilles. Un érudit d'une rare valeur, M. Thomas, a assumé la lourde charge d'éditer la Correspondance Générale de celui qui fut René de Chateaubriand. Nous possédions déjà celle de maints auteurs du XIXe siècle, et des plus célèbres: il manquait encore à cette collection celle du plus illustre d'entre eux. L'œuvre est tombée en de bonnes mains qui la mèneront à bien, nous en sommes convaincus,
Et pourtant que cette tâche est ingrate ! Combien elle implique d'efforts incessants, de patientes recherches, de multiples connaissances, la réunion de ces lettres, toujours si personnellement splendides dans leur forme sous les aspects les plus variés, et destinée à former une Correspondance qu'un critique avisé (i) déclarait n'être comparable, grâce à ses multiples qualités, qu'à celle de Voltaire, qui l'emporterait seulement pour le nombre. Et c'est là — si vraiment c'en est un, — un bien mince avantage. Toujours est-il qu'il ne saurait empêcher toutes les préférences d'aller vers celui qui se fit — qu'elles que aient été d'ailleurs les conditions tout spéciales de la préparation du Génie du Christianisme — le puissant auxiliaire de Bonaparte « restaurateur delà religion » au détriment d'un Voltaire dont le souffle desséchant ne sut que détruire: tel n'est pas la marque du génie !
Mais il importe, pour réaliser pleinement ce jugement, que tous les fidèles qui entourent cette grande mémoire de breton d'un culte pieux et éclairé, qui ne se dissimulent aucune de ses erreurs ou de ses faiblesses, mais saluent en lui un de ces géants des lettres qui surgissent de temps à autre, apportent, qui dans une large mesure, qui dans la limite de ses faibles moyens, mais tous sans marchander,
(i) M. V. Giraud.
leur généreux concours. C'est ainsi que chacun nefournissant.même à défaut de matériaux que sa bonne volonté, se dressera plus majestueux dans ses formes, plus ample dans ses proportions, le monument, véritable arc de triomphe, élevé à la gloire de Chateaubriand.
Mars igu Le Mis de GRANGES de SURGÈRES
'HP, 6* la IOIHE, S. IM Sinitov-i, NASTtï