‹ Une gerbe [microforme]Chapitre 15 sur 65 · TABLEAU D'HIVER · texte numérisé non relu

TABLEAU D'HIVER

Et des troupes d'enfants, sur leurs rapides traines, Glissent en riant aux éclats...

Enfants que je chéris, vers la saison des peines Vous glissez bien plus vite, hélas!

Quelques flocons de neige aux arbres sans feuillages Se sont attachés, par hasard,

Comme les cheveux blancs que suspendent les âges Sur le front ridé d’un vieillard.

Le givre s’est collé, comme un rideau de gaze, Aux vitres de l'humble réduit ;

Et le pauvre ouvrier que le travail écrase Ne peut voir si le soleil luit,

Il ne voit pas, non plus, sur la neige éclatante, Glisser ces superbes traineaux

Qu'emportent, frémissant sous la rène flottante, Des couples de fougueux chevaux.

Peut-être un sourd murmure, un blasphème, peut-être, Monterait du fond de son cœur,

S'il voyait tant d’heureux passer à sa fenêtre Comme pour narguer son malheur.

Promenez votre orgueil sur vos riches voitures, Vous que le ciel fit naître heureux ;

Enveloppez-vous bien dans vos chaudes fourrures ; Fouettez vos coursiers vigoureux ;

Eblouissez le gueux par votre absurde faste ; Troublez ses jours si peu sereins.....,

I'pourrait oublier qu'il est d'une autre caste, Que vous Ôtes ses souverains !

Quand minuit a sonné, que le bal se repose Pour mieux après se réveiller ;

Quand vos petits enfants aux visages de rose Dorment sur leur tiède oreiller,

Sous le chaume du pauvre une mère travaille Depuis le lever du matin;

Ses petits, décharnés, grelottent sur la paille Et demandent un peu de pain.

Pendant que le vent souffle et que la neige fouette Vos grands chassis tout radieux, Près d’un feu qui s'éteint, l'indigence muette

Verse des pleurs silencieux.

Elle sent sur son front la lèvre froide et blème

Du spectre des mornes hivers ; | Elle croit qu’au hasard, dans un désordre extrème, À

Dieu laisse rouler l’univers.

O vous qui m'entendez, indigents de la terre

Qui trempez votre pain de pleurs,

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