A CRÉMAZIE
Les oiseaux sont muets dans nos fraîches vallées. Rien ne consolera nos rives désolées !...
Ah! que vois-je en tout lieu!
Nous redirons tes chants, et la Patrie en larmes
Viendra s'agenouiller auprès de ton tombeau.
Qui jamais, comme toi, put célébrer nos armes
Et redire l'éclat de notre vieux drapeau ?
Ta grande voix semblait le canon des batailles.
A tes accents émus frémissaient nos murailles ;
Et les soldats tombés sur nos illustres champs
Voulaient de leur cercueil se lever pour combattre !..
Pour consoler nos cœurs que l'ennui vient abattre, Nous redirons tes chants |
Dans ton anxiété, chaque jour, à poète, N'était-il pas pour toi, lä-bas, un jour de deuil ? O poète, as-tu vu d’une âme satisfaite,
Après quinze ans de pleurs, le repos du cercueil ?
chu As-tu vu ton pays, dans sa beauté première, T’apparaître soudain à la vive lumicre
dd ; Qu'en s'ouvrant projeta sur toi l'éternité ? . As-tu vu notre ville et son rocher austère ? nero) As-tu vu tes amis, ton ciel, ta vieille mère,
Dans ton anxiété ?
Malheureux exilé, reviens prendre ta place!
Ne l’as-tu pas au ciel demandée à genoux ?
Que de fois ton regard a suivi, dans l’espace, Le soleil radieux qui descendait vers nous ?
A l'horizon lointain, dans un rayon d’opale, Espérais-tu toujours voir la rive natale, A ton ardent appel, lever son front voilé ?
Que de fois ton regard interrogea l'étoile ?
Que de fois il suivit la vagabonde voile, Malheureux exilé !
Faites place au poète au sein de votre gloire, Mânes de nos aïeux ! Dans ses fastes l’histoire Se plait à raconter Et les noms et la vie Du soldat vaieureux qui meurt pour la Patrie Et du barde inspiré qui vit pour la chanter |
Ce « Corr Au :
Tan Et q Oui, Pou Com La c Et q
ire, stoire
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FF
Eh LA CHAINE D'OR 1] ll
Ce que je conte ES vrai, Ce n'e
St pas une histoire Comme on en fait souvent et qu'on doit ne
Pas croire, LE Au reste en ces temps durs i]
RE [il surgit bien des maux. lf Tant de bras vigoüreux demeurent en repos UN
Et qui travailleraient s'ils Oui, l’on souffre partout.
Pour redire les Maux de 1
avaient de l'ouvrage |
Puis il faut du Courage humble pauvreté, [l Comme, pour les Suérir, il faut la Charité, | La charité du Christ qui va Courbant la tète, Et que rien ici-bas ne rebute Ou n'arrête,
J'étais donc, l'autre jour, au bureau. d'écrivais.
Et, le front dans la main, écrivant, je rêvais
Au passé qui n’est plus, au présent qui s'envole,
A l'avenir, ce grand problème qui désole
Ceux qui n'aiment pas Dieu, ceux qui n’ont pas la foi. Jean Dumanoir entra. Marchant tout droit à moi :
—Comment te portes-tu ? ditil.
Et sa main blanche Serre la mienne alors dans une étreinte franche.
—Dieu merci, répondis-;e, on se porte assez bien ; Mais l’on vieillit toujours et lon n’y gagne rien.
Il sourit d’un air triste en approchant un siége.
Et le
Nous nous étions connus autrefois au colléce, Corr
Et nous étions amis. Alors assez souvent, Apr Dans les beaux jours d'automne, à l'époque où le vent pou
Avec un bruit plaintif traîne les feuilles mortes. Ensi
Nous marchions, en causant choses de toutes sortes, {5 Qui
Sous les ormes touffus qui protégent la cour. L'att Mais nous aimions surtout à parler de l'amour, Pout
Car il était sensible, et moi, j'étais poète. Ce fi
LA CHAINE D'OR
vais. SR RS Rd Nous perdimes ainsi des jours que je regrette, ]
Je l'avoue à cette heure où je suis sans orgueil. role,
Si c'était à refaire......On est loin de l'écueil,
Disons qu'on ferait mieux : il est aisé de dire,
Ze
pas la foi.
à moi :
Tac =
TT
Aunsi l'on oubliait Mélibée et Tyure
Pour songer au village où lon avait quitté —
te tte TSFSIE Se
Dans les pleurs, pensaiton—quelque jeune beaute
Jean rûévait une femme adorable et fidèle,
blanche | | | Belle comme Didon, amoureuse comme elle | iche. o | ” Il M Un peu moins peuttre—et le plus beau des séjours, 1h
Un séjour dans les champs pour y filer ses jours.
, 161 : n : : ; ; Re {lit * z bien; Je rêvais aussi moi de semblables délices ; | 1 ù A , HUE l ICI. ! Je rends graces aux CIEUX JU ME furent propices. ( { k 1h l ie 06 , ‘Li
D 7 | Jean quitta de bonne heure Horace et Lucien,
Et le vieux séminaire où plus d'un doux lien,
ce Comme un charme inconnu, nous ramène sans cesse, fl | Après un long repos il entra dans la presse 1 | ù Le vent Pour rédiger l'annonce et l'humble fait divers L LR tes, D Ensuite il fut commis, puis, marchand. Les revers, fi 1} sortes, À Qui ne sont épargnés souvent qu’à la sottise, ji | L’atteignirent bientôt. Ce fut une surprise ti 4 pr, Pour les riches prêteurs qui perdaient leur argent ; il 1f HhlA
Ce fut pour lui la honte Il reprit indigent,
Pour nourrir sa famille, un emploi que j'ignore.
Mais je reviens au fait. Si je digresse encore Sois indulgent, lecteur, et ne murmure pas.
Mon récit n’est pas long, mais il est triste, hélas ! Jean me dit:
Le Seigneur t'a fait digne d'envie :
Un emploi magnifique, et pour toute la vie!
Des livres! ces amis aux cœurs toujours ouverts Qui nous font oublier que le monde est pervers, De l'argent! et jamais cette peur qui fend l'âme, De voir mourir de faim ses enfants et sa femme !
Non, tu ne fus pas, toi, märqué d'un sceau fatal !... I] s’animait ; son œil prit l'éclat du métal.
—Es-tu donc malheureux, Jean Dumanoir, lui dis-je ?
—Moi ? bah! laissons cela: voilà que je L'afllige
Voulant l'être agréable et te féliciter.
Mais on voit tant de maux qu'on peut bien s’irriter,
—irriter ? allons-donc ! est-ce là le remède ?
Avec
Alors Une Le ra Valai Elle :
Et l’o
l'envie :
pris
riter,
LA CHAINE D'OR
Non! on courbe Le front, on prie, on intercède, On demande du bois et du pain s'il vous plait, Et l’on baise la main qui nous donne un soufflet !..
On connait Lien cela. ca s'enscionce à l'école.
[se leva de suite après cette parole.
— Attends un peu, lui dis-je, il faut encor causer. Ouvre mes vieux bouquins, cela va t'amuser
Pendant que je termine une derniere lettre.
—C'est bien, je t'attendrai si tu veux le permettre.
—Je t'en prie.
Aussitôt il s'en alla plus loin,
Avec un inquarto, se cacher dans un coin
Alors entra sans bruit, marchant d’un pas timide, Une enfant de dix ans. Son œil était humide.
Le rayon qu’il jetait en se levant sur vous
Valait une prière adressée à genoux.
Elle avait les terreurs d'une biche farouche ;
Et l’on ne voyait pas s'échapper de sa bouche
Le sourire si doux chez les enfants heureux, Elle eut été jolie avec ses blonds cheveux Et son chapeau de feutre appuyé sur l'oreille,
Si sa joue eut gardé quelque teinte vermeille ;
Mais elle était, hélas ! livide à faire peur.
—Approche, mon enfant, lui dis-je avec douceur ;
Que veux-tu ?
—Je venais vous offrir une chaîne.
—Une chaine ? Et pourquoi ?
— Nous sommes dans la gène; L'hiver arrive vite, et chez nous il fait froid,
—AÀ ton air souffreteux, pauvre enfant, l’on te croit. Comment te nommes-tu ?
—Bernadette.
—Et ton père ?
—Mon père ? Excusez-moi, monsieur ; maman espère
Qu'on trouvera bientôt quelque place pour lui,
la gène;
LA CHAINE D'OR 205
Et que nul ne saura ce qu’on souffre aujourd’hui. —Il est donc sans emploi ?
— Les places sont bien rares, Et les riches, monsieur, sont quelquefois avares,
—Prends garde d’être injuste à force de souffrir.
Que de pleurs à sécher, d'indigents à nourrir,
Chère enfant, en ces jours de détresse où nous sommes | Et puis Dieu vient à nous quand s’éloignent les hommes.
Bernadette inclina la tête sur son sein ;
Je vis deux pleurs tomber sur sa petite main,
Et je craignis un peu d’avoir été sévère.
Enfants, n’êtes-vous pas les anges de la terre ? Pourquoi vous contrister ? Mais je repris encor, Et d’un ton caressant :
—La chaine est-elle d’or ?
—Oui, monsieur, regardez.
Sa voix était tremblante :
C'était l'espoir, sans doute, Elle ne fut pas lente A me faire admirer le précieux bijou.
—Ma mère ne veut plus la porter à son cou, Dit-elle en soupirant.
Cette chaîne était belle.
—Ta mère veut la vendre? Et qu’en demande:t-elle ? — Rien, monsieur.
Un sanglot vint étrangler sa voix.
—C'est pour avoir du pain, c’est pour avoir du bois! —C'es
Ajouta-t-elle ensuite en joignant ses doigts maigres.
Jd’entendis rire alors des enfants tout allègres, —Noi
Et cela me fit mal. Je cachai mon émoi, à Mais :
| —Mer
— As-tu diné ? repris-je.
—Aujourd’hui? non, pas moi,
J) Ni les autres non plus, excepté la petite. S'empl
LA CHAINE D'OR —La petite ?
—Oui, monsieur; son nom est Marguerite.
Elle a quatorze mois et commence à marcher.
Elle dine toujours car je vais lui chercher, Lorsque le soir arrive et qu’il fait un peu sombre. Le pain qu'on jette aux chiens en des endroits sans nombre,
e-t-elle ? M —Et ta mère ? et ton père ?
—Eux, il n'ont jamais faim.
Hs le disent, toujours, en nous donnant le pain.
—C'est le premier objet que tu cherches à vendre ? —C'est le dernier, monsieur ; si vous voulez le prendre,
aigree.
—Non, garde-le. Vois-tu ? c’est encore un espoir.
Mais reçois cette obole et dinez tous ce soir. 4 Ed
—Merci! merci, monsieur ! dit-elle.
Et sa paupicre Semplit à ce moment d'une ardente lumière ;
Et sur sa pâle joue, et sur son front pensif Parut, dans un rayon, un bonheur fugitif,
Elle s’en retournait, Il me vint une idée :
La coupe des chagrins n’est pas encor vidée Pour cette pauvre enfant et ses parents honteux, Si j'allais voir quelqu'un et demander pour eux ?
—Donne ta chaîne d’or, dis-je à la jeune fille —Oui, la voici, monsieur.
—Elle est lourde, elle brille, Pensais-je en la faisant rebondir dans ma main,
Mon ami Jean lisait je ne sais quel bouquin ; Je m'approche de lui, le touche sur l’épaule :
—Veux-tu faire une aumône ?
—Une aumône ? Mon rôle, Me répond-il, hélas! serait d'en recevoir.
Je crus qu’il plaisantait. Je ne pouvais le voir. Incliné sut son livre et tout à sa lecture,
LA CHAINE D'OR
Il n'avait pas vers moi retourné sa figure.
—Achète pour ta femme un bijou précieux, Repris-je, lui mettant la chaîne sous les yeux
—D'où vient cela ? fit-il, bondissant sur sa chaise. —On garde le secret, mon cher, ne l'en déplaise.
— Voilà, quand on est pauvre, à quoi l’on est réduit, Et, quand tout est vendu, l’on meurt dans un réduit! le brille,
in, —Tu connais cette chaîne, et tu sais quelle dame ?....….
Il m’arrête soudain, se reprend :
—Sur mon âme, Ajoute-t-il alors, je ne sais rien du tout.
Je ne sais que cela : la misère est partout... Mais cette chaîne, toi, combien l’as-tu payée ?
Cette dernière phrase elle fut bégayée.
— Elle n’est pas à moi, mon brave Dumanoir.
—Non? A qui donc alors ? Il faudrait le savoir.
—AÀ quelques nobles gens, honteux de leurs misères,
Qui vont mourir de faim au milieu de leurs frères, Plutôt que mendier,
Jean dit: C'est vrai cela...
Mais qui done l'a remis cette chaine ?
— Voilà, C'est une pauvre enfant qui nr'attend à ma porte... Moi je n'achète point d'objets de cette sorte, Du moins en pareil cas, Je n'ai jamais goûté
Ce commode moyen de faire charité,
—Si j'avais, repart-il, quelques sous dans ma bourse, Je les donnerais bien à l’enfant sans ressource...
fl fouillait son gousset. D'un ton rauque et fiévreux Il ajoute :
—Rien! rien ! que je suis malheureux !
Or, comme il prononçait cette triste parole, La petite survint. Une crainte frivole
LA CHAINE D'OR De ses jeunes esprits, je le crois, s'emparait, Je tardais à venir et le temps lui durait, Elle ne savait pas si j'étais bien honnôte,
Et de sa chaîne d'or pouvait être inquiète.
—(Que je suis malheureux! disait Jean, se levant, ‘ela..……
Et son regard tomba sur la naive enfant
Qui venait de sourire en me voyant près d'elle,
L'enfant s'arrète alors comme un oiseau dont l'aile
Se brise tout-à-coup en volant dans les cieux,
Elle porte sur nous un regard anxieux
Et puis courbe la tête, On voit frémir sa lèvre :
—O mon père! dit-elle,
jourse, Ur | Et lui, l'œil plein de fièvre, La bouche frémissante et le front en sueurs,
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Il la prend dans ses bras et l’inonde de pleurs. LVreux
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