‹ Une gerbe; poésiesChapitre 8 sur 43 · TERNAIRES · texte numérisé non relu

TERNAIRES

Bel an qui fuis, adieu I Naguère avec ivresse J'acclamais ton retour, j'écoutais ta promesse. De l'aigle ou du simoun ta course a la vitesse !

Une fleur s'est fanée, et notre froide main La laisse retomber sur le bord du chemin Que d'autres, à leur tour, vont parcourir demain.

Le monde est-il meilleur ? la charité, plus forte î

Le riche avec plaisir fait-il ouvrir sa porte

A l'homme malheureux que la misère escorte ?

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ÔO UNE GERBE

La bouche de l'envie est-elle sans venin ?

Le traître rougit-il de son lâche dessein î La paix est-elle acquise à tout le genre humain ?

Les Princes se sont dit dans leur orgueil stupide : " Nous régnerons sans Dieu ; notre bras intrépide " Peut défendre nos droits contre un sujet perfide. "

Ils ont régné sans Diçu comme ils se l'étaient dit. Des ennemis du Christ la phalange applaudit.

La Foi voila son front et, triste, elle attendit.

Et l'esprit de révolte, ainsi qu'un vent d'orage Qui tourmente, soudain, les ondes d'un parage, Fit tressaillir les cœurs d'une farouche rage.

Et le sujet s'est dit : " Le peuple est souverain,

" Et le roi, c'est moi seul I Arrière, droit divin !

" Les hommes sont égaux, et tout pouvoir est vain P

De tous les points du ciel montent de noirs nuages ; Un bruit sourd et plaintif vient de tous les rivages ; Un malaise ineffable oppresse tous les âges.

Sur son axe vieilli l'univers a tremblé ;

TERNAIRES 6l

L'audace de l'impie en ces temps a doublé, Et le juste, partout, dans sa paix est troublé.

L'homme ne se croit plus qu'une fange pétrie. Il désire la mort pour son âme flétrie, Et la terre qu'il foule est sa seule patrie !

Il se comptait au mal, il boit l'iniquité ; Le mensonge l'attire, il hait la Vérité ; Pour une heure de joie il vend l'éternité.

C'est en vain qu'en ces jours les puissants de la terre Recouvrent leurs desseins du voile du mystère, Et cherchent à cacher l'effroi qui les atterre.

Le Seigneur Tout-Puissant élèvera la voix Et leurs projets honteux crouleront à la fois, Gomme au souffle du vent les feuillages des bois !

Au jour de sa justice II vannera le monde ; Au loin II jettera toute semence immonde ; Il brisera l'espoir où le méchant se fonde !

Adieu ! bel an qui fuis pour ne plus revenir,

Qui fuis comme un torrent que rien ne peut tenir 1

Adieu ! toi qui n'es plus déjà qu'un souvenir !

Passez devant mes yeux, so avenirs que j'adore l Comme ces flots d'azur qu'illumine l'aurore,

Passez 1 passez devant mes yeux i Gomme au milieu des nuits ces brillants météores Qui glissent dans le ciel avec des bruits sonores,

Passez, souvenirs radieux !

jours de liberté ! jours d'amour et d'ivresse Où rien ne captivait ma sauvage jeunesse,

Je vous revois encor souvent, Comme, de temps en temps, sur la vague en écume Le nocher voit reluire, au milieu de la brume.

Les rayons du soleil levant !

Je te pleure toujours, toit bâti par mes pères, Foyer religieux où tant d'amours sincères

Comblaient le cœur du troubadour !

Et toujours je te"pleure, ô chambre solitaire D'où mon regard pensif sur le ciel et la terre

Flottait doucement tour à tour !

Ah ! que de fois tout seul j'ai marché sur la rive, Regardant à mes pieds chaque vague plaintive,

Ecoutant le gai matelot 1 Que de fois en secret j'ai tracé sur le sable Un adorable nom que le flot implacable

Venait effacer aussitôt !

Je regardais au ciel, dans les longs soirs d'automne, Ces aspects merveilleux qu'un soleil couchant donne

Aux œuvres sublimes de Dieu.

Je regardais la nue avec sa longue frange Flotter, comme un navire à la structure étrange,

Dans un vaste océan de feu.

Je regardais jaunir nos riches pâturages ;

Je regardais nos bois, sans feuilles, sans ramages,

Partout s'endormir pour longtemps.

Mais l'arbre reverdit que le soleil caresse !

Et pour l'homme qui touche au seuil de la vieillesse IL n'est plus jamais de printemps !

Cascades qui sonnez comme des cors de cuivre, Vieux pins qui tout l'hiver vous drapez dans le givre

Comme, dans l'hermine, un grand roi, Solitaires sentiers, bosquets pleins de mystères, Fontaines qui courez sous les fraîches fougères,

Vous souvient-il encor de moi ?

Tu glissais dans les airs, ô vive luciole, Tu glissais, chaque soir, avec ton auréole

Comme une étoile qui soudain De la voûte des deux se serait détachée ; Souvent dans le gazon tu te croyais cachée

Mais ton éclat guidait ma main.

Fauvettes, laissez-vous de minute en minute, Vos notes onduler comme un doux son de flûte

Dans le silence de la nuit ?

Vous, gentils écureuils, avez-vous peur encore D'une feuille qui tombe au pied du sycomore

Pendant que vous rongez un fruit ?

Berce-toi, papillon, sur ton aile de gaze, La rose ouvre pour toi sa coupe de topaze,

Pour toi les prés sont veloutés !

Ah ! je voudrais aussi parmi les fleurs sauvages Voltiger, au hasard, sur mes heureux rivages,

Loin du tumulte des cités !

O vous dont le berceau fut en nos champs tranquilles, Pouvez-vous respirer Vair empesté des villes

Sans regretter vos prés en fleurs ?

Mes yeux de toutes parts n'aperçoivent que l'homme : Dieu semble se cacher ; c'est en vain qu'on le nomme,

On ne voit pas bien ses splendeurs !

Je cherche un horizon baigné dans la lumière, Et mes tristes regards se heurtent à la pierre

D'un mur qui tombe inachevé !

Je demande aux zéphirs mes arômes champêtres, Et la brise du soir n'apporte à mes fenêtres

Que la poussière du pavé !

Ah ! comment voulez-vous que mon âme s'élève, Dans un transport d'amour, vers ce Dieu qu'elle rêve

Et que le désert lui montrait 1 Du livre où je lisais la page s'est fermée 1 Et jamais je ne vois qu'à travers la fumée

Le ciel d'azur qui m'inspirait !

Hélas ! qui me rendra mon rustique village ?

Qui me rendra mes bois avec leur vert feuillage

Et ma nacelle aux durs tolets ?

Qui me rendra mes prés couronnés de verdure Et le ruisseau qui suit avec un doux murmure

Son lit parsemé de galets ?

Qui me rendra le toit où ma paisible enfance, Comme un rêve qu'on aime, a vu, dans l'innocence,

Si vite s'écouler ses jours ?

Qui me rendra, Seigneur, la pelouse fleurie Et les sentiers fanés de la vaste prairie

Où je rêvais à mes amours ?

Et mes amours, c'était la vagabonde voile I C'était le flot profond ! c'était la vive étoile

Qui brille sous les pieds de Dieu 1 C'étaient l'arbre feuillu que fouette la tempête, Et l'bumble lis des champs qui relevait sa tète

Quand le soleil luisait un peu !

C'étaient le geai d'azur, la grive à la voix douce, Le chardonneret d'or qui recueillait la mousse

Pour construire son petit nid !

C'était le ciel de plomb d'où la foudre s'élance l C'étaient ces lieux déserts où règne le silence,

Où l'écho du monde finit 1

RÉMINISCENCES 6j

C'étaient les aboiements des lointaines cascades, Les peupliers plantés comme des colonnades

Autour des rustiques maisons !

C'étaient près d'une source, au bord d'une futaie, Le bruit sec, éclatant, cadencé de la braie,

Et les gais refrains des chansons 1

C'étaient, quand le fermier liait ses blondes gerbes, Les grillons éveillés qui sautaient dans les herbes

Et les bœufs qui rentraient au pas !

C'était l'airain bénit dont la voix solennelle M'appelait, le dimanche, à la sainte chapelle

Où la foule priait tout bas !

Passez devant mes yeux, souvenirs que j'adore ! Comme ces flots d'azur qu'illumine l'aurore,

Passez ! passez devant mes yeux !

Comme au milieu des nuits ces brillants météores Quijglissent dans le ciel avec des bruits sonores,

Passez, souvenirs radieux I

L'hiver a suspendu, comme la blanche hermine Qui borde le manteau des rois,

Sa guirlande de neige éblouissante et fine Aux rameaux dépouillés des bois.

t ~ ; disparu. La nuit traîne ses ombres ;

lies champs semblent plus désolés ; s du coteau se dessinent plus sombres Dans l'azur des cieux étoiles.

Et l'on entend parfois, sur la neige stridente,

L'acier d'un rapide traîneau, Et le souffle glacé de la bise mordante

Qui fait gémir chaque rameau.

Et Ton entend aussi dans la blanche chaumière

Retentir de joyeuses voix.

L'heure avance ; il est tard et pourtant la lumière

Brille encore aux châssis étroits.

Enfants, qu'attendez-vous pour gagner votre couche?

Vieillards, vous aimiez le sommeil ?

Vierge, si tu ne dors, adieu la fraîche bouche,

Le front de rose et l'œil vermeil

Mais j'entends plus souvent, sur la neige stridente, L'acier des rapides traîneaux,

Et le souffle glacé de la bise mordante

Qui fait gémir tous les rameaux.

J'entends des rires, Des chants joyeux,

De douces lyres Aux sons pieux !

J'entends encore Sur le rocher L'airain sonore Du vieux clocher. Sa voix tremblante Qui pleure ou chante Dans l'obscurité, Semble la trompette D'un ange qui jette Dans l'Eternité Son cri répété !

Le temple étincelle, La voûte ruisselle De mille clartés Comme la houle L'ardente foule S'empresse et roule De tous les côtés !

Le feu s'allume Et l'encens fume Devant le saint autel !

x L'orgue sublime

Soudain s'anime Sous les doigts d'un mortel r

C'est la mer profonde Qui berce son onde, La foudre qui gronde Au sommet des monts !

C'est la flûte molle, L'oiseau qui s'envole, Où l'humble corolle Qui glisse aux vallons !

A genoux ! à genoux ! troupe fidèle et sainte,

Devant un modeste berceau !

A genoux ! à genoux ! Que la pieuse enceinte

Retentisseji'un chant nouveau I

Cet enfant qui vagit sur le sein de sa mère,

Quatre mille ans l'on attendu !

C'est le Verbe Eternel qui descend sur la terre

Pour sauver le monde perdu !

Dans une crèche sombre Marie était alors.

Il faisait froid dehors, Elle chantait dans l'ombre :

" Dors, Jésus, mes amours, " Je veille sur tes jours 1

" Quelle ardeur me transporte I " Les hommes savent-ils, " Jésus, mon cher Fils, u L'amour que je te porte ?

" Dors, Jésus, mes amours, " Je veille sur tes jours 1

;c Comme ta bouche est rose !

" Comme ton œil est doux 1 " Sur mes faibles genoux, " mon enfant, repose !

u Dors, Jésus, mes amours, " Je veille sur tes jours !

c; Tu n'as pas de beaux langes " Comme l'enfant d'un roi, " Mais je chante pour toi " Les paroles des anges !

tc Dors, Jésus, mes amours, " Je veille sur tes jours !

»oel 73

" Dans mon âme ravie 44 Je possède le ciel !

" Les femmes d'Israël u Me porteront envie !

44 Dors, Jésus, mes amours, 44 Je veille sur tes jours !

44 Et puis dans ma vieillesse "

Mais quel triste penser

Fit tout-à-coup cesser

Ce doux chant d'allégresse ?

À genoux ! à genoux ! le Verbe est incarné !

Un nouvel astre a lui pendant la nuit obscure 1 À genoux ! à genoux devant la Vierge pure Qui pleure sur son nouveau-né !

Et, dans l'église toute ornée, Pendant cette sublime nuit Où l'étoile des Mages luit, La foule reste prosternée.

Les hymnes glorieux

De la reconnaissance S'élèvent jusqu'aux cieux.

La prière s'élance De l'autel radieux, Et l'orgue recommence Ses accords merveilleux, Et l'encensoir balance Ses parfums précieux !

La cloche résonne Dans l'air retentissant !

L'étoile sillonne L'azur resplendissant !

Le givre rayonne Sur l'arbre frémissant !

Le vent murmure Et la nature Fête en tout lieu, Et l'âme pure S'élève à Dieu!

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