‹ Une grande famille parlementaire aux XIVe et XVe sièclesChapitre 115 sur 159 · Juvènal des Ursins, ibid · texte numérisé non relu

Juvènal des Ursins, ibid

Dans cette campagne, le comte d'Armagnac conduisait les troupes royales, et avec lui marchait le duc de Guyenne, héritier de la couronne. Ce dauphin a été très sévèrement jugé par ses contemporains. Lourd, gros, d'une intelligence éclairée et cultivée, grand amateur de beaux livres et de riches objets d'orfèvrerie, passionné pour la musique et les représentations théâtrales, il gâtait malheureusement ces qualités par une apathie politique très grande, une cupidité et une prodigalité insatiables, et par les écarts d'une vie déréglée1. Jouet de l'ambition des factions rivales, tiraillé entre les Armagnacs et les Bourguignons, il avait longtemps subi l'influence de Jean-sans-Peur, dont il avait épousé la fille. Les événements de 1413 lui firent secouer ce joug ; les scènes de violence qui eurent lieu sous ses yeux, l'emprisonnement de son chancelier et de plusieurs de ses officiers, l'incapacité du duc de Bourgogne à contenir l'émeute le jetèrent dans le parti des Armagnacs, seuls capables, semblait-il, d'assurer le calme. Les agissements de Jean-sans-Peur à la fin de 1413 et au début de 1414 augmentèrent encore l'animosité du dauphin contre lui; et dès ce moment on le voit prendre peu à peu une part plus active à la politique. Après la campagne de 1414, il paraît diriger lui-même les négociations laborieuses qui à Senlis et à Saint-Denis, précédèrent la conclusion de la paix. Dans ces conférences où il occupa la première place, il paraît avoir eu conscience de ce que lui imposait son rang d'héritier du trône ; il défendit avec énergie les droits de la royauté ; et, trait caractéristique de son aversion pour les émeutiers de 1413, il s'opposa comme il le fera jusqu'à sa mort, au pardon pour les bannis, surtout pour les bannis parisiens. Sa personnalité s'affermit ; aidé du duc de Berry, il sembla

1. Sur le duc de Guyenne, voir Chronique du Religieux de Saint-Denis, t. V, p. 586 ; — Journal de Nicolas de Baye, t. Il, p. 232 ; - Léop. Panuier, Les Joyaux du duc de Guyenne, Paris, 1874, in-8°, 72 p. (extrait de la Revue archéologique) ; — Ant. Thomas, Le dauphin Louis, fils de Charles VI, amateur de théâtre, dans la Romania, t. XXXIX (1910), p. 373.

ET LE PROCÈS DU BOITEUX D'ORGEMONT loi

vouloir gouverner lui-même, au-dessus des princes rivaux1, qu'à un moment donné, au début de 1415, il écarta de la cour2. Certes, il s'appuya toujours sur les Armagnacs; mais on trouve autour de lui, parmi ses conseillers, des hommes qui appartiennent à un parti modéré ; ce sont des bourgeois de Paris comme Cirasse, des fonctionnaires estimés, tels que Juvénal des Ursins, qui à un moment donné fut son chancelier, des universitaires comme Courtecuisse, d'anciens alliés désabusés du duc de Bourgogne comme Michel Lallier et Pierre Gencien. Ce parti mal connu se détache peu à peu du groupe des Armagnacs déterminés, avec qui il conserve pourtant de nombreuses attaches, et avec qui il partage le pouvoir.

Or, c'est parmi ces conseillers que figure Nicolas d'Orgemont. En effet, lorsqu'en 1414, Charles VI enleva le gouvernement des monnaies aux trésoriers des finances, et le confia à sept commissaires spéciaux, le doyen de Tours fit partie de cette commission 3 ; plus tard lorsque Philippe de Brebant fut, le 6 octobre 1415 4, nommé prévôt des marchands, Nicolas d'Orgemont figure parmi les conseillers qui assistèrent à la publication des lettres du roi5; en décembre de cette même année il siégeait au Conseil et prenait part aux grandes conférences du Parlement et du Conseil du roi, pour remédier aux maux du royaume 6,

1. Voir à ce sujet son attitude à l'égard de l'Université, après son retour à Paris en novembre 1415; dans Monstrelet, t. III, p. 130.

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