SCÈNE V!I
Les mêmes, BERNARDET.
BERNABDET.
Si vous croyez que je consentirai à jouer avec ce coslume jaune.
LE RÉGIoSEOR.
Mais il vous va très-bien.
BERNARDET
Comme c’est amusant ! Mm (fui m’attendais à jouer un " •iièral qui maudit sa lille, et voilà que Tou me force à débiter des calembredaines.
LE RÉGISSEUR
Vous serez excellent; vous les dites très-bien.
Et comme ça tombe... Hier soir, il m’est arrivé des parents de province. A propos, je vous remercie des billets (jue vous m’avez donnés pour eux : une avant-scène des quatrièmes ! En se penchant beaucoup, on voit la tète de la contre-basse. Du reste, j’aime mieux cela; des gens (jui s’attendaient à me voir en général, ils vont me voir avec un costume jaune.
LE RÉGISSEUR
Vous les ferez rire. Vous êtes très drôle.
BERNARDET
Non, monsieur, je ne suis p.as drôle.
LE RÉGISSEUR
Si fait. Je ne sais quelle rage vous tient de vouloir jouer les rôles lugubres, vous qui êtes si bon dans les coijiiques.
BERNARDET
Je ne suis pas bon dans les comiques, et je ne tiens pas à faire rire. C’est un trop mince mérite.
LE RÉGISSEUR
Vous vous trompez. Il est plus difficile de faire-rire que de faire pleurer.
, BERNARDET
Oh!
M.ADEMOISELLE BOULINGRIN.
.Allons, commençons. N’tms m'avouerez qu’il est temjis.
LE RÉGISSEUR
Oui, comuieuçons. Allons, messieurs de l’orchestre, un petit air. Il y a longtemps (jiie aeta ne vous ejl arrivé. A vous, Bernardet, vous êtes le père. Mademoiselle Boulingrin, faites bien atti iilion. l’iace au théâtre ! (L’orctastre joue ; le regisseur va s’asseoir à droile. Mademoiselle Bouliugriii rcnionle à gauche, Bernardet à droite.)
ü.\b UKÜKE AVANT L’oUVERTtlIlE.
MADEMOISELLE BOULINGRIN,' deBcendaot en (cène.
Vous avez Tair soucieux, mon auguste père 1
BERNARDET
Il est permis d’avoir l’air soucieux le jour où l’on marie sa lllle. Marier son enfant bien-aimée, voilà une chose importante; cela est plus grave assurément que de passer la manche de son i'»ourpoint ou de dire:Dieu vous bénisse ! à un voisin qui éternue.
MADEMOISELLE BOULINGRIN
Vous avez raison, mon père,
Bernardet, au régisseur.
C’est ça que vous trouvez drôle ? (impatience du régisseur. — Continuant.) Donc, je vais le marier, et à qui suis-je forcé de te marier? Voilà ce qui me tourmente. De toutes les princesses à qui la malignité il’iine méchante fée a promis un vilain avenir, tu es cartainemeiit la plus malheureuse, ô ma tille I c’est à loi que le plus déplorable avenir a été annoncé.
MADEMOISELLE ROULINGRIN.
Comment cela, mon père?
Ab ! s’il m’avait été permis de me choisir un gendre selon mon goût, j’aurais choisi un homme ayant une position sérieuse, un fort marchand de fer, par exemple, ou un restaurateur aimable, ou même... si un pareil rêve est permis à un simple mortel... un banquier... Sais-tu cé que . c’est qu’un banquier, ma fille? C’est un homme qui est en or... Est-ce qu’il est là, l’auteur?...
LE RÉGISSEUR
Non, il n’est pas là...
BERNARDET
Kh bien , c’est de très-mauvais goût à lui de dire du mal (les banquiers.
LE RÉGISSEUR
Il ne dit pas de mal des banquiers... il dit qu’ils sont en or. Je voudrais bien qu’on pût en dire autant des régisseurs. ■ .
BERNARDET
Tout le monde saura ce qu’il y a là-dessous. ,
LE RÉGISSEUR
Ne nous occupons pas de cela et continuons.
MADE.MOISELLE BOULINGRIN
Oui, continuons; je ii’ai pis envie de rester ici jusqu’à une heure du matin.
, BERNARDET
La méchanceté de In fée qui a présidé à ta naissance m’a empêché de réalher ce rêve. Elle a décidé que je te choisirais un mari dans une classe spéciale, et dans quelle (liasse?...
SGÈN£ VII.
In
MADEMOISELLE BOULINGRIN
Mon père, j’épouserai celui que vous vouiirez...'
BERNARDET
Cela est d’une fille obéissante... .
MADEMOISELLE BOULINGRIN
A condition que celui que j’épouserai me permettra de garder près de moi le petit être que j’adore...
BERNARDET
Tu adores un petit être !...
MADEMOISELLE BOULINGRIN
Oui, votre jeune page... Couplet...
BERNARDET
Couplet...
MADEMOISELLE BOULINGRIN
Vous savez que nous avons été élevés ensemble, ô mon père! etquej’ai passé avec lui les joursde mou heureuse enfance. Depuis, le pouvoir d’un vilain enchanteur nous avait séparés. 11 se présente aujourd'hui une occasion de braver mon persécuteur et de faire l’evenir près de moi celui que j’aime, j’en profite.
Tu aimes Couplet tant que cela?
MADEMOISELLE BOULINGRIN
Plus encore, ô mon père ! Je présume que, dans la vie de ménage, il doit y avoir des moments assez difficiles à passer...
Rien n’est alors agréable comme d’entendre fredonner un petit air qui vous met de bonne humeur... Si Couplet e.st près de moi, il m’en fredonnera autant que j’en pourrai désirer.
BERNARDET
Mais ton mari trouvera ]»eut-être singulier...
MADEMOISELLE BOULINGRIN
Mon mari dira ce qu’il voudra... Je suis folle de Couplet, et je ne consentirai pas ce qu’on nous sépare .. \
BERNARDET
Tu forces les oreilles de ton père à entendre de singulières choses, ma fille.
MADEMOISELLE BOULINGRIN
J’en*suis tout à fait désolée, mais c’est une résolution bien arrêtée, mon père .. Couplet ne me quittera pas; vous pouvez l’annoncer de ma part à ceux qui veulent m’épouser...
BERNARDET
Vous êtes une ingénue par trop à la mode, mademoiselle ma fille. Après tout, cela m’est égal... C’est l’aliaire de ton mari et non la mienne. (Oa entend Olympe qui (redonne.)
MADEMOISELLE BOULINGRIN
L’entendez-vous votre joli page? (Entre Olympe en costume du page Couplet.) Regardez comme il est gentil!
UN IlEUaK AVAM L OL VEIlTI'nE.