L AMI
ht je voudrais bien, qu’en aimant mademoiselle Boulingrin, I acwur chargé de l’aimer ne l’embrassât pas trop, parce qu il n y a rien de plus désobligeant pour un cœur vraiment épris.
„ , le régisseur.
Cela ne me regarde'guère.
l’ami.
Je voudrais même que, par quelques phrases habilement tournées, mademoiselle Boulingrin exprimât que ses amours re sont pas sur la scène, mais qu’il y a peut-être bien dans la salle une personne qui est bien avec le directeur et à qui elle reconnaît quelque mérite.
LE RÉGISSEUR
w • .1 paraît présenter quelques diffi-
cultés. Il faudrait en parler aux auteurs.
' - , L’ami.
Oh I dans le cas où les auteurs ne se prêteraient pas, je connais un petit bonhomme, qui n’entend rien aux chiffres, et qui, au besoin, vous griffonnerait très-vite...
* LE RÉGISSEUR
Croyez-vous?
11 faudra que vous lui receviez quelque chose...
LE RÉGISSEUR
V ous eu parlerez au directeur.
uui. a 11 a aussi besoin- d’un caissier, j’en ai un à lui proposer, un garçon charmant, (ionime caissier, je n’en suis pas très-sûr, mais de l’esprit jusqu’au bout des ongles... des mois charmants. 11 fera riré les actrices»
, , le régisseur.
Je Vous demande perdon, maiJ...
Voilà donc qui est entendu. Mademoiselle Boulingrin, !.• |)etit bonlioinme et mou caissier. Du reste, je ne me mêle en rien des affaires du théâtre.
LE RÉGISSEUR
Cela se voit.
LE MACHINISTE
Mademoiselle Coralie!
LE RÉGISSEUR
Dans sa loge... Qu’est-ce que vous lui voulez?
LE MACHINISTE
Une lettre pour elle.
Très-jolie, mademoiselle Coralie.
LE llÉGISSEUn.
Pas assez sérieuse.
l’ami, au machiniste.
Voulez-vous, en même temps, lui remettre ma carte?
LE MACHINISTE
Avec honneur, monsieur, (il sort.)
l’ami.
Qu’est-ce que vous allez répéter, maintenant?
LE RÉGISSEUR
Nous allons répéter le prologue avec les costumes,
l’ami.
Ah! Pourquoi jouez-vous un prologue? je n’aime pas cela. Ce n’est jamais très-fort, les prologues.
LE RÉGISSEUR
Mon Dieu I monsieur, je ne crois pas, en effet, que ce soit très-fort, mais on s’est un jieu occupé de la ligne que va suivre xe théâtre; iieut-ètre n’y a-t-il pas de mal à s’expliquer nettement là-dessus, et à dire au public ce qu’on veut lui montrer.
l’ami.
Et qu’est-ce qu’il dit, votre jirologue ?
LE RÉGISSEUR
C’est une fantaisie d’une forme assez peu neuve, je l’avoue ; on suppose un roi de féerie.
Oh ! oh 1 un roi de féerie 1
LE RÉGISSEUR
Monsieur...
l’ami.
Enlin, continuez.
LE RÉGISSEUR
11 a une fille, qui est la princesse Vaudeville.
l’ami.
Oh 1 oh ! la princesse Vaudeville !
DXE HEURE AVANT L’OUVERTüRE.
LE RÉGISSEUR
Si VOUS ne me laissez pas parler...
l'ami.
Pourquoi pas le prince Viuideville?
LE RÉGISSEUR
Le prince Vaudeville ne serait pas plus raisonnable que la princesse. En mettant la princesse, on a pu donner le rôle à. mademoiselle Boulingrin, nui est une jolie femme; cela est toujours plus agréable au public.
La princesse Viiudeville ... Enfin, qu’est-ce que vous en faites, de la princesse Vaudeville?
LE RÉGISSEUR
11 s’agit de lui choisir un mari entre cinq ou six prétendants : chacun de ces prétendants représente un des genres de théâtre qui existent maintenant. 11 faut choisir celui qui la rendra heureuse.
l’ami.
Monsieur, je ne vous comprends pas.
LE RÉGISSEUR
Qu’est-ce que veut un directeur, monsieur? Gagner de l’argent. Pour cela, il doit adopter un genre. Au lieu d’un directeur, supposez un beau-père; an lieu des divers genres de théâtre, supposez des prétendants. Le père choisit, et veut donner sa fille à celui qui lui paraît ne pas devoir la laisser mourir de faim.
l’ami.
Ahl ahl c’est une allégorie.
LE RÉGISSEUR
Oui, monsieur, c’est une allégorie.
l’ami.
Inepte! inepte 1 Certes, je ne me mêle pas des affaires de théâtre...
LE -RÉGISSEUR
Enfin, monsieur...
Mais je déclare qu’il ne faut pas jouer cela. (Entre U princesse Vaudeville ; l’ami du directeur va à elle ; le régisseur prend la brochure an souffleur, et se Jnet à la lire.)