‹ Une heure trop tard (volume 3)Chapitre 20 sur 32 · MAURICE A HELENE · texte numérisé non relu

MAURICE A HELENE

2 février.

Ecoutez-moi avec calme > s'il est possible , Hélène , et soyez persuadée que l'amour seul que j'ai pour vous m'oblige à la résolution immuable que j'ai prise.

Il est impossible que nous soyons heureux ensemble.

Le destin a mis entre nous un malheur ineffaçable.

l8f> UNE HEURE TROP TARD.

Il faut que chacun de nous suive la roule dans laquelle il a été jeté'.

Jamais nous ne serons heureux ; mais au moins nous éviterons les horribles tortures que nous nous faisons l'un à l'autre.

Retournez près de Leyen : depuis la lettre de lui que vous m'avez montrée vous en avez reçu deux autres.

Moi je vais partir ; quand vous recevrez cette lettre, je ne serai plus en Allemagne.

Il faut bien de l'amour pour consentir à vous perdre; mais je ne pouvais vous condamner à la, misère , vous , Hélène , que j'aime tant.

Cette place que l'on me donne à l'ambassade, on la refusait à un homme marié, je ne pouvais gagner de quoi vous faire vivre.

Et d'ailleurs , si le sort m'avait été moins contraire, une nuit, en contemplant votre bouche rose , vos dents , tout votre corps , salis des baisers d'un autre , je vous aurais étranglée, comme plus d'une fois j'en ai senti l'affreuse envie.

Je ne le reproche rien, Hélène , car , je le le répète, je t'aime, je t'honore plus qu'aucune autre femme. Je ne te parle pas d'une

faute, je te parle d'un malheur , d'un malheur qui nous frappe tous deux , autant l'un que l'autre.

Résigne- toi à la vie dans laquelle le hasard t'a mise ; sois riche, sois adorée, livre-toi aux plaisirs , faute de bonheur.

Moi, je me rejette dans une vie errante et incertaine; je me laisse aller comme la feuille jaunie par l'automne se laisse aller au vent.

Plus tard , après les premières douleurs passées , nous pourrons nous voir, être amis.

Le ciel ne nous avait pas faits l'un pour l'autre ; il nous a fait payer cher les momens de bonheur dont nous nous sommes enivrés malgré lui; aimons-nous , mais regardonsnous comme un frère et une sœur que les lois humaines séparent à jamais.

Adieu , toi que j'ai tant aimée , que j'aime tant encore, toi qui as rempli pour jamais ma vie d'amour et de douleur. Adieu , je pleure en écrivant ce mol. Adieu... adieu...

Hélène voulut répondre; elle saisit la plume, et , d'une main précipitée et tremblante , écrivit :

« Vous êtes bien lâche »

Elle s'arrêta. Où envoyer la lettre ?

D'ailleurs , il est parti , et sa résolution est immuable.

Elle jeta au feu la lettre commencée , et se prit à pleurer.

Au même moment , Maurice disait adieu à Richard.

— Sois sûr , dit Richard , qu'elle retournera près de Leyen , qui en est plus amoureux que jamais.

— N'oublie pas ton chapeau , dit Fischerwald ; ne sois pas aussi distrait que moi ; je ne sais si je vous ai dit qu'il y a quelque temps je suis sorti d'une maison sans emporter mon chapeau — je suis par trop original.

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