‹ Une heure trop tard (volume 3)Chapitre 3 sur 32 · PAS DU TOUT · texte numérisé non relu

PAS DU TOUT

Richard trouva Maurice très occupé, ayant devant lui du papier, de Tencre et une plume — qu'il taillait depuis une demi-heure.

— Mon procès est perdu , dit Maurice ; tes lignes à pêcher me coûtent précisément , y compris les frais de justice et les dépenses de la route, 15, 600 florins 3o kreutzers, et qui

pis est, la plus ennuyeuse journée de ina vie que j'ai passée à *** pour les aller chercher. Je suis en train de calculer ce qui me reste pour vivre après la perte dudit procès ; mais je ne connais au monde rien d'aussi fatiguant et d'aussi difficile que de compter. On dit que dans l'état social on doit se rendre utile ou agréable ; tu ne peux guère m'être agréable en ce moment , mais tu peux m'être très utile.

Je vais établir mon actif et mon passif, et tu me feras les additions et les soustractions.

Richard prit la plume. Maurice fouilla dans un tiroir dont il tira plusieurs mémoires passifs.

— Je dois :

A mon tailleur, 4*8 florins; A mon bottier, i5y fl. 20 groschens ; A mon chapelier, 60 fl. ; A Josué l'usurier, 2,45o fl. ; Pour intérêts de ladite somme, 4i900 A- î Pour frais de poursuites exercées contre moi, 2,45o fl.

— C'est à peu près tout , dit Maurice en finissant le dernier papier.

— Passons à l'actif, dit Richard.

— Passons à l'actif, dit Maurice.

11 s'écoula dix minutes après lesquelles Richard dit :

— Tu sais que je t'attends.

— Ecris en grosses lettres actif.

— C'est fait.

— Bien.

— Après ?

— Après? Attends un peu , je cherche.

Quelques minutes s'écoulèrent encore.

— Mais, dit Maurice, tu n'as pas fait l'addition du passif.

— Je vais la faire.

Ton passif se monte à 1 0,435 florins 20 groschens.

— Ah! ah! il faut maintenant que je t'explique pourquoi je fais ce travail. Je ne veux pas te faire travailler sans te dire ce que tu fais, et les causes de ce que tu fais, ainsi que l'on en use à l'égard d'un mercenaire -

— Et avec d'autant plus de raison, répliqua Richard, que probablement je travaille gratis.

— Voici mes raisons, dit Maurice , qui le

plus souvent ne daignait guère écouter ce que disait Richard.

D'abord, je pose comme maxime fondamentale cet axiome :

Il faut être riche.

— Bien commencé, dit Richard.

Maurice poursuivit sans remarquer ou peutêtre sans entendre cette interruption.

// faut être riche.

J'entends par être riche, vivre sans aucune privation ; c'est-à-dire — tenir un équilibre juste et constant entre ses besoins ou ses désirs, et les moyens de les satisfaire. — En effet, la vie de privations est intolérable, quand on regarde , autour de soi, avec quel luxe et quelle apparente prodigalité procède la nature.

Les chèvres, les hommes et des chenilles vertes qui, plus tard, se transforment en papillons blancs, mangent les choux. Peu parviennent à monter en graines ; quand ils sont en graines, les oiseaux en mangent une partie, et cependant les choux ne manquent pas de se multiplier, et l'espèce n'en manquera pas. On cueille en fleurs une partie des cerisiers ; la plus grande partie des noyaux, c'est-à-dire,

des graines destinées à la reproduction , est anéantie ou plutôt détournée de sa destination naturelle et on en fait du kirschenwasser. L'espèce des cerisiers ne paraît cependant pas diminuer, et lèvent qui traverse la Forêt-Noire emporte encore au printemps le parfum amer de leurs fleurs.

Tandis que dans notre état de société, l'homme qui a prétendu tout perfectionner ne peut vivre sans vendre une partie de sa vie pour acheter sa subsistance. Les hommes mêmes qui passent pour riches ne prévoient ni leurs caprices, ni des besoins nouveaux, et quelle que soit leur fortune ils ont tellement agrandi leurs besoins qu'ils n'ont que justement de quoi les satisfaire ; tandis que — pour avoir assez il faut avoir trop.

C'est pourquoi lorsque je dis : il faut être riches, j'entends deux manières de le devenir. Quand on ne l'est pas ou par droit de conquête ou par droit de naissance.

Le premier est ^'augmenter son revenu jusqu'à ce quil se trouve en équilibre avec les désirs et les besoins.

C'est le plus commun, ie plus difficile, et le seul que l'on essaie.

Le second est de diminuer ses besoins et ses désirs, jusqu'à ce qu'ils se trouvent en équilibre avec le revenu.

Ce moyen est simple, facile, et personne n'y pense

Le premier moyen est connu de tout le monde; il faut se faire négociant, voleur, héritier, ou homme politique incorruptible. Je ne parlerai que du second.

Des dépenses que fait un homme, il faut retrancher :

1° Les dépendes qui ne sont pas pour lui',

2° Les dépenses qui, étant pour lui, ne contribuent cependant en rien à son bonheur ni à ses plaisirs ;

3° L,es dépenses qui, étant pour lui, et contribuant sous certains rapports à ses plaisirs, ne donnent cependant pas de plaisirs qui puissent balancer le travail et la sollicitude auxquels il faut se condamner pour les acquérir',

4° Examiner si des plaisirs réels, et rachetant bien le travail qu'ils coûtent, peuvent se remplacer par des plaisirs gratuits et alors faire cette substition.

Par exemple :

UNE HEURE TROP TARD. î5

Nous allons procéder par ces relranchemens sur mon passif que nous allons mettre en regard avec la pension annuelle que me fait mon père

io,435 florins 20 groschens.

1000 florins.

La différence est de 9, A 35 florins 20 groschens.

— Tu as fait cette soustraction, dit Richard, avec une rare habileté ; mais comme dans Tannée qui s'est e'coulée, il faut compter les 1000 florins de ton père — que probablement tu n'as pas enfouis — il faut mettre en regard de cette somme de 1000 florins 1 1,435 florins 20 groschens que tu as dépensés dans l'année.

— Tu as raison ; donc ma différence se trouve de 10, 435 florins 20 groschens.

Retranchons les dépenses inutiles de la première espèce.

Si je n'avais voulu briller aux yeux des autres, il m'eût suffi, pour me vêtir pendant toute l'année, de deux sarraux, l'un de toile, l'autre de drap, et de deux pantalons, le tout pour 3o florins.

De gros souliers, deux casquettes de cuir

m'eussent coiffé et chaussé toute l'année, 3o florins.

L'argent de Josué a été employé en soupers, en gants, en voitures, en fantaisies; les fantaisies et les soupers appartiennent aux dépenses de la première espèce. Les voitures à celles de la troisième espèce, c'est-à-dire aux dépenses qui, contribuant en quelque sorte à nos plaisirs, ne donnent pas des plaisirs tels qu'ils balancent la sollicitude qu'ils coûtent. Retranchons l'argent de Josué. Ensuite, pour mon logement et ma nourriture personnelle, une chambre de 5o florins par an, et par jour deux repas pour une pièce de 24kreutzers.

— Cela fait 23o florins, dit Richard.

— Total, pour ma dépense d'une année ? dit Maurice...

— 290 florins, dit Richard.

— Donc, continua Maurice, avec les 1000 florins de mon père, j'eusse eu de reste?

— 7iO florins.

710 florins à consacrer à mes caprices personnels, j'eusse été riche, et encore n'avonsnous pas fait subir à mes dépenses les quatre sortes de retranchemens que j'ai indiquées.

Quand j'ai dit: on aoit être riche , c'est que

je suis convaincu qu'il dépend de l'homme de n'être jamais pauvre.

— Mais, dit Richard, tout, homme ne possède pas un revenu de 290 florins.

— Alors il faut adapter à ses dépenses les deuxième et troisième sortes de retranchemens, et en dernier recours la quatrième espèce, c'est-à-dire supprimer rigoureusement toutes les choses coûteuses, plaisirs ou nécessités qui peuvent être remplacés par des plaisirs et des nécessités gratuits.

Par exemple , sur les côtes de la mer , en Bretagne, la mer apporte des coquillages , des forêts giboyeuses offrent des animaux pour la nourriture de l'homme , quelques peaux des bêtes dont on se nourrit servent de vêtemens.

Et on peut être logépour5 ou 6 florins par an.

— Mais, dit Richard , beaucoup de gens ne possèdent pas en revenu ces 5 ou 6 florins, et il est probable que dans un pays où on peut être logé pour cette somme, l'argent est extrêmement rare , et qu'il est plus difficile de gagner ces 6 florins qu'ailleurs 5oo.

— On pourrait à la rigueur se construire

soi-même une cabane ou consacrer un peu de temps à se faire un petit revenu avant de se retirer ainsi. Un homme qui a quelque éducation peut gagner à une occupation quelconque 1000 florins dans une année. Nous avons calculé que les dépenses d'une année , dépenses qui pourraient être considérablement diminuées, ne se montaient qu'à 290 florins ; donc en trois mois un homme peut , après avoir payé ses dépenses, avoir à lui i5o florins, ce qui fait un revenu de 7 ou 8 florins pour toute sa vie.

— Fort bien, dit Richard, mais ce serait là une triste vie.

— Elle te parait telle parce que tu y cherches les plaisirs qui occupent la tienne , et que tu es niaisement semblable à l'enfant qui ne croit pas qu'il y ait d'autre terre audelà de son horizon , au sauvage qui pense que le soleil est éteint quand il n'en est plus éclairé.

Même telle que tu la conçois, ce serait une vie moins ridicule que celle du bureaucrate , qui vend sa vie à d'autres, et ne garde pour lui que le temps du sommeil , temps qui peut à chaque instant être limité par une ordonnance

ministérielle , temps pendant lequel on ne se sent pas vivre, c'est-à-dire , pendant lequel on ne vit pas; moins ridicule que celle des hommes qui travaillent toute leur vie pour {aire fortune, et n'obtiennent, pour résultat de leur dépendance, de leurs fatigues, de leurs privations, qu'une fortune inutile, une bonne table quand ils n'ont plus de dents, des forêts quand ils n'ont plus de jambes , des propriétés qui s'étendent au loin , quand ils n'ont plus d'yeux.

Gens qui travaillent misérablement toute leur vie , pour subvenir aux frais d'un riche enterrement , et payer le cercueil de plomb dans lequel ils ont l'espoir de pourrir quinze jours plus tard.

Mais cette vie est tout autre que tu la vois. Ce qui occupe la vie, ce sont:

Pour quelques hommes , les passions ;

Pour d'autres plus faiblement organisés ou fatigués, les plaisirs.

Eh bien ! il y a dans cette vie que tu es libre d'appeler sauvage, des plaisirs, que j'ai éprouvés, plus suaves qu'aucun de ceux que donne la vie sociale.

L'aspect du ciel, des arbres, de la terre ;

Les harmonies naturelles du vent et de Peau.

Les parfums des fleurs et des feuilles.

Toutcela grandit par l'habitude — contrairement aux plaisirs de la vie sociale — et étend notre vie, qui s'immisce , par un effort divin, à toutes ces diverses existences.

Et encore cette vie est remplie par des passiens, plus fortes sans doute quelle jeu ou l'ambition.

La chasse, passion si puissante, que le chasseur, pour la satisfaire , est toujours prêt à risquer insoucieusementsa vie.

L'indépendance absolue, qui mêle un noble orgueil à tout ce que fait l'homme , à tout ce qu'il éprouve, qui se marque dans son regard et dans sa démarche, qui assaisonne ses repas simples, qui donne du charme à ses privations et même à ses souffrances ;

Et encore, la contemplation, la rêverie ;

Et surtout, la paresse , l'a plus voluptueuse de toutes les passions , la seule qui n'apporte ni fatigue ni désespoir.

— Monsieur le rhéteur , dit Richard, permettez-moi de vous arrêter ici. Vous avez parlé des passions , et vous avez éludé l'amour.

Souffrez , sophiste de mauvaise foi , que je répare cet oubli prémédité, et que je le rappelle à votre mémoire complaisante .

Dans cette vie sauvage, j'use de l'autorisation que vous m'avez libéralement accordée ; les liens de quelque durée sont les seuls possibles; il faut donc une sorte de mariage. Que fera d'une femme votre homme riche de 7 florins par an.

— Je t'ai dit qu'il n'y avait d'autre dépense que pour le logement ; le même peut servir à à tous deux.

Mais nous n'avons raisonné que sur une situation d'extrême pauvreté ; songeons un peu combien de gens, qui pourraient réaliser cent ou deux cents florins de revenu , languissent dans la misère, au milieu des plaisirs tout dispendieux qu'offre la vie sociale , et pourraient être riches, en changeant de pays et en faisant subira leur budget les opérations que je t'ai indiquées.

— Et penses-tu qu'il soit si facile de quitter son pays, sa patrie ?

— La patrie est la terre qui nous nourrit. La patrie est tellement un mot , qu'il manque tout son effet si on emploie un synonyme

moins sonore, ce que tu as senti toi-même en ne te contentant pas du mot pays. L'amour de la patrie...

— Arrêtons , Maurice , dit Richard ; c'est assez pour le moment d'une dissertation, et je te quitte.

— Nous n'avons pas compté mon actif.

— Ce sera pour un autre jour.

— Tache d'y penser , parce que ce calcul a quelque importance. — Je songe à me marier.

— Contre qui ?

— Ceci pourrait amener une dissertation.

— La curiosité me fera braver la dissertation.

— Eh bien ! ce soir , à onze heures , ici.

— J'y serai-

Richard alla à la salle d'armes , où son ami refusa de l'accompagner.

Maurice alla chez Hélène.

Entre les yarie'te's de l'espèce humaine , il faut compter : i° l'homme vraiment amoureux, qui est au-des- .sus de l'homme et participe de la nature de Dieu; 2° l'homme non amoureux, qui est au-dessous de l'huître, et participe de la nature du polype.

Léoh Gatiyes.

Hélène était livrée à de délicieuses rêveries.

Quelqu'un qui eût pu lire dans son âme y eût vu toutes les sensations que dut éprouver la première femme quand , essayant la vie , elle trouvait dans tout autour d'elle un bonheur, et un bonheur nouveau , et de nout. il. 3

velles modifications à cette nouvelle existence dont elle était encore surprise et étourdie. Comme le soleil donne aux végétaux la sève, la couleur et le parfum, de même, pour Hélène, l'amour colorait et parfumait la vie.

Tout était changé pour elle; ses yeux, son esprit et son âme s'étaient ouverts à un plus vaste horizon. Elle respirait comme si elle n'eût jamais respiré ; elle regardait comme si, aveugle-née, elle eût vu pour la première fois.

Elle était heureuse de se sentir vivre, heureuse d'aimer , heureuse d'attendre Maurice , de se rappeler ses paroles , le son de sa voix , ses gestes, le bruit de ses pas sur le parquet.

Tout ce bonheur , elle l'attribuait à Maurice , et la reconnaissance qu'elle en ressentait augmentait encore son amour et conséquemment sa félicité.

QUE L'INCONSÉQUENCE EST LA CONSÉQUENCE NÉCESSAIRE SE L'ORGANISATION DE L'HOMME. — DOLÉANCES SUR LA- DITE ORGANISATION. — IL NE FAUT PAS TOUJOURS FU- MER LE MÊME TARAC.

Maurice et Richard se rejoignirent à peu près à l'heure indiquée, c'est-à-dire que Richard n'arriva qu'à onze heures et demie,

— J'étais, dit-il, dans une maison d'où je ne pouvais m'esquiver brutalement, j'ai mieux aimé faire attendre un ami , avec lequel je n'ai

pas besoin de me gêner, que de contrarier des étrangers, en interrompant une partie de cartes , dans laquelle je m'étais laissé compromettre.

Maurice, qui sentait quelque embarras à faire à son ami Paveu qu'il lui avait promis , profila de ces mots de Richard , pour aborder un autre sujet.

— Grand merci de votre amitié, mon ami Richard! et voudriez-vous me dire pourquoi on n'a pas besoin de se gêner avec ses amis ?

Vous êtes comme ces chefs de maison qui , toute la semaine, font manger à leur femme et à leurs enfans du pain de seigle et des pommes de terre, afin de pouvoir traiter splendidement , le dimanche , des étrangers et de simples connaissances.

A quoi me servira votre amitié, ami Richard, si vous donnez aux autres le peu qui peut se trouver de bon en vous , et si vous me réservez , à moi votre ami , vos vices, vos défauts et vos ridicules? Je vous supplierai alors à deux genoux et les mains jointes de me vouloir bien traiter comme un étranger.

Si vos amis sont tels qu'ils doivent supporter

UNE HEURE TROP TARD. 3j

vos inexactitudes , vos mauvaises humeurs , vosinstans d'ineptie, vous ne les aurez certes pas pour rien, et il faut les acheter, comme on achète un mulet , ou toute autre bête de somme.

Il y a long-temps du reste que je voulais vous chapitrer à ce sujet , et j'en ai manqué une belle occasion , grâce au public qui nous entourait, quand l'autre jour, vous avez laissé tomber, d'un air gracieux et tout-à-fait content de vous , une des plus lourdes sottises qui jamais aient été formulées en aucune langue : Je chante assez mal , disiez-vous ; aussi, je ne chante que devant mes amis. Encore une fois , merci de votre amitié, ami Richard ; si vous avez la voix fausse , pourquoi la faire subir à vos amis? Comment! lous vos soins, toutes vos prévenances , toutes vos sollicitudes sont pour ceux que vous n'aimez pas? votre indifférence, votre oubli, ce que vous pouvez causer d'ennui , appartient de droit incontestable à ceux que vous aimez? Jurez-moi que vous me détestez, ami Richard , ou moi , je vous jure , par les manches du seul habit neuf que je possède en ce moment, de ne jamais ni 'exposer à souper

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chez vous : vous ne me donneriez que des os, sous prétexte que je suis votre plus ancien ami.

Comme les femmes , qui gardent leurs papillotes, leur bonnet de nuit et leurs pantoufles, tant qu'elles sont avec leur mari, et qui ne se font belles que pour les étrangers.

— As-tu du tabac? dit Richard.

Et quand il eut rempli sa pipe.

— Ce n'est pas ton tabac ordinaire.

— Non, répliqua Maurice, le meilleur tabac perdrait sa saveur, si on n'avait soin d'en fumer d'autre de temps en temps , pour ne pas se blaser le palais ni le cerveau ; Thomme ne peut prendre continuellement , ni la même nourriture , ni les mêmes plaisirs.

— Est-ce pour cela que tu veux te marier, dit Richard.

Maurice s'était enferré, il ne pouvait plus éviter de parler du sujet pour lequel il avait fait venir Richard , il s'exécuta d'assez bonne grâce.

Il y a deux manières de faire un aveu pénible.

La première est celle qu'emploient les petites filles vis-à-vis de leur confesseur — elle consiste à nommer lentement , un à un , les petits péchés , pour arriver le plus tard possible à la déclaration du gros péché, du péché mortel : ce n'est là qu'une impulsion naturelle.

L'autre manière suppose plus d'art et do réflexion , et cette façon d'agir ressemble à celle du nageur, qui, craignant d'être saisi par Peau froide , au lieu d'y descendre lentement , s'y jette la tête la première — elle consiste à déclarer la chose, sans détours, sans ménagemens, sans circonstances atténuantes, en l'exagérant même , de manière à étourdir et à suffoquer l'auditeur.

Maurice fit donc comme un poltron qui ferme les yeux, et se jette au-devant du feu , faute du courage nécessaire pour l'attendre. Il dit à Richard :

— J'épouse Hélène.

— Bast! répondit Richard.

— Du moins , dit Maurice , je veux l'épouser , car je ne lui en ai pas encore dit un mot.

— Faut-il donc , reprit Richard , que je te

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répète tout ce que t'a suggéré ton éloquence , pour me prouver qu'une femme vierge seule mérite l'amour d'un homme qui sent profondément?

As-tu découvert que tu te trompais en croyant sentir profondément, ou Hélène t'a- -elle persuadé qu'elle était vierge et immaculée?

— Rien de tout cela , ami Richard , par la raison que votre esprit est le seul dans lequel puissent entrer de tel!es balivei-nes. Mais si tu veux que je t'explique mes raisons, abstiens-toi, pour quelques instans , des lourdes facéties dont tu as toujours été fort prodigue.

Toi et tout ceux qui avez vu Hélène , vous ne connaissez que sa beauté physique ; mais ce beau corps est animé par l'àme la plus noble et la plus céleste ; son corps si gracieux, si souple, si voluptueusement modelé, seule cause de la plate admiration dont vous la fatiguez , elle en est honteuse el humiliée , car il a été flétri , il a été couché dans la fange.

Et sa belle aine souffre et gémit.

Eh bien ! moi , je réparerai ce qu'a lait le

UNE HEURE TROP TARD. l[i

sort, Hélène sera ma femme , elle sera réhabilitée aux yeuv du monde et à ses propres yeux ; elle s'enorguellira des devoirs honorables qu'elle aura à remplir.

Je la tirerai de cette vie ignoble où elle meurt , je lui donnerai une vie d'amour.

Hélène, devenue ma femme, sera honorée et respectée.

— Qui sait ? dit Richard.

— Malheur à celui qui me ferait soupçonner le contraire !

— Tu le tueras , n'est-ce pas? mais après il en viendra un autre , puis cent autres , et ton épée pourra tout au plus te faire craindre, sans faire honorer ta femme ; et d'ailleurs , que feras-tu aux femmes qui seront assez irrévérencieuses pour ne pas adorer ton idole ?

— Aussi ne pensais-je pas à vivre dans le tumulte ; je mènerai cette vie close dont je t'ai quelquefois parlé. Hélène et moi, ce sera pour nous le monde entier.

J'aurai fait pour Hélène plus que Dieu. Dieu l'a créé pour une vie de douleurs et d'humiliations, je lui donnerai une vie pleine de joies célesles et d'un légitime orgueil.

— Est-ce donc toi qui me disais : Il faut

que la femme que j'aimerai nCait donné toute sa vie , je serais jaloux des fleurs dont le parfum V enivre, etc.

— Oui , mais je t'ai dit en môme temps : mes idées à ce sujet sont de brillantes illusions.

— C'est vrai, mais c'étaient, disais-tu , des illusions nécessaires à ton bonheur.

— Je le croyais.

— Nieras-tu que je ne te prenne en inconséquence flagrante ?

— Et pourquoi nierais-je ce qui ne me semble pas un mal ? pourquoi s'obstiner à nourrir des idées que l'on reconnaît fausses? Si la couleur et la forme d'un fruit me l'ont fait juger bon, et qu'après l'avoir mangé , j'en aie ressenti des douleurs d'estomac, faut-il que je persiste à le dire bon , et à m'empoisonner en en mangeant d'autres ?

Si la nuit un cuisinier a cueilli de la ciguë , pensant cueillir du cerfeuil, doit-il, quand il reconnaît son erreur , pour être conséquent, employer la ciguë et empoisonner ses maîtres? Ce n'est pas ma faute , à moi , si les hommes , dans leur stupide vanité , ont érigé leurs infirmités en vertus , leurs ridicules en qualités,

s'ils ont appelé l'obstination conséquence , et s'ils ont donné comme loi d'être conséquent , c'est-à-dire obstiné.

Certes, les illusions dont je t'ai entretenu sont plus riches que la réalité, et je me serais bien gardé de rien faire qui m'exposât à les perdre , si je pouvais espérer les conserver toute ma vie , si elles ne devaient nécessairement se flétrir , — comme les roses s'effeuillent au vent , — si je voyais les acacias jaunis et dépouillés par l'hiver se couvrir encore de leurs grappes de fleurs blanches.

Il est évident qu'il viendra pour moi un temps , s'il n'est pas encore arrivé , où je ne chercherai dans la vie que ce qu'elle contient; où ayant perdu — comme les acacias leurs fleurs — ces idées célestes, dont la comparaison a jusqu'ici gâté tous mes bonheurs , je m'efforcerai de recueillir tout ce que notre vie terrestre peut nous donner de joies et de plaisirs; alors je n'exigerai pas de la femme qu'elle soit telle que mon imagination s'est avisé de la faire , je n'admettrai plus que des idées positives; — pourquoi ne pas faire aujourd'hui ce qu'il me faudra nécessairement faire plus tard?

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Et si je juge avec ces idées positives Hélène et notre situation relative, et (l'autre part , les désirs que m'a créés mon imagination , ni moi ni personne, nous n'aurons rien à objecter à ceci :

Le seul amour sur lequel on puisse compter , le seul dont on puisse s' enorgueillir , est l'amour cC une femme qui a eu des amans.

Ici Richard laissa échapper un cri inarticulé de surprise et d'incrédulité.

— En eilet, continua Maurice , le premier amour d'une femme lui est inspiré par une vague curiosité, par des besoins indéterminés, par un penchant involontaire qui la porte à obéir au voeu de la nature , à la reproduction de l'espèce.

Toi , ou moi , ou un aulre , elle nous habillera indifféremment des attraits que son impaliente imagination a prêtés à l'homme qu'elle doit aimer — l'amour d'une jeune fille, à son insu, est plus pour le sexe que pour l'individu — plus tard la femme sait discerner ses sensations, elle ne confond plus les désirs pour le sexe avec sa préférence pour l'individu; elle s'est acquittée envers la naturel, elle appartient à la société.

UNE HEURE TROP TARD. \o

La femme, telle qu'elle est, est une fiction.

La nature a créé la femelle, et !a reproduction par la jouissance ;

Lliornme a créé la femme et l'amour ;

Deux belles fictions — sans lesquelles, après avoir satisfait à la loi de la reproduction, il nous faudrait comme les fleurs , et presque aussi rapidement qu'elles, jaunir et mourir.

La jeune fille vous aime , peut-être parce que vous êtes un homme agréable , ou plutôt parce que vous êtes le premier homme qui lui parle d'amour , ou plutôt encore et plus simplement — parce que vous êtes un homme, et parce qu'elle est une femme.

La femme qui a eu des amans , et qui peut comparer — et qui n'a pas dans la rétine une image fantastique qui s'attache comme un masque sur le premier homme qu'elle regarde et le pare d'un charme qu'il n'a pas — cette femme vous aime , parce que vous êtes vous, parce qu'elle est elle.

L'amour de la première est l'attrait d'un sexe pour l'autre — si elle ne vous aimait pas, vous , elle aimerait nécessairement un autre ; cet amour est la satisfaction d'un besoin : la jeune fille vous aime, comme elle aime l'eau,

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tjtri la désaltère , fût-elle bourbeuse et désagréable au goût.

L'amour de la seconde est l'amour de l'individu — si elle ne vous rencontrait pas , il serait possible qu'elle n'aimât jamais personne; elle vous aime comme on aime la liqueur que l'on choisit au milieu de cent autres, et que l'on boit non parce qu'on a soif, mais parce qu'elle est douce et agréable au goût.

— Je t'avouerai, dit Richard, que je suis plus touché des raisons que tu me donnes aujourd'hui, que des raisons contradictoires que tu m'avais données précédemment, et que tu prétendais également irréfragables ; mais puisque tu t'étais alors trompé, qui t'assure que lu n'es pas aujourd'hui aveuglé par une nouvelle erreur?

— Celte observation, ami Richard , a plus de sens qu'il ne vous est accoutumé d'en mettre dans vos idées; ce que vous dites est possible et même probable, mais alors vous me verrez avouer, avec la même naïveté — que l'homme est un sot animal , qui se creuse bêlement la tête à se faire la vie , quand la nature a pris soin de la lui tracer — comme elle a fait les vers pour les oiseaux , les oi-

seaux pour l'homme et l'homme pour les vers.

Qu'il n'a autre chose à faire dans cette vie que de naître, ce qui se fait sans sa participalion — boire , manger , dormir , besoins qui sont plus forts que lui, et qu'il a reçus impérieusement — puis venir à graine comme les plantes , c'est-à-dire faire des enfans , sans savoir comment — et enfin mourir , ce pourquoi on ne le consulte guère — sans avoir rien compris à la naissance , à la vie , ni à la mort.

— Mais , dit Richard , tu as astucieusement éludé l'obstacle le plus difficile à combattre.

— Lequel ?

— Tu justifies la femme qui a eu des amans, mais Hélène n'a pas aimé Leyen , elle s'est vendue à lui , Hélène s'est prostituée.

— La justification n'en est que plus facile , dit Maurice ; la prostitution , quand elle a pour cause les besoins les plus impérieux de la vie , la faim , est justifiée d'elle-même, le blâme retombe sur l'état social, que je ne me charge pas de défendre.

Je serais plus sévère pour cette sorte de prostitution appelée mariage , à laquelle une

fille se livre, pour pouvoir satisfaire des caprices inutiles et coûteux.

Mais si la face prosaïque n'était là vis-à-vis de moi, et qu'elle ne retînt mon esprit, comme un plomb à la patle d\in oiseau, je chercherais comment on est venu à ne laisser aux femmes qu'une vertu inutile et impossible y— la chasteté ; comment on ne méprise pas l'homme qui vend son esprit , quand on méprise la femme qui vend son corps, puisqu'il est reçu en vérité fondamentale et axiome indiscutable, que le corps est infiniment au-dessous de l'esprit.

Mais Hélène , avec l'horreur de la prostitution , s'est prostituée pour nourrir sa mère ; qu'eussiez-vous dit, si Hélène fût restée chaste, et que sa mère fût morte de faim?

Ce qui à vos yeux fait la honte d'Hélène , devrait à ces mêmes yeux faire sa gloire , bien plus qu'aux miens , puisque selon vous Hélène a fait alors un sacrifice plus grand qu il ne me semble à moi.

On était devant la porte d'Hélène, Maurice quitla Richard.

— Depuis que je suis aimée de toi, dit Hélène , les paroles que j'entends , celles que je suis forcée de prononcer , me fatiguent et m'attristent ; tout ce que l'on usurpe de ma vie et de moi , un regard , une parole , un moment d'attention, on m'empêche de te le donner, et c'est le meilleur de mon bonheur que l'on me prend.

En le donnant toute ma vie , je ne crois pas te donner encore assez.

Si tu savais comme je suis heureuse , Maurice , si tu savais combien est belle cette vie , dont je passe les nuits à le voir et les jours à t'attendre !

Une seule chose empoisonne mon bonheur, c'est l'état d'avilissement où le sort m'a montrée à toi , c'est le malheur de n'avoir pu te donner , comme je te donne mon premier et mon seul amour, mes premières et mes seules caresses ; jamais ma honte ne m'avait autant humiliée que depuis que je t'aime : pour toi , je voudrais être si belle et si pure !

Cette idée que rappelait Hélène s'empara de l'esprit de Maurice ; il songea que cette femme nue pour lui avait été nue aussi dans les bras de Leyen ;

Que cette bouche qu'il venait de baiser avait frémi sous les lèvres d'un autre — il essuya sa bouche avec la main.

— Oh! Maurice, dit Hélène, qui depuis quelques instans cherchait à pénétrer ses sentimens secrets, et le regardait avec effroi , pardonne-moi une faute involontaire , plus que toi j'en suis malheureuse, plus que toi

tUNE HEURE TROP TARD. 5l

je sens tout ce qu'il y a en moi d'abject et de repoussant.

Mais , dit-elle , en s'enfoncant ses ongles dans sa poitrine , comme si elle eût voulu la déchirer et l'ouvrir , si tu pouvais voir dans mon cœur , comme l'amour l'a purifié ainsi qu'un feu divin, comme je me sens capable des plus nobles efforts pour me rendre digne de toi, digne de cet amour sans lequel il me serait impossible de vivre aujourd'hui. Si tu pouvais voir comme l'amour que je ressens pour toi le remplit tout entier , comme il est devenu ma substance et ma vie, lu m'aimerais bien, car ce sera un bonheur pour toi d'être adoré comme un Dieu, ce sera un bonheur de m'a voir donné une seconde existence, plus belle mille fois et plus précieuse que la première, une existence qui t'appartiendra tout entière, et que je te consacrerai avec bonheur.

Au fait , pensa Maurice , l'amour ne doitil pas tout purifier? Ce serait une petite et ridicule chose que l'amour , si ce que l'on aimait était le corps d'une femme ; ce qu'il y a de précieux en une femme , c'est l'amour qu'elle ressent; Hélène m'aime, et si quelqu'un doit être jaloux et désespéré, ce n'est pas moi

c'est Leyen , qui l'a eue en sa puissance, — achetée et livrée , sans pouvoir acquérir des tlroits sur mon àrae.

— Mon Hélène , dit-il , moi aussi , dans les instans où nous sommes séparés, je pense à toi, à notre avenir, à notre bonheur; ta liaison avec Leyen , à mes yeux n'est pas une faute, c'est un malheur qui pèse à la fois sur toi et sur moi; je t'aime , et je t'honore , mais ce n'est pas assez , il faut qu'aux yeux de tous il paraisse évidemment que tu mérites l'amour et l'estime d'un homme honnête et respecté. Tu as perdu ce que l'on est convenu d'appeler l'honneur d'une femme ; celui des hommes est moins fragile , le mien est intact, il suffira pour tous deux , je te le confie sans crainte et sans hésitation.

Tous ceux qui me respectent te respecteront, car tu seras la chair de ma chair et les os de mes os, nous n'aurons qu'une àme et .qu'une vie, et pour que personne n'en puisse douter, il ne suffit pas de ce lien sacré d'amour qui nous unit, de cette sainte affinité de nos âmes qui les confond ensemble et les perd l'une dans l'autre — aux yeux des hommes, et de la loi, et de l'église, tu seras ma femme et tu porteras mon nom.

UNE HEURE TROP TARD. i>3

Hélène se jeta aux genoux de Maurice, et baisant ses mains :

— Oh oui, Maurice, oui, tire-moi de cette vie flétrie , abrite-moi sous ton honneur et sous ton nom , j'en serai digne , Maurice , et Dieu est bon, car il t'a fait lire dans mon âme '; autrement tu n'aurais pas osé.

Mais, reprit-elle avec effroi, est-il donc vrai que toi, si pur, tu veuilles associer non-seulement ta vie secrète à la mienne , mais encore ta vie publique? est-il vrai que tu veuilles faire ta femme d'une malheureuse prostituée? Ne serait -ce qu'un sentiment passager que t'inspire la pitié de ma misérable existence. Penses-y, Maurice, et si ce n'est une résolution bien arrêtée dans ton coeur et dans ton esprit, hâte-toi de me désabuser, et ne souffre pas un instant de plus je m'accoutume à un semblable bonheur.

— Lève-toi , dit Maurice , je ne pense pas le faire un sacrifice, c'est mon bonheur que je cherche en même temps que le tien. Ne disais-tu pas il y a quelques instans que tu voudrais avoir beaucoup à me donner ; ne comprends-tu pas mon bonheur, en faisant ce que je fais pour toi? Tu seras ma femme.

— Oh ! Maurice ! dit Hélène, en sanglotant,

mon ange ! mon Dieu !

Et elle tomba dans ses bras, et elle couvrit sa poitrine de larmes.

— Nous vivrons loin du monde , Hélène , du Maurice, notre amour nous suffira , je serai tout pour toi, tu seras tout pour moi.

Nous serons à la campagne, nous aurons un petit logis, bien simple et bien chétif , près d'un bois.

Nous n'aurons ni meubles somptueux, ni riches tentures.

Mais la nature nous fera de moelleux tapis d'herbe et de mousse.

Nous aurons le ciel plus beau que le dais de velours et d'or sous lequel s'asseoient les pontifes — nous aurons les étoiles plus étinceiantes que les diamans — nous aurons les fleurs et les parfums auxquelles les riches, quels que soient leurs trésors , ne pourraient donner pour eux plus d'éclat ni de suavité.

Nous aurons les touchantes harmonies du vent , des feuilles frémissantes et de l'eau qui roule sur le sable.

Nous aurons les mélodies pures et naïves des oiseaux.

Et plus que tout cela encore.

Nous aurons l'amour et la douce paix.

— Maurice, dit Hélène, mon coeur est gonflée de bonheur , je ne puis exprimer ce que je ressens pour toi , c'est plus que de l'amour, c'est de la dévotion; je ne t'aime pas , je t'adore. ?

— Penserons-nous au théâtre, où des histrions sans àme parodient avec une incroyable audace des sentimens qu'ils ne sont pas dignes d'avoir éprouvés, et crient avec une voix fausse et des gestes faux, des vers ampoulés ou de la prose prétentieuse et guindée?

Regretterons-nous leurs arbres de toile , et leur soleil d'huile de colza, moins faux et moins ridicules encore que les bornes prescrites à l'écrivain dramatique , moins faux et moins ridicules que les grimaces et les cris des acteurs?

Quand le soir, adossés à un rideau de coudriers , nous verrons le soleil se coucher majestueux et calme , dans des nuages pourprés.

Et la lune se lever, et glisser obliquement ses premiers rayons à travers les arbres au feuillage noir.

Et tout se taire , et tout dormir et rentrer dans le néanl, le mouvement, la couleur et la forme.

Tous deux seuls au milieu du monde!

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