‹ Une histoire d'amour: George Sand et de Musset. Documents inédits [et] lettres de MussetChapitre 18 sur 60 · Revue de Paris, 15 noTcnibre 1896, p · texte numérisé non relu

Revue de Paris, 15 noTcnibre 1896, p

Dans la biographie de son frère, Paul de Musset assure qu'il vit pour la première fois George Sand en un banquet offert aux rédacteurs de la Revue, chez les Frères Provençaux. Cetle réunion n'a été précisée nulle part. La première pièce authentique qui témoigne de leurs relations est une poésie qu'Alfred de Musset adressa à George Sand, le 2i juin 1833, après une lecture d'Tndiana. Elle était accompagnée d'un billet laconique et respectueux* :

Madame,

Je prends la liberté de vous envoyer quelques vers que je viens d'écrire en relisant un chapitre d*Indiana,

1. Toutes les lettres de Musset qui vont suivre sont inédites. On sait que la sœur du poète, M™« Lardin do Musset, s'est refusée jusqu'ici à la publication de sa correspondance avec George Sand. Nous la remercions encore de l'exception

celui ou Noun reçoit Raymond dans la chambre de sa maîtresse. Leur peu de valeur m'avait fait hésiter à les mettre sous vos yeux, s'ils n'étaient pour moi une occasion de vous exprimer le sentiment d'admiration sincère et profonde qui les a inspirés.

Agréez, Madame, l'assurance de mon respect.

Alfred de Musset.

Sand, quand tu l'écrivais, où donc l'avais-tu vue,

Cette scène terrible où Noun, à demi nue

Sur le lit d'Indiana s'enivre avec Raymond?

Qui donc te la dictait, cette page brûlante

Où l'amour cherche en vain, d'une main palpitante,

Le fantôme adoré de son illusion?

En as-tu dans le cœur la triste expérience?

Ce qu'éprouve Raymond, te le rappelais- tu?

Et tous ces sentiments d'une vague souffrance,

Ces plaisirs sans bonheur, si pleins d'un vide immense,

As-tu rêvé cela, George, ou t'en souviens-tu?

N'est-ce pas le réel dans toute sa tristesse.

Que cette pauvre Noun, les yeux baignés de pleurs.

Versant à son ami le vin de sa maîtresse.

Croyant que le bonheur, c'est une nuit d'ivresse,

Et que la volupté, c'est le parfum des fleurs?

Et cet être divin, cette femme angélique.

Que dans l'air embaumé Raymond voit voltiger.

Cette frêle Indiana, dont la forme magique

Erre sur les miroirs comme un spectre léger,

George I N'est-ce pas la pâle fiancée

qu'elle a bien voulu faire en notre faveur, en nous laissant cueillir le plus intéressant de ces pages intimes.

On n'a conservé aucune des lettres de G. Sand à Musset antérieures à un billet de Venise (fin mars 1834).

Dont l'Ange du désir est Timmortel amant?

N'est-ce pas lldéal, cette amour insensée Qui sur tous les amours plane éternellement?

Ah! malheur à celui qui lui livre son âme!

Qui couvre de haisers sur le corps d'une femme Le fantôme d'une autre, et qui sur la beauté Veut boire l'Idéal dans la réalité !

Malheur à l'imprudent qui, lorsque Noun l'embrasse, Peut penser autre chose, en entrant dans son lit, Sinon que Noun est belle et que le temps qui passe A compté sur ses doigts les heures de la nuit!

Demain viendra le jour; demain, désabusée, Noun, la fidèle Noun, par sa douleur brisée.

Rejoindra sous les eaux l'ombre d'Ophélia ; Elle abandonnera celui qui la méprise.

Et le cœur orgueilleux qui ne l'a pas comprise Aimera l'autre en vain, — n'est-ce pas, Lélia?

24 juin 1833.

Les lettres qui suivent sont courtes. Le poète est allé voir Tauteur àUndiana, Ils ont parlé de leurs travaux. Elle écrit Lélia, lui un poème qui sera Rolla, Il lui en communique des fragments : « Soyez assez bonne, ajoute-t-il, pour faire en sorte que votre petit caprice de curiosité ne soit partagé par personne. »

Dans une de ses visites au quai Malaquais, Musset a été pris de crises d'estomac violentes. George Sand lui a écrit gentiment et il répond

de même : « Votre aimable lettre a fait bien plaisir, Madame, à une espèce d'idiot entortillé dans de la flanelle comme une épée de bourgmestre. Que vous ayez le plus tôt possible la fantaisie de perdre une soirée avec lui , c'est ce qu'il demande surtout. » Point d'amour encore; mais George Sand ne s'est-elle pas prise d'un peu de curiosité à cette ombre de marivaudage? — Â-t-elle fait les avances?Cette lettrede Musset le donnerait à supposer : elle témoigne du moins d'un degré déplus dans leur intimité.

Je suis obligé, Madame, de vous faire le plus triste aveu : je monte la garde mardi prochain; tout autre jour de la semaine ou ce soir même, si vous étiez libre, je serais à vos ordres et reconnaissant des moments que vous voulez bien me sacrifier.

Votre maladie n'a rien de plaisant, quoique vous ayez envie d'en rire. Il serait plus facile de vous couper une jambe que de vous guérir.

Malheureusement on n'a pas encore trouvé de cataplasme à poser sur le cœur. Ne regardez pas trop la lune, je vous en prie, et ne mourez pas avant que nous ayons exécuté le beau projet de voyage dont nous avons parlé. Voyez quel égoïste je suis ; vous dites que vous avez manqué d'aller dans l'autre monde; je ne «sais vraiment pas trop ce que je fais dans celui-ci *. Tout à vous de cœur.

Alfred de Musset.

1. Une note de G. Sand sur la correspondance autographe, attribuée ncore cette réflexion aux crises d'estomac de Musset (?)•

Nous sommes en juillet. George Sand a terminé Lélia, Une de ses -premières visites est pour son nouvel ami. « Un matin de juillet, m'a conté M"**^ Lardin de Musset, George Sand est venue voir mon frère à la maison. Je crois que nous étions absentes, ma mère et moi.

Paul jouait du violon. Elle aperçut sur le pupitre un exemplaire d'Indiana. Il était resté ouvert à un passage très raturé de la main d'Alfred. Paul a pensé qu'elle lui avait gardé rancune de ces corrections

La supposition de Paul de Musset [Lui et Elle) paraît bien gratuite. Jamais Alfred n'a fait allusion à de la jalousie littéraire chez George Sand.

Une sorte de modestie passive, faite d'indifférence autant que de bonté, lui épargna, il faut le reconnaître, les mesquineries coutumières des bas-bleus. Pour une fois je ne me

1. L'exemplaire en question d'Indiana a été conservé. On y trouve en efifet un chapitre où les épithétes sont abondamment sacrifiées. La Revue des Deux Mondes du !•' novembre 1878 a cité quelques-unes de ces corrections du poète. — Remarquons que Paul de Musset se trompe évidemment en parlant de deux lectures d'Indiana faites par son frère, à trois ans d'intervalle : la première, pour critiquer le livre, en juin ou octobre 1832, la seconde pour écrire les vers qu'on a lus plus haut. L'autographe d'Alfred de Musset est bien daté du 24 juin 1833.

sens pas d'accord avec Paul de Musset, Son livre sue la vérité. Il avait été le confident unique de son frère ; il le resta toute sa vie. Mais il donne trop d'importance à la part de la littérature dans les premières relations du poète avec George Sand.

A ce momenl-là, fin de juillet 1833, ils étaient tout à leur intimité naissante. Après Sainte-Beuve , que George Sand avait consulté à mesure qu'elle édifiait son roman, Musset, le premier, put lire Lélia terminée. Il en avait sans doute les épreuves. C'était vers le 18 juillet*. 11 lui écrit qu'il aura lu son livre tout entier le soir même, et, si elle a toujours envie de grimper sur les tours de Notre-Dame, il lui propose de l'y accompagner. Il n'est encore question entre eux que d' « amitié sincère ». Cette promenade assurément n'eut pas lieu.

Le lendemain, Musset avait lu Lélia^ et voici comme il exprimait son admiration à l'auteur,

— un auteur qui était une femme dont il se sentait amoureux :

...J'étais, dans ma petite cervelle, très inquiet de savoir ce que c'était. Cela ne pouvait pas être médiocre, mais...

— Enfin, ça pouvait être bien des choses avant d'être ce

1. Lélia, imprimée dans la deuxième quinzaine de juillet, est inscrite au Journal de la Librairie du 10 août 1833; la deuxième édition, au numéro du 17 août.

que cela est. — Avec votre caractère, vos idées, votre nature de talent, si vous eussiez échoué là, je vous aurais regardée comme valant le quart de ce que vous valez. Vous savez que malgré tout votre cher mépris pour vos livres, que vous regardez comme des espèces de contre-parties des mémoires de vos boulangers, etc., etc., vous savez, dis-je, que pour moi, un livre c'est un homme ou rien. — Je me soucie autant que de la fumée d'une pipe, de tous les arrangements, combinaisons, drames qu'à tête reposée et en travaillant pour votre plaisir vous pourriez imaginer et combiner. Il y a dans Lélia des vingtaines de pages qui vont droit au cœur, franchement, vigoureusement, tout aussi belles que celles de René et de Lara,

Vous voilà George Sand; autrement vous eussiez été Madame une telle faisant des livres.

Voilà un insolent compliment. Je ne saurais en faire d'autres. Le public les fera. Quant à la joie qu'il m'a procurée, en voici la raison.

Vous me connaissez assez pour être sûre à présent que jamais le mot ridicule : « Voulez-vous ou ne voulez-vous pas? » ne sortira de mes lèvres avec vous. Il y a la mer Baltique entre vous et moi sous ce rapport. Vous ne pouvez donner que l'amour moral, et je ne puis le rendre à personne (en admettant que vous ne commenciez pas tout bonnement par m'envoyer paître, si je m'avisais de vous le demander), mais je puis être, — si vous m'en jugez digne, — non pas môme votre ami, — c'est encore trop moral pour moi, — mais une espèce de camarade sans conséquence et sans droits, par conséquent sans jalousie et sans brouilles, — capable de fumer votre tabac, de chiffonner vos peignoirs* et

1. Note de G. Sand. — Il s'était habillé en pierrot et avait mystifié une personne qui n'était pas, comme on Ta raconté et imprimé, M. de La Rochefoucauld.

d'attraper des rhumes de cerveau en philosophant avec vous sous tous les marronniers de TEurope moderne. Si, à ce titre, quand vous n'avez rien à faire ou envie de faire une bêtise (comme je suis poli !) vous voulez bien de moi pour une heure ou une soirée, au lieu d'aller ce jour-là chez Madame une telle faisant des livres, j'aurai affaire à mon cher Monsieur George Sand qui est désormais pour moi un homme de génie. — Pardonnez-moi de vous le dire en face : je n'ai aucune raison pour mentir.

Déjà Musset est un habitué de la mansarde de Lélia. Il dessine à ravir, sinon toujours correctement du moins avec esprit, et de mordantes légendes accompagnent les charges qu'il fait des amis de George Sand. On s'amuse de ces caricatures, — qu'on se disputera bientôt, que les collectionneurs s'arracheront plus tard^

1. On a conservé plusieurs albums de dessins, portraits et caricatures d'Alfred de Musset. Tous sont encore inédits. M. de Lovenjoul a acquis, de la succession de Dcvéria, la s 6 de drolatique dos charges de Paul Foucher, le frère de ]\|m« Victor Hugo, dont Musset avait été le camarade au collège Louis-le- Grand (18 caricatures, de 1830 à 1832), et, des héritiers de George Sand, l'album de 1833. J'en ai la photographie sous les yeux. C'est un document précieux pour l'iconographie littéraire. La plupart de ces dessins sont charmants, excellents parfois, de stylo élégant et pur. (Il est sensible que Musset a été impressionné par Goya, dont il a copié une eau-forte.) Huit portraits de George Sand, assise, étendue, fumant, 'rêvant, écoutant surtout; les portraits de son amie Rosanne Bourgoin (celui-ci délicieux), de sa flUe So-

Il en envoie un échantillon à son amie, une ébauche de « ses beaux yeux noirs qu'il a outragés hier » en les croquant, — non sans ajouter, en anglais, « qu'il est triste aujourd'hui ».

Le lendemain 28 juillet, qui est un dimanche, un camarade l'a éveillé pour lui montrer une violente critique des Débats sur le Spectacle dans un fauteuil et les Contes d'Espagne et d'Italie MVIais le poète ne s'en soucie guère; il écrit à son amie qu'il « a essuyé son rasoir dessus ». Le voilà sérieusement amoureux; l'aveu de son tourment ne doit plus tarder. On va lire la lettre charmante et trop sincère pour

lange, de Ch. Rollinat, d'Adolphe Guéroult, de Ch. Didier, d'Alexandre Dumas, de Mérimée, de Sainte-Beuve, avec dc!* scènes de charades en costumes et dans la manière du siècle dernier. Nous y reviendrons. M™« Lardin de Musset possède l'album du voyage en Italie, plein de caricatures amusantes du poète et de son amie, et de leurs compagnons d'occasion, avec un autre album plein de souvenirs de la vallée de l'Eure et de portraits de sa famille. Plusieurs sont de vraies œuvres d'art.

M"« Jaubert, la « marraine » de Musset, avait conservé un précieux recueil de dessins de son «filleul ». Toute sa société y figurait. On sait qu'autour de 1840, M"' Jaubert eut le salon le plus remarquable de Paris. Elle on a publié d'intéressants Souvenirs (Hetzel, 1880). Cet album a été perdu.

Un dernier album, celui d'un cher ami du poète, Alfred Tattet, appartient à son gendre M. Tilliard.

i. Article signé ; J. S., Journal des Débats du. 28 juillet 1833.

être littéraire (sans doute du 29 juillet), où le poète se déclare timidement, loyalement, d'une passion qui remplira sa vie.

Mon cher George,

J'ai quelque chose de bêle et de ridicule à vous dire. Je vous l'écris sottement, au Heu de vous l'avoir dit au retour de cette promenade, j'en serai désolé ce soir. Vous allez me rire au nez, me prendre pour un faiseur de phrases dans tous mes rapports avec vous jusqu'ici. Vous me mettrez à la porte et vous croirez que je mens : je suis amoureux de vous, je le suis depuis le premier jour où j'ai été chez vous. J'ai cru que je m'en guérirais, en vous voyant tout simplement à titre d'ami. 11 y a beaucoup de choses dans votre caractère qui pouvaient m'en guérir. J'ai tâché de me le persuader tant que j'ai pu ; mais je paye trop cher les moments que je passe avec vous. J'aime mieux vous le dire, et j'ai bien fait, parce que je souffrirai bien moins pour m'en guérira présent, si vous me fermez votre porte.

Cette nuit j'avais résolu de vous faire dire que j'étais à la campagne ; mais je ne veux pas vous faire de mystères ni avoir l'air de me brouiller sans sujet.

Maintenant, George, vous allez dire : « Encore un qui va m'ennuyer », comme vous dites. Si je ne suis pas tout à fait le premier venu pour vous, dites-moi, comme vous me l'auriez dit hier en me parlant d'un autre, ce qu'il faut que je fasse ; mais, je vous en prie, si vous voulez me dire que vous doutez de ce que je vous écris, ne me répondez plutôt pas du tout. Je sais comme vous pensez de moi, et je n'espère rien en vous disant cela. Je ne puis qu'y perdre une amie et les seules heures agréables que j'aie passées depuis un mois. Mais je sais

que vous êtes bonne, que vous avez aimé, et je me confie à vous, non pas comme à une maîtresse, mais comme à un camarade franc et loyal. George, je suis un fou de me priver du plaisir de vous voir pendant le peu de temps que vous avez encore à passer à Paris, avant votre voyage à la campagne et votre départ pour l'Italie, où nous aurions passé de belles nuits, si j'avais de la force. Mais la vérité est que je souffre et que la force me manque.

Alfred de Musset.

L'aveu du poète n'a pas été repoussé. Est-il heureux? Son amie hésite encore. Avant de s'engager tout à fait, elle semble avoir voulu le confesser. Il est fâcheux qu'on n'ait aucune des réponses de George Sand, à cette date... La lettre suivante de Musset témoigne de son angoisse devant le bonheur entrevu.

...Je voudrais que vous me connaissiez mieux, que vous voyiez qu'il n'y a dans ma conduite envers vous ni rouerie ni orgueil affecté, et que vous ne me fassiez ni plus grand ni plus petit que je suis. Je me suis livré sans réflexion au plaisir de vous voir et de vous aimer. Je vous ai aimée non pas chez vous, près de vous, mais ici, dans cette chambre où me voilà seul à présent. C'est là que je vous ai dit ce que je n'ai dit à personne. — Vous souvenez-vous que vous m'avez dit un jour que quelqu'im vous avait demandé si j'étais Octave ou Cœlio^,

1. Personnages de la comédie d'Alfred de Musset, les Caprices de Marianne, publiée dans la Revue des Deux Mondes du lo mai 1833.

et que vous aviez répondu : «Tous les deux, je crois. » — Une folie a été de ne vous en montrer qu'un, George!... Plaignez-moi, ne me méprisez pas. Puisque je n'ai pu parler devant vous, je mourrai muet. Si mon nom est écrit dans un coin de votre cœur, quelque faible, quelque décolorée qu'en soit l'empreinte, ne l'effacez pas. Je puis embrasser une fille galeuse et ivre morte, mais je ne puis embrasser ma mère.

Aimez ceux qui savent aimer, je ne sais que souffrir. 11 y a des jours où je me tuerais. Mais je pleure ou j'éclate de rire ; non pas aujourd'hui par exemple.

Adieu, George. Je vous aime comme im enfant.

Cette fois, la sincérité du poète a été entendue. Son aveu est bien accueilli. Il est heureux. Le jeudi l^"" août, toutes les harpes de la joie chantent dans son cœur :

Te voilà revenu dans mes nuits étoilées, Bel ange aux yeux d'azur, aux paupières voilées. Amour, mon bien suprême et que j'avais perdu! J'ai cru pendant trois ans te vaincre et te maudire, Et toi, les yeux en pleurs, avec ton doux sourire. Au chevet de mon lit te voilà revenu.

Eh bien! deux mots de toi m'ont fait le roi du monde. Mets la main sur mon cœur, la blessure est profonde'; Élargis-la, bel ange, et qu'il en soit brisé ! Jaïnais amant aimé, mourant pour sa maîtresse, N'a, dans des yeux plus noirs, bu la céleste ivresse, Nul, sur un plus beau front ne.t'a jamais baisé.

George Sand n'ose encore se croire, se proclamer heureuse. Sa lettre du 3 août à Sainte-

Beuve est beaucoup plus calme que les précédentes. Sans lui avouer pourtant son nouveau bonheur, elle lui laisse entendre que le jeune soleil de Tespérance n'est pas loin.

Son confesseur lui a fait part des alternatives de son, bonheuràlui, de son mystérieux amour. Ils veulent s'épancher mutuellement en confidences; mais George Sand entend ne causer de jalousie à personne :

... Tout ceci peut se faire par lettres; je ne veux pas que, pour m'être utile et agréable, vous compromettiez ce qu'il y a de plus beau et de plus sacré dans votre existence. Qui, moi! prendre un égoïste plaisir qui peut briser un cœur dévoué! Non, non, je respecte trop l'amour, VAmour comme vous écrivez. Quoique j'en médise souvent, comme je fais de mes plus saintes convictions aux heures où le démon m'assiège, je sais bien qu'il n'y a que cela au monde de beau et de saoré... Si j'avais une grande peine, un subit besoin d'appui et de conseils, je vous appellerais*.

Lélia vient de paraître. Naturellement, le premier exemplaire en est offert à Musset. Il porte cette double dédicace : sur le tome V^ : A Monsieur mon yamin d'Alfred^ George ; sur le tome II : A Monsieur le vicomte Alfred de Musset, hommage respectueux de son dévoué serviteur, George Sand^.

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