II INTRODUCTION
contestables génies. Leur éclat s'embrumait depuis un quart de siècle ; mais pour les ressusciter à la gloire, « ce soleil des morts », veillait sur les deux ombres une histoire d'amour.
On la connaissait vaguement, cette histoire. Les deux amants avaient pris soin d'en entretenir le public dans leurs œuvres.
Encore que mystérieuse, elle constituait le plus clair de leur légende. Et en dehors même de Tart, on continuait de les aimer.
Car, bien plus que pour le dernier siècle, Fénigmatique et fameux roman de M^'^d'Houdetot et de Jean-Jacques (dont on ne saura rien de précis tant que la famille d'Arbouville refusera de publier les lettres de Rousseau), l'aventure d'amour de George Sand et de Musset sera le grand romande notre siècle.
La Confession et les Nuils, les contes passionnés de Lélia et le théâtre en liberté de Fantasio, ont troublé et séduit trois générations.
On disait du poète, du poète de la jeu-
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nesse, que Tamour d'une femme avait éveillé son génie, pour le faire mourir. On savait aussi que cette maîtresse « qui voulait être belle, et ne savait pas pardonner » avait auréolé la plus glorieuse carrière, d'une vieillesse entourée de vénération. On n'osait franchement plaindre l'un ni excuser l'autre.
Après la mort du poète, George Sand la première avait prétendu se justifier. Paul de Musset répondit pour son frère et d'autres témoins se mêlèrent de la querelle : accusation et défense parurent également suspectes. On attendait donc que le temps permît d'exhumer les papiers intimes. Après soixante-deux ans, le mystère s'est dévoilé.
Deux articles fort documentés ont paru cet été, qui jetaient des lueurs nouvelles sur ces misères de poètes : l'un de M. le vicomte de Spoëlberch de Lovenjoul, l'érudit bibliophile belge, tout sympathique à George Sand, l'autre de M. Maurice Clouard, un fervent de Musset, ce qui semblerait nous désigner ses préférences. Mais leurs conclusions