‹ Une histoire d'amour: George Sand et de Musset. Documents inédits [et] lettres de MussetChapitre 47 sur 60 · Ici le passage que nous ayons donné plus haut, p · texte numérisé non relu

Ici le passage que nous ayons donné plus haut, p

assez expié? Ne voilà-t-il pas, depuis des semaines, assez de terreurs, de frissons, de prières éperdues dans les églises... Un de ces soirs, à Saint-Sulpice, une voix lui a crié : Confesse et meurs! — « Hélas! j'ai confessé le lendemain et je n*ai pas pu mourir. » Car on ne meurt pas, on soufiFre, on s'assoupit dans d'affreux rêves... Que ne peut-elle aimer quelqu'un, que ne retrouve-t-elle « cette féroce vigueur de Venise », qui fut son crime, un crime qui la tue dans une trop longue agonie.

Vraiment, toi, cruel enfant, pourquoi m'as-tu aimée, après m'avoir haïe? Quel mystère s'accomplit en toi chaque semaine? Pourquoi ce crescendo de déplaisir, de dégoût, d'aversion, de fureur, de froide et méprisante raillerie? Et puis tout à coup, ces larmes, cette douleur, cet amour ineffable qui revient? Tourment de ma vie! Amour funeste! Je donnerais tout ce que j'ai reçu pour un seul joiu* de ton effusion! Mais jamais! jamais! C'est trop affreux! Je ne peux pas croire cela! Je vais y aller! J'y vais! — Non! — Crier, hiu'ler, mais il ne faut pas y aller. Sainte-Beuve ne veut pas.

Enfin, c'est le retour de votre amour à Venise, qui a fait mon désespoir et mon crime. Pouvais-je parler? Vous n'auriez plus voulu de mes soins, vous seriez mort de rage en les subissant. Et qu'auriez-vous fait sans moi, pauvre colombe mourante? Ah Dieu, je n'ai jamais pensé un instant à ce que vous aviez souffert, à cause de cette maladie et à cause de moi, sans que ma poitrine se brisât en sanglot. Je vous trompais, et j'étais là entre deux hommes, l'un qui me disait :

« Reviens à moi, je réparerai mes torts, je t'aimerai, je mourrai sans toi. » Et l'autre, qui disait tout bas, dans mon autre oreille : « Faites attention, vous êtes à moi, il n'y a plus à en revenir, mentez I Dieu le veut, Dieu vous absoudra. » Ahl pauvre femme! pauvre femme! c'est alors qu'il fallait mourir!

Suspendons un moment ce résumé banal et froid de la précieuse confession. Aussi bien présente- t-elle ici une lacune de plusieurs jours. Et revenons à Sainte-Beuve. — Il est allé voir George Sand. Il a consenti à prier Musset de ne point abandonner la malheureuse. Mais le poète est décidé à ne pas reprendre sa chaîne. Il écrit donc au complaisant intercesseur :

Je vous suis bien reconnaissant, mon ami, de l'intérêt que vous avez bien voulu prendre, dans ces tristes circonstances, à moi et à la personne dont vous me parlez aujourd'hui. Il ne m'est plus possible maintenant de conserver, sous quelque prétexte que ce soit, des relations avec elle, ni par écrit ni autrement. J'espère que ses amis ne croiront pas voir dans cette résolution aucime intention offensante pour elle, ni aucun dessein de l'accuser en quoi que ce soit. S'il y a quelqu'un à accuser là dedans, c'est moi, qui, par une faiblesse bien mal raisonnée, ai pu consentir à des visites fort dangereuses sans doute, comme vous mêle dites vous-même. Madame Sand sait parfaitement mes intentions présentes, et si c'est elle qui vous a prié de me dire de ne plus la voir, j'avoue que je ne comprends pas bien par

quel motif elle l'a fait, lorsque hier soir même, j'ai refusé positivement de la recevoir à la maison...

Il ajoute qu'il espère bien que ses bonnes relations avec Sainte-Beuve se maintiendront: « Vous feriez de moi un cruel si vous me laissiez croire que pour vous voir il faut que je sois brouillé avec ma maîtresse*. »

George Sand a compris que Musset était excédé. Elle va essayer de la résignation. Elle écrit à Sainte-Beuve le 28 novembre^ :

Tâchez, mon ami, de venir me voir aujourd'hui. Je vous espère et ne vous écris que pour être sûre. Je n'ai plus même l'espoir de terminer doucement cet amour si orageux et si cruel. Il faut qu'il se brise et mon cœur avec !

Il faut de la force, donnez-m'en; ne cherchez plus à me faire espérer, c'est pire. Ne vous ennuyez pas trop de mon désespoir ; j'en ai tant que je ne peux pas le porter.

Un passage de la cinquième de ses Lettres d'un voyageur, le récit des amours de Watelet et de Marguerite Leconte, fait allusion à cette crise de son âme^ Mais le journal in-

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