INTRODUCTION
L'extraordinaire curiosité qui tout à coup ramène l'attention sur le roman d'amour de George Sand et de Musset porte son enseignement. Les dernières écoles littéraires achèvent de fatiguer le public. La vie dans l'art reprend ses droits. Les poètes de l'idéal et de la passion, même les romantiques, même les prêcheurs d'utopies, sont soudain relus et aimés par la génération qui s'avance. Lamartine a reconquis sa royauté sur les âmes. George
(') En dépit de la controverse universelle qu a suscitée ce livre, lorsqu'il parut en décembre 1896, et des nombreuses publications qu'il a provoquées, Fauteur a cru devoir le reproduire aujourd'hui sans y rien changer, sur l'édition simplement revisée qu'il en donna deux mois après, — estimant que rien n'avait modifié les résultats de son enquête
Il INTRODUCTIOxN
Sand et Musset renaîtraienl-ils d'un semblable abandon? Voilà deux incontestables génies. Leur éclat s'embrumait depuis un quart de siècle; mais pour les ressusciter à la gloire, « ce soleil des morts », veillait sur les deux ombres une histoire d'amour.
On la connaissait vaguement, cette histoire. Les deux amants avaient pris soin d'en entretenir le public dans leurs œuvres. Encore que mystérieuse, elle constituait le plus clair de leur légende. Et en dehors même de l'art, on continuait de les aimer. Car, bien plus que, pour le dernier siècle, l'énigmatique et fameux roman de M"^^ d'Houdetot et de Jean-Jacques, dont on ne saura rien de précis tant que la famille d'Arbouville refusera de publier les lettres de Rousseau), l'aventure d'amour de George Sand et de Musset sera le grand roman de notre siècle. La Confession et les Nuits,
psychologique et de sa documentation. Il y a joint, néanmoins, pour cette édition définitive, Fintéressante plaidoirie prononcée par Beurdeley, lors du procès retentissant en droits d'auteur auquel a donné lieu son œuvre, et un long appendice explicatif où il en reprend chacune des parties à l'aide de documents inédits, et réplique aux objections de ses contradicteurs.
(Note de l'éditeur. )
INTRODUCTION m
les contes passionnés de Léliaet le théâtre en liberté de Fantasio, ont troublé et séduit troi^ générations.
On disait du poète, du poète de la jeunesse, que l'amour d'une femme avait éveillé son génie, pour Ten faire mourir* On savait aussi que cette maîtresse « qui voulait être belle, et ne savait pas pardonner », avait auréolé la plus glorieuse carrière, d'une vieillesse entourée de vénération. On n'osait franchement plaindre l'un ni excuser Tautre.
Après la mort du poète, George Sand la première ayant prétendu se justifier, Paul de Musset répondit pour son frère, puis d'autres témoins se mêlèrent de la querelle : accusation et défense parurent également suspectes. On attendait donc que le temps permît d'exhumer les papiers intimes.
Après soixante-deux ans, le mystère s'est dévoilé.
Deux articles fort documentés ont paru, cet été, qui jetaient de^ lueurs nouvelles sur ces misères de poètes: l'un de M. le vicomte de Spoëlberch de Lovenjoul, l'érudit bibliophile