Charles Magnin, érudit et polygraphe
2. Le plus fort actionnaire de la Revue, à cette époque. (Note de M. de Lovenjoul.)
3. H. Thabaut de Latouche (1786-1851)/ compatriote de George Sand et son parrain dans les lettres, eut un moment de célébrité, comme poète, romancier, dramaturge et journaliste. 11 édita les œuvres d'André Ghénier en 1819.
tion du Goût, dans son obstination réactionnaire contre les excès du Romantisme. Mais son rôle échoua par la confusion même que ses attaques laissaient dans Topinion, de la personnalité et de l'œuvre de ses victimes. Vingt ans après, George Sand a longuement parlé de lui : « Il me fut très utile, dit-elle, non seulement parce qu'il me força par ses moqueries franches à étudier un peu ma langue que j'écrivais avec beaucoup trop de négligence, mais encore parce que sa conversation, peu variée mais très substantielle et d'une clarté remarquable, m'instruisit d'une quantité de choses que j'avais à apprendre pour entrer dans mon petit progrès relatif.
« Après quelques mois de relations très douces et très intéressantes pour moi, j'ai cessé de le voir pour des raisons personnelles, qui ne doivent rien faire préjuger contre son caractère privé, dont je n'ai jamais eu qu'à me louer en ce qui me concerne ^ »
Elle ajoute que son intimité avait pour elle de graves inconvénients, qu'elle l'entourait d'inimitiés violentes, la faisant passer pour solidaire de ses aversions et condamnations. Déjà
1. Histoire de ma vie, 5^ partie, ch. vi. Paris, Calmann Lévy.
H. de Latouche s'était brouillé avec elle à cause de lui.
Cette brouille s'était traduite par un article fameuXj les Haines littéraires, qui signala rentrée de Gustave Planche à la Revue des Deux Mondes\
On a dit que l'ombre de George Sand, Hélène de la Troie romantique, avait passé entre lui et Latouche... C'est probable, malgré que celui-ci fût d'âge à se montrer plus respectueux que son rival. Mais rien n'autorise à penser que le conteur de Fragoletta ait jamais osé hasarder une déclaration.
Toujours est-il que la fréquentation de Lélia donna longtemps au « critique maudit » de tendres espérances. Elle affichait leur amitié avec ostentation. Elle emmena Planche à Nohant. Les contemporains en jasèrent. Dix ans plus tard, Balzac les représentait sous de transparents pseudonymes, dans son roman de Béatrix, On y voit Claude Vignoîi quitter le château de son amie Félicité Des Toicches avec un profond désenchantement ^ Planche luimême avait laissé percer cette amertume dès
2. Cf. le Cantique maudit : Gustave Planche, par Adolphe Racot, dans le Livre du 10 août 1885.
le lendemain de sa déception. Cette passion fatale avait empoisonné son âme. Il s'abandonnait, dans ses jugements littéraires, à de cruels retours sur la vie. Sa critique devenait plus que jamais acerbe.
Les lettres de George Sand à Sainte-Beuve, les dernières publiées, ne laissent plus de doute sur la mauvaise fortune de Planche. En juillet 1833, dans la crise de solitude qui la prépare à son nouvel amour, elle écrit : ce Je sais qu'il vaut moins que vous qui l'excusez et mieux que la plupart de ceux qui le condamnent. On le regarde comme mon amant, on se trompe. Il ne Test pas, ne Ta pas été et ne le sera pas ^ » Mieux encore, à peine est-elle éprise" de Musset que son ami Planche l'ennuie : « Planche a passé pour être mon amant, peu m'importe. // ne Fest pas. Il m'importe beaucoup maintenant qu'on sache qu'il ne l'est pas, de même qu'il m'est parfaitement indifférent qu'on croie qu'il l'a été... J'ai donc pris le parti très pénible pour moi, mais inévitable, d'éloigner Planche. Nous nous sommes expliqués franchement et affectueusement à cet égard, et nous nous sommes quittés en nous