Revue de Paris dn 1" août
Musset avait trouvé la solitude. Et sans oser encore se convaincre de Tabandon de son amie, il pleurait ce qu'on lui démontrait avoir été sa faute impardonnable :
Il faudra bien faire, à celte solitude, Pauvre cœur insensé, tout prêt à se rouvrir, Qui sais si mal aimer et sais si bien souffrir. Il faudra bien t'y faire, et sois sûr que Tétude,
La veille et le travail, ne pourront te guérir. Tu vas, pendant longtemps, faire un métier bien rude. Toi, pauvre enfant gâté, qui n'as pas l'habitude D'atlendre vainement et sans rien voir venir.
Et pourtant, ô mon cœur, quand tu l'auras perdue, Si tu vas quelque part attendre sa venue. Sur la plage déserte en vain tu l'attendras.
Car c'est toi qu'elle fuit de contrée en contrée. Cherchant sur celte terre une tombe ignorée Dans quelque triste lieu qu'on ne te dira pas^..
Voici qu'approchait Theure de son retour en France. Après les orages... probables qui l'assombrirent pour toujours, le pauvre enfant faisait un cruel retour au passé et sa faiblesse s'exhalait dans cette plainte douloureuse^ :
Toi qui me l'as appris, tu ne t'en souviens plus. De tout ce que mon cœur renfermait de tendresse. Quand dans la nuit profonde, ô ma belle maîtresse. Je venais en pleurant tomber dans tes bras nus!
1,2. Vers publiés par la Revue de Paris du 1" nov. 1896.
La mémoire en est morte, un jour te l'a ravie, Et cet amour si doux qui faisait sur la vie Glisser dans un baiser nos deux cœurs confondus, Toi qui me Tas appris, tu ne t'en souviens plus !
On ne sait presque rien des derniers jours de Musset à Venise. Le 22 mars, George Sand devait partir avec lui, — sa lettre à Alfred Tattet en fait foi; — le 28 il part seul. (( Les troisième, quatrième et cinquième chapitres de la Confession d! un enfant du siècle donnent une idée de ce qui a dû se passer durant ces quelques jours, écrit M. Maurice Clouard. Musset, apparemment, crut faire acte de grandeur d'âme et de générosité en partant seul, laissant George Sand en compagnie de Pagello ^ » J'estime, au contraire, que cette dernière semaine fut lamentable pour Musset. La jalousie torturait le malheureux, depuis sa vision de rhôtel Danieli. Il n'avait pu prendre son parti de Taccord qu'avait ratifié sa faiblesse, autant qu'y avait consenti sa générosité. A en croire George Sand elle aima d'abord Pagello comme un père. A eux deux, ils avaient « adopté » Musset. Et lui-même, l'inconstant poète, aux premiers jours de lassitude de son