Correspondance, I, p
2. Lettre du 18 août. — Cf. M. Giouard, article cité, p. 730.
tu arrives à te persuader que tu ne peux guérir de cet amour pour moi, qui te fait tant de mal, et que tu as pourtant si solennellement abjuré à Venise, avant et même encore après ta maladie. Adieu donc le beau poème de notre amitié sainte et de ce lien idéal qui s'était formé entre nous trois, lorsque tu lui arrachas à Venise Taveu de son amour pour moi et qu'il jura de me rendre heureuse. » Et elle ajoute que lui-même, il a uni leurs mains malgré eiix^...
Cette lettre a désolé Musset, qui la lui renvoie comme elle l'exige. Il n'a jamais vu aussi clairement, lui dit-il, combien il est peu de chose dans sa vie. Mais, il la sait, au fond, plus malheureuse encore qu'indifférente :
... Il faut, ma pauvre amie, que ton cœur soit bien malade, et ne crois pas que je sois moi-même de force à t'adresser un reproche. Il faut que tu souffres beaucoup pour que tu n'aies même plus une larme pour moi, et pour qu'en face de Dieu tu manques à la parole qui, depuis trente ans, disais-tu, n'a pas encore été faussée. Elle le sera donc une fois, et j'aurai perdu le seul jour de bonheur qui me restait encore. Qu'il en soit ce qu'il plaît à Dieu ou à l'Esprit de Mort. Car, à vingt-deux ans, sans avoir jamais fait de mal à personne, en être où je suis, et recevoir ainsi constamment, jour par jour, un nouveau coup de pierre sur la tète, c'est trop.