‹ Une idée de jeune fille, vaudeville en 1 acteChapitre 6 sur 23 · EMILIE, ANTOINE · texte numérisé non relu

EMILIE, ANTOINE

Antoine, regardant sortir Mariette, avec amour, à part. Hum ! ça vous a-t-il une touche, une femme comme ça!

Emilie, riant , à part. Il n'ose m'adresser la parole ;/iuuf .) Vous n’avez pas été malade, monsieur Antoine?

ANTOINE, préparant son outrage. Oh !

un peu enrhumé, voilà tout. Vous cics trop bonne.

Emilie, A part. Je crois bien, passer toutes

* Emilie, Mar «lie. Antoine.

les nuits sous nvs fenêlres. {Haut.) Pourquoi n’éles- vous donc pas entré par U porte ?

Antoine. Je vas vous dire, mademoiselle Milie, nous sommes ici au rez-de-chaussée, une enjambée, cl voilà. Mais par la porte, faut passer par des appartements frottés, et depuis que je m’y ai étalé, je m’en méfie.

Air : Vaitdiriiir de l'Jnoitymr,

Quand en bim, je voi* un’ bell’ glissai*,

Faut m* voir donner te coup d' patin d' rigueur ;

Si j’ tombe alora, j'en suit pa* plut malade.

Je ma relèva et r’conomence de bon e«ur.

Mail eur t’ perquel, e'it faut que j' me ramo««e J* sais tout honteux, j'ai l’air d'un e’rin vrain» »!. J'aini' mieux u' caater I' oex ou l' Iront sur I* {loti Ya plus d’ plaisir, et c’est bien moins vexant.

(À pari.) Ah! AUiieue ! {Il toupirr.)

Emilie, se levant. Voire ouvrage avancet - Il ?

ANTOINE, s’asseyant et se mettant à l ouvrage. Comme’ ça, parce que, voyez-vous, sans reproche, oh ! Dieu de Dieu, au contraire, mais vous venez souvent me faire bavarder, et ça mange du temps. J’en ai encore pour qu’que» jours. [U soupire.) El dans qu'que» jours, il m« faudra ... [H arrange un pliant quil est en train de recoud ir, il prépare ses outils et travaille.)

EMILIE, riant. Il me semble que vous n’allez p.»s bien vite.

ANTOINE. C’est que... mais ne dites pas ça à voire père, licin?

Emilie. Il est si méchant?

Antoine. Lui! bon comme dî la pâte ferme... Mais je suis haut comme le temps, et quand on me bougonne ça me vexe.

Emilie, riant, à part. Il n’ose dire le vrai motif. Allons, soyons lionne. {S’approchant de lui.) Eli bien,’ je vais vous tenir compagnie.

ANTOINE. Ça y est, je veux bien, et puisque vous n’ètcs pas fière, que vous voulez bien parle? à votre tapissier. .

ÉMILIE, s'asseyant près de lui et continuant a broder. Fière? Mon pire n'étail-i!

pas dans le commerce ! ne tenais-je pas les livres dans le bureau?

Antoine. Vous deviez uu peu trôner dans votre comptoir.

ÉMILIE, arec fierté. Monsieur Antoine!

ANTOINE, baissant la tête et se mettant à clouer, a part. Bon! elle a le regard de mademoiselle .Mariette, qui a toujours l’air de dire : « Saint-Jean, fichez-moi monsieur à la porte ! »

ÉMILIE, « part. Comme un »i k ul coup d'œil de moi.. . (Haut.) Je vous dirai que je suis un peu inquiète aujourd’hui.

Antoine. De quoi donc, madeiuoisclU- Miiie?

émilie. Oh ! d'une affaire qui n’aura pas de suites, je l’espère. J’étais hier au spectacle avec mon père.

ANTOINE. Tiens, j’y étais aussi ( A part. ) J'étais si content d'avoir placé la mère à mou pauvre Dodorc.

Arrangeant ce vieujc fauteuil.

Vilain «u premier coup d’œil.

Mai* quand on le r’garde micui, lt parait encor plu* vieus.

Quel plaisir, à et tnnlin Si je rabais, ihait, aboie, lea rein»!

Quel plaiair, à ce malin,

Si je caïui», abaia, Ici reins!

LC DOMESTIQUE*, entrant par le fond, à part. Tâche de voir en cacheltc monsieur Dupiiot, me dit monsieur de Bracy, mon !Ui<i re, et dis lui que je vais monter à son cabinet de travail par l'escalier de service. Evite de prononcer mon nom.

Antoine, chantant toujours en travaillant.

Ça m' mettrait du baura' dan* I' sang.

De P nettoyer proprement.

le domestique, ù part. Justement, cet ouvrier ta me dire... (Haut.) Monsieur I

ANTOINE. Qu’est-ce que c’est ?

LE DOMESTIQUE, mystérieusement. Pourriez-! ous dire à monsieur Duphol, en cacheltc, que.. . la persouue en question se rend il ses ordres?

ANTOINE, w reculant et rexaminant, à part. Cet air de mélodrame ! est-ce que ça serait l’homme d’hier au soir ?... (Haut.) Où qu’il est ce quelqu'un ?

le domestique. M«»n maitre va monter par (escalier de service.

ANTOINE, à lui-mime. Ah ! ça a des do* mesliques, ces gens- là ?

le domestique. Il désire que... la jeune personne ne sache pas...

ANTOINE, d part. C’est bien ça. (Haut.) Le connais-tu, monsieur Duphol ?

le domestique, Pardiç. Hier encore , je-

ANTOINE. Alors, ta sais que c’est moi.

LE DOMESTIQUE, étonné. Vous! Je père de...

amoine. Tout de même. C’est donc un fier-à-bras, un tord-trois- chênes, ton maître ?

le domestique. Monsieur !...

ANTOINE, ivb bien, dis-lnique je sais tout, que je suis posté là, pour l’attendre, et que, puisqu'il a jugé convenable de ne m’envoyer que s.»n domestique, je vas donner au susdit la danse que j'avais mise de côté pour lui...

LE domestique, reculant. Mais !...

ANTOINE, le menaçant. Assez ! ... ou je mets en salade les haricots verts qui le soutiennent le torse.

le domestique. Jamais mon maître ne voudra croire...

êmk.ik. Nous allâmes donc à la Porte Saint-Martin.

ANTOINE. Tiens, et moi aussi.

émilie, ù part. Pauvre garçon ! il me suit partout. (Uriuf.) Dans notre loge, se trouvait un bominc assez bien mis. quoique de mauvaises façons. Voyant une jeune personne accompagnée seulement d’un vieillard , il s’est cru autorisé à l’insulter; mon père est emporté, il y a eu échange de cartes.

ANTOINE. Mais à quel moment ?

émilie. Dans l’entr’actc du troisième au quatrième acte.

ANTOINE. Là ! j’étais allé boire un verre de coco! Si j’avais été là, quel bain sansean sur lu pavé !

émiiir. Mais mon père vient de me promettre...

ANTOINE, se levant et bousculant le pliant qu’il arrangeait. Vous insulter !

ÊMIL1K. Calmez-vons.

ANTOINE. Ah! c’est que... (Criant.) Là, où sont mes tenailles? (Puisant à gauche.) Ah! les v’Ià!. .. (/( les trouve sur un fauteuil.)

ÊMiLiE * , r-'ant. Comment avez -vous trouvé la pièce ?

ANTOINE. Bêle, ah! bêle! pas d’atout.

C’est vrai, un ouvrier amoureux d’une grande dame, et qui ose le lui dire avec des mots dont jamais ouvrier ne s’est servi : • L’ainour qui me corrode. La jalousie m’a pris au coeur a»ec ses ongles de fer. » Un ta» de bêtises, quoi ! Quand un ouvrier aime, il ne va pas chercher tout ça ; il dit : * Tenez, je ne dors plus, je passe les nuits sous vos croisées. Je vous aime, parce que vous êtes bonne!... parce que vous êtes belle ! parce que vous êtes ficelée comme... »

Emilie, se levant. Monsieur Antoine!

ANTOINE. Et puis, menacer de se tuer, si elle ne l’épouse pas. C'est bête comme une oie. Ou peut aimer des personnes au-dessus de soi, mais on ne le dit pas, parce qu’ii y a du gros bon sens chez nous autres. Si on ne réntsit pas à renfoncer son amour, on tombe malade ; on vous mène à l'hôpital, quelquefois on y reste, et, ni vu ni connu, votre sac est fait! (Il remonte vers la droite.)

ÊMILIE, à part, m passant à gauche.

Pauvre garçon !...

ANTOINE **. Mai» on n’a pas pu se moquer de vous, parce que personne n’a soupçonné votre ridicule amour !

ÉMILIE, de plusen plu* embarrassée. Je.. .

je crois que Mariette vient me chercher,

ANTOINE, à part. Mariette!... rien que d’entendre ce nom-là, ça me. .. (Haut.) Tenez, par exemple, moi, j'aime, et si vous saviez...

émilie, ticemrnf. Je ne veux rien savoir.

(Elle va se rasseoir sur (a causeuse )

ANTOINE. Les nuits que je passe, moi, rondeur comme un poisson, je ne me couche pas, je... Tiens, où sont donc mes petits clous ? (Il se remet à l'ouvrage.)

• Anteiti», Emilie.

•• Émilie, Antoine.

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