SCÈNE XIV
PROCOPE , puis LÉONIE.
PROCOPE, seul. Je suis abasourdi, anéanti, je suis asphyxié ! Etudiez donc la physiologie des passions!
LÉONIE, entrant par la porte de gauche. Eh bien, mon frère? Edouard? où en sommes-nous?
PROCOPE. Ah ! quanta moi, je ne sais plus où j'en suis!
LÉONIE. Comment?
PROCOPE. C'est une affaire arrangée : il épouse madame de Mirmont.
LÉONIE. Madame de Mirmont !
PROCOPE. Comme le dit ta lettre, pour ' remplir ta dernière volonté.
LÉONIE. Mais ce n'est pas ma volonté du tout... Ma lettre ne dit pas un mot de cela.. . au contraire, je lui ordonne de m'aimer toujours !
PROCOPE. Il prétend que tu lui ordonnes d'être père de famille !
LÈomE, jjIus vivement. Ah! mon Dieu!
mes yeux s'ouvrent ! Ce retour précipité de madame de Mirmont... leur arrivée en même temps au château... cet accord qu'ils n'ont plus honte de montrer... tout était arrangé entre eux.
PROCOPE. Que dis-tu ?
LÉONIE. Et ma lettre n'est qu'un prétexte pour couvrir leur infidélité î
PROCOPE. Mais cette douleur d'Edouard à Paris, en apprenant ta mort... ces accès de transport... ces moments de délire où il croyait te voir comme une ombre?...
LÉONIE. Le premier jour, je ne dis pas... mais madame de Mirmont était auprès de lui... elle lui souriait, le consolait par de douces paroles ! Elle n'était pas morte, elle !
PROCOPE. Elle n'avait garde!
LÉONIE. Elle connaissait Edouard bien avant moi... Peut-être en secret était-elle jalouse de m'en voir aimée !
PROCOPE , comiquement. Ma sœur !
LÉONIE. Peut-être le dépit seul faisait qu'elle te voyait avec plaisir.
PROCOPE , plus comiquement. Ma sœur !
LÉONIE. Mon Edouard est si bien, si jeune!...
PROCOPE, plus fortement. Ma sœur!
LÉONIE. Ah ! mon frère, pourquoi t'ai-je écoulé? Tu es né pour mon malheur ! tu es la cause de tout ce qui arrive !
PROCOPE. Merci! Dévouez-vous... voilà comme on vous traite !
Air : De sommeiller encor, ma chère.
Mes gens me servent sans adresse, L'amitié me livre l'assaut , Je suis trahi par ma maîtresse, Ma sœur m'accuse aussi tout haut.
En vain pour éviter la bombe, Je dissimule mon effroi ; J'ai l'air d'un ministre qui tombe...
Tout le monde tombe sur moi !
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