EDOUARD, PROCOPE
EDOUARD. Mon cher ami !
PROCOPE. Tu me cherchais ?
EDOUARD. Au moment où madame de Mirmont va être à moi pour toujours, j'éprouve le besoin de te serrer la main.
Il lui prend la main.
PROCOPE, retirant sa main. Il ne fallait pas te déranger pour cela!
EDOUARD. Mon âme tout impressionnée
par l'amitié qui nous lie resftent vivenu^nt la peino que lu dois avoir à te séparer d(î celte femme ( harm.uUe !
l'UOCOi'K. M'en séparer... (À p«r/.)Cest ce que nous verrons !
ÉDOLAIU). Car tu l'as aimée, n'est-ce pas?
PROCOPE. (lommcnt.si je l'ai aimée?. .. mais je l'aime encore!... Et loi, Kdounnl, comment peux-tu oul)li(T si vile la périr que tu viens de faire?... Ma sœur, l'innocence, la candeur même... et siiôi enlevée à ton amour!... (iomme frère, j'en suis choqué; conmjtî ami, j'en suis honteux !
ÉDOUAIU). O hou Procope!
PROcoi'K, à. part. Il est touché!... allons, ferme! (//«»//.) Quand tu ne devrais être occupé (pie de la |)leurer, et de prier le ciel de le réunir à elle le plus KM possible. .. tu ne songes (pi'à la remplacer, (pi'à en é[)Ouser une autre... Ah ! fil (i!... moi je trouve ça inconvenant.
ÉnouAKi). Mais je n'avais que cette manière de me consoler !
PROCOPE. Mais la ni;inH re de le consoler me désole, moi !
ÉDOUARO. Je le sais bien! (.1 part.) Forçons-la à paraître ! ( Haut et élevant la voix assez pour être entendu de la chambre d côté. ) Mais tout ce que j'en fais n'est que pour ohéir à ta sœur... Aussi, vois-tu, j'aimerais mieux mourir que d'y mancpier...
Pauvre petite femme ! je l'aimais tant ! C'est bien le moins que je me console avec celle qu'elle me désigne. [Elevant encore plus la voix. ) O Dieu! oui, fenmie adorée, oui, je vivrai pour le plaire... je vivrai pour me consoler avec madame de Mirmont.
PROCOPE. El moi, je te dis que non.
EDOUARD. El moi, je le dis cpie si !
PROCOPE, avec chaleur. Ce ne sont pas les int' niions de ma sœur. .. madame de Mirmonl ell(»-méme ne le voudra jamais 1
EDOUARD. Que lu connais mal le cœur de celte veuve impressionnable !
PROCOPE. Oui, oui, impressionnable, en voyage surlour. .. c'est heureux !
EDOUARD. Elle m'épousera, mon cher Procope ! (Ile m'épousera... elle fera plus, elle m'aimeia... et tandis- que Léonie contemplera noire bonheur de KVliaut... tu y ap|)Iau(liras ici-bas !
PROCOPE. Eh bien, non î je n'y applaudirai pas... et j)our empècluT celle union intolérable, je me battrai s'il le faut.
EDOUARD. Te ballre!
PROCOPE. Ah ! lu ne me connais pas... Je suis capable de le tuer, qjioiipie médecin !
EDOUARD. Quoique? Dis donc parce que...
Mais c'est égal, nous nous baltrons... après mou mariage I
PROCOPE. Avant!
timUARD. Après!
PROCOPE. Du tout ; a> tDOL'ARf). .Non, non, àj'i- -.; ji<^ m l>^tede me ballre avant!
PROCOPE. Pa.H si Mjt de me ballre après I
t'>WI T>T11"l"l*-'*"1"Tl'^->'>->T>-|-|->TlrT>-|y>^ll1m»>l tn.».»i.»nn
SCr.NE XVH.
PROCOPE, ÉDOI'ARD, »I- ut uiu- MONT.
M"" DE .MIRMONT. Ou•a^f•7-Vou^ donc, messieurs ?
f:D<»fARD. (.'csl Prucojje qui me propose un duel !
M*^ DE MIRMONT. L'n duel !
PROCoiE. Oui, madame... plutôt que d»
vous perdre !
M"" DE MIRMONT. Plutôt que de m»* |Krdre? mais vous ne pouvez p<Tdre (|ue ce qui vous appartient! et je crois \ou.s avoir déclaré (pieile était ma résolution.
EDOUARD. Tu l'entends ?
M"" DE MiRMnNT Et s'il est Vrai qoc voos m'aimez. . .
PROCOPE, acec colère. Mais je vous adore, madame !
M"'" DE MIRMONT. Mon Dieu ! je ne vous en veux pas \Mn\T cela.
EDOUARD. .Ni moi non plus.
M"»» DE MIRMO.NT. Mais il faut être raisonnable !
ÉIX)UARD. Sans doute ! allons, sois raisonnable !
PROCOPE. Raisonnable ! raisonnable !...
quand on m'attaque à l'endroit le plus si'nsible... quand on me prend mon bien?...
M"" DE MIRMO.NT, Qtec malice. C'était on bien mal acquis.
PROCOPE, vivement. .Mal acquis!... par l'amour le plus tendre, la foi\fiance la plus éprouvée, les soins l(»s plus délicals, la fidélilé la plus ferme... Madame, au teui{>s où nous vivons, est- il un* cœur plus dignement acheté que le vôtre?... Non, non. je Ta pavé... bien jwyé... et si vous le donnez à un autre, c'est un vol que vous me faitt's! Oui, madame, je suis volé connue dans un boLs !
M"" DE MIRMOM. Je ra\ais préui, mon cher Kdouard, la vue de notre bonheur ne ferait (pi'irriler la douleur d. nfoiluné
docteur ; uu's ordres sont .. vous
connaissez mes stMiliments pour vous? ( À part. ) Klle ne paraît pas !
PROCOPE. hlle lui du qu'elle l'aime en ma présence.
tDOiAhiï. Ah! votre cœur m'csi connu, chère Ilermance !
n lui baise la main.
MAGASIN THÉÂTRAL
PROCOPE. Il lui baise la main à ma barbe!
EDOUARD, élevant la voiœ. Et puisque rien ne peut me rendre ce que j'ai perdu...
M""" DE MiRMONT. Nous vovagerons, mon ami, ensemble... le changement de pays... l'aspect pittoresque des cités , des montagnes. . .
PROCOPE. La voilà dans les montagnes.
EDOUARD, à Procope. Nous t'enverrons nos impressions de voyage.
JACOT, accourant. Le carrosse de madame de Mirmont est prêt.
M""" DE MIRMOIN'T. Edouard, je vous attends dans ma voiture! {Â Procope.) x\dieu, doceur.
Elle sort.
PROCOPE, arrêtant Edouard qui veut suivre Madame de Mirmont. Dans sa voiture ! Vous oseriez?...
EDOUARD. Mon ami , je te promets de la rendre complètement heureuse! Adieu, docteur.
Il quitte Procope , et quand il est près de la porte , celle de gauche s'ouvre et Léonie paraît.
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