‹ Une larme du diableChapitre 27 sur 61 · SCÈNE XI · texte numérisé non relu

SCÈNE XI

ASMODÉE

Plaît-il, seigneur?

SATANAS

Pourquoi tardais-tu tant à venir ?

ASMODÉE

J'étais en train de débaucher une jeune fille au proiit d'un riche vieillard ; comme elle était éprise d'un grand coquin de lansquenet hôte comme un buffle, mais haut de cinq pieds onze pouces et large ù proportion , j'ai eu beaucoup de mal.

SATANAS

11 n'y a rien de vertueux comme une femme qui aime un portefaix. Mais ce n'est pas de cela qu'il s'agit, et je ne t'ai point appelé pour me rendre tes comptes. 11 faut que tu me souffles ici ton haleine

violette, et que tu m'allumes l'air de cette chambre du plus fin feu de luxure qui se puisse trouver.

ASMODÉE

L'air de la cellule d'une nonne ou d'un cordelicr ne sera pas plus embrasé et plus aphrodisiaque : du bitume, du soufre et de l'esprit-de-vin.

GATA NAS

C'est ce qu'il faut; que tout soit en rut dans cette petite chambre virginale, jusqu'aux murailles et aux planchers ; que les armoires se trémoussent, que les fauteuils se tendent les bras et tâchent de se joindre homocentriquement; que les pots se démènent pour dégager leurs anses, se prendre au col et s'embrasser à la bouche; qu'un désir plus ardent que le feu Saint-Antoine prenne au ventre quiconque dépassera le seuil de cette porte.

ASMODÉE

Vous voyez cette petite flamme couleur de punch qui voltige ça et là; c'est la même que j'ai soufflée autrefois dans l'alcôve de Mcssaline. Si elle s'arrêtait une minute sur le cadavre d'une vierge morte depuis mille ans , on verrait aussitôt sa poussière s'agiter lubrk;uement et son ombre devenir plus

coquette et plus libertine que feu la reine Cleopâtre en son vivant.

MAGDALËNA , an pnradis.

Plus d'une Oriannë enverrait, si elle l'osait, respirer cet air-la à son vertueux Amàdis.

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