LE MI) DE ROSSIGNOLS
traordinairc, et vibraient d'une façon métallique et cristalline au-dessus des registres de la voix naturelle. Les jeunes filles maigrissaient à vue d'œil ; leurs belles couleurs se fanaient ; elles étaient devenues pâles comme des agates et presque aussi transparentes. Le sire de Maulevrier voulait les empêcher de chanter, mais il ne put gagner cela sur elles.
Aussitôt qu'elles avaient prononcé quelques mesures, une petite tache rouge se dessinait sur leurs pommettes, et s'élargissait jusqu'à ce qu'elles eussent fini; alors la tache disparaissait, mais une sueur froide coulait de leur peau, leurs lèvres tremblaient comme si elles eussent eu la fièvre.
Au reste, leur chant était plus beau que jamais; il avait quelque chose qui n'était pas de ce monde, et à entendre cette voix sonore et puissante sortir de ces deux frêles jeunes filles, il n'était pas difficile de prévoir ce qui arriverait, que la musique briserait l'instrument.
Elles le comprirent elles-mêmes, et se mirent à toucher leur virginal, qu'elles avaient abandonné pour la vocalisation. Mais une nuit, la fenêtre était
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ouverte, les oiseaux gazouillaient dans le parc, la brise soupirait harmonieusement ; il y avait tant de musique dans l'air qu'elles ne purent résister h la tentation d'exécuter un duo qu'elles avaient composé la veille.
Ce fut le chant du cygne, un chant merveilleux tout trempé de pleurs, montant jusqu'aux sommités les plus inaccessibles de la gamme, et redescendant l'échelle des notes jusqu'au dernier degré; quelque chose d'etineelant et d'inouï, un déluge <le trilles, une pluie embrasée de traits chromatiques, un feu d'artifice musical impossible à décrire; mais cependant la petite tache rouge s'agrandissait singulièrement et leur couvrait presque toutes les joues. Les trois rossignols les regardaient et les écoulaient avec une singulière anxiété; ils palpitaient des ailes, ils allaient et venaient, et ne se pouvaient tenir en place. Enfin, elles arrivèrent à la dernière phrase du morceau; leur voix prit un caractère de sonorité si étrange qu'il était facile de comprendre que ce n'étaient plus des créatures vivantes qui chaulaient. Les rossignols avaient pris la volée. Les deux cousines étaient mortes; leurs âmes étaient