COMBAT HE TAUREAU
Sur le tiiiirc.iii miigiuant ri trrriblf Pleuvrnt \rti tlards, les liincrs. les ^piciiT ; Il redr, il fuit, rivinit plu» furirux, Plus inrnaci, mais toujours invincible.
— Par»ï. —
Au milieu du champ est un vaste cirque environné de nombreux gradins: c'est là que
l'auguste Reine', habile dans cet art si doux de gagner les eœurs de son peuple en s'occupant de ses plaisirs, invite souvent ses guerriers au spectaeie le plus clieri des Espagnols. Là, les jeunes chefs, sans cuirasse, vùtus d'un simple habit de soie , armés seulement d'une lance, viennent, sur de rapides coursiers, attaquer cl vaincre des taureaux sauvages. Des soldats h pied, plus légers encore, les cheveux enveloppés dans des réseaux , tiennent d'une main un voile de pourpre, de l'autre, des lances aiguës. L'alcade * proclame la loi de ne secourir aucun combattant, de ne leur laisser d'autres armes que la lance pour immoler, le voile de pourpre pour se défendre 3. Les rois entoures de leur cour président à ces jeux sanglants ; ci l'armée entière, occupant les immenses amphithéâtres, témoigne par des cris de joie , par des transports de plaisir et d'ivresse, quel est son amour effréné pour ces i^vitiques combats.
Le signal se donne, la barrière s'ouvre, le taureau s'élance au milieu du cirque; mais, au bruit de mille fanfares , aux cris, à la vue des spectateurs, il s'arrête, inquiet et troublé; ses naseaux fument , ses regards brûlants errent sur les amphithéAtres ; il semble également en proie à la surprise, à la fureur. Tout à coup il se précipite sur un cavalier qui le blesse, et fuit rapidement à l'autre bout *. Le taureau s'irrite, le poursuit de près, frappe à coups redoublés la terre, et fond sur le voile éclatant que lui présente un combattant à pied. L'adroit Espagnol, dans le même instant, évite à la fois .5a rencontre, suspend a ses cornes le voile léger, et lui darde une flèche aiguë qui de nouveau fait couler son sang. Percé bientôt de toutes les lances, blessé de ces traits pénétrants dont le fer courbé reste dans la plaie, l'animal bondit dans l'arène, pousse d'horribles mugissements, s'agite en parcourant le cirque , secoue les flèches nombreuses enfoncées dans son large cou, fait voler ensemble les cailloux broyés, les lambeaux de pourpre sanglants, les flots d'écume rougie , et tombe enfin épuisé d'efforts, de colère et de douleur. — Floriax. —
FLORIAK {Jean-Pierre Claris de).
Né le 6 mars 1755 au château de Florian dans les Basses-Cévennes.
Oiioi(iue voué à la carrière des armes, oîi il occupa un ffrade élevé, il se livra de bonne heure à la littéralure, et se fit l)ir-nlôt distinfjuer par son style naïf et itiquant, son imagination riante, la délicatesse et la grâce de ses pensées. On a de lui des fables, des nouvelles, des romans poétiques, des comédies, etc. Ses Fables, le piusi)eau litre qu'il ait à la gloire, le placent immédiatement après La Fontaine. Parmi ses Nouvelles ou lit toujours avec plaisir Estelle, roman pastoral ; Cionzalve de Cor-
(loue est le meilleur et le plus intéressant de ses lomans; dans ses comédies on iemar(|ue la bonne Mère, petite pièce pleine de i;ràce et de naïveté.
Florian mourut A Sceaux en 1794. Il était membre de l'Académie française.
' — Isabelle de Caslille, épouse de Ferdinand v; elle fut célèbre par sa p<dili(jue habile, sa justice, sa fermeté et sa inofomle sagesse. C'est elle (pii accueillit les projets de Christophe Colomb et qui encouragea son étonnante expédition. Elle mourut en 1504.
2 — îSom qu'on donne en Espagne à certains juges ou magistrats.
3 — Le voile de pourpre n'est point proprement nue défense : il excite au contraire la fureur du laure:ui. Au mouieut du péril , le combattant, pour se garantir des alleiutes de l'animal, lui abandonne ce voile que le taureau met alors en i»ièces.
* — En disant : et qui fuit rapidement à l'autre bout , on éviterait tonte équivoque.
Observation générale. Le style de cette description est simple, él%ant et pur : l'écrivain ne surcharge point le tableau de ccUe fête sanglante par des expressions exagérées ; il expose avec clarté toutes les phases du comhal.et laisse au lecteur à ressentir librement les impressions qu'il lui communique.
— 1C96. — Madame de SfvignC meurt S TAge de 70 ans. LETTKE si: madami: de sévigné
A MADAME DK GRIGNAX , SA FILLE.
On ! ramoiir d'une mure ! — Amour que nul n'oublie ! P.ijn merveilleux qu'un Dieu partage et multiplie'. — V. Hlgo.—