HORACE VERNET
A «le siniplos coi Sait donner du i
m arl plrin de magie l'âme et de la vie-
. La Fo>taixe.
Tous les {^purcs lui sont familiers , et à tel point . qu'il les porte presque tous à un degré de perfection rare. Peintre de marine, il n'a pas encore acquis la renommée de son illustre aïeul , Joseph Vernet ; mais je suis convaincu qu'il ne tient qu'à lui d'y parvenir. Peintre de chevaux , il balance la réputation de son père et celle de "Wouwermans. Peintre d'animaux, il peut lutter avec Berghem, Jean ^^'éeninx , Demarne et Cuyp'. Peintre de paysages , qui ne pourrait-il égaler avec la vor lonté d'èlre supérieur? l'eintre de sujets comiques, il est d'une originalité, d'une gaité, d'une vérité délicieuses. Peintre romantique, il est plein de sensibilité. Peintre patriotique, il est à la hauteur des grandes circonstances qu'il retrace pour la postérité. Peintre satirique, il a une verve étonnante. Peintre élégiaque, il est d'une expression qui n'a rien du prétentieux et du ?na?uére de tant d'autres qui font de la sensiblerie au lieu de sentiment. Peintre de portraits, il est l'égal de Gros, de Gérard , de Rouget , de PaTilin Guérin , d'Herscnt, de tous ceux qui se distinguent dans ce genre. Peintre de batailles, enfin, il est sans rivaux. Il a réduit à ses justes proportions la peinture historique moderne; il a compris que l'uniforme français contemporain a une forme qui répugne aux grandes dimensions de la peinture héroïque 2. Van der Meulen^ avait donné, au dix-septième siècle , la même preuve de goitt et de discernement ; aussi ses ouvrages se voient aujourd'hui avec plaisir, tandis qu'on ne les regarderait peut-être pas s'il eiU peint le hautde-chausse et le pourjjoint à la Louis xiv dans les proportions de la taille commune du soldat. Horace Vernet a deviné mille choses que de longues études pourraient seules donner aux houîmes ordinaires. Chez lui , le génie est si ardent, le tact si délié*, l'intelligence si délicate, qu'il saisit, au premier coup d'œil, telles nuances qui échapperaient certainement à une perspicacité vulgaire. Il sait les camps comme un colonel ; il sait les casernes aillant qu'un adjudant-major. Aussi, qu'il jette une division au milieu du feu. ou (|u'il établisse au quartier le jeu delà drogue, c'est toujours une justesse de vue , une naïveté de détails , une vérité d'observation, (pii séduisent et étonnent. Horace est le peintre des gens d'esprit , il est aussi le peintre des gens qui n'ont
que du bon sens; c'est que, chez lui , la raison ne sacrifie rien à ce qu'on peut appeler aussi en peinture le sel et la i)oiiite. 11 est vrai d'abord . il est ensuite fin et spirituel. Tout le inonde possède une lilhograj)liie de lui (car tout le monde n'est pas assez riche pour avoir de ses tableaux), comme on a une chanson de Béranger, et une messénienne de Casimir Delavigne, Il sait faire penser; je ne connais \K\s un ouvrage de ce maître, quelque léger (pren soit le sujet , qui ne contienne une idée |)hilosophique. Il est poOte autant que j)eintre; je n'en veux pour preuve que cette planche de l'empire, qui se brise à l'endroit où est écrit le nom de Waterloo, et cette brillante apothéose où cent héros , accourus des bouts d'un monde imaginaire, viennent rendre, au guerrier mort dans l'esclavage , au souverain déchu , les devoirs du respect et de l'amitié. — A. Jal. —