‹ Une lecture par jour, mosaïque littéraire, historique, morale et religieuse, composée de 365 pièces extraites des prosateurs françaisChapitre 22 sur 370 · CONSIDÈRE CO.M.ME ŒUVRE RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

CONSIDÈRE CO.M.ME ŒUVRE RELIGIEUSE

Dos pleurs dedrui amants, des Jeux de rinnuccnct- ,

II fcm meritii- les rives de la France.

Il semble, de Virgile empruntant les pinceaux .

Des premiers jours du momie esquisser les tableaux,

Kt passe, en nous offrant leur naïve peinture,

Des charmes de l'amour à ceux de la nature.

— L. Al»£-M.1£TIS. —

11 est certain que le charme de Paul et Fùffinie consiste en une certaine morale mélancolique qui brille dans l'ouvrage, et qu'on pourrait comparer à cet éclat uniforme que la lune répand sur une solitude parée de fleurs. Or, quiconque a médité l'Évangile doit convenir que ses préceptes divins ont précisément ce caractère triste et tendre. liernardin de Saint-Pierre qui , dans ses Études de la Nature, cherche à justifier les voies de Dieu , et à prouver la beauté delà religion, a dû nourrir son génie de la lecture des livres saints. Son églogue n'est si touchante , que parce qu'elle représente deux familles chrétiennes exilées, vivant sous les yeux du Seigneur, entre sa parole dans la Bible et ses ouvrages dans le dései't. Joignez-y l'indigence et ces infortunes de l'àme, dont la religion est le seul remède, et vous aurez tout le sujet du pocme. Les personnages sont aussi simples que l'intrigue : ce sont deux beaux enfants dont on aperçoit le berceau et la tombe , deux fidèles esclaves et deux pieuses maîtresses. Ces honnêtes gens ont un historien digne de leur vie : un vieillard demeuré seul dans la montagne, et qui survit h ce qu'il aima , raconte à un voyageur les malheurs de ses amis sur les débris de leurs cabanes.

Ajoutons que ces bucoliques australes sont pleines du souvenir des Ecritures. La c'est

Ruth ', là Séphora', ici Eden et nos premiers pères. Ces sacrées réminiscences vieillissent, pour ainsi dire , les mœurs du tableau , en y mêlant les mœurs de l'antitpie Orient. La messe , les prières , les sacrenïents , les cérémonies de l'Eglise, que l'auteur rappelle à tous moments, augmentent aussi les beautés religieuses de l'ouvrage. Le songe de madame de La Tour n'esl-il pas essentiellement lié à ce que nos dogmes ont de plus grand et de plus attendrissant? On reconnaît encore le chrétien dans ces préceptes de résignation à la volonté de Dieu , d'obéissance à ses parents , de charité envers les pauvres ; en un mot , dans cette douce théologie que respire le pot'me de Bernardin de Saint-Pierre. Il y a plus, c'est en effet la religion qui détermine la catastrophe : Virginie meurt pour conserver une des premières vertus recommandées par l'Évangile. Il eût été absurde de faire mourir une Grecque 5, pour ne vouloir pas dépouiller ses vêtements. Mais l'amante de Paul est une vierge chrétienne , et le dénoilment, ridicule sous une croyance moins pure, devient ici sublime.

Enfin , cette pastorale ne ressemble ni aux idylles de ïhéocrite ^, ni aux égloguesde Virgile, ni tout à fait aux grandes scènes rustiques d'Hésiode * , d'Homère et de la Bible ; mais elle rappelle quelque chose d'ineffable, comme la parabole du Bon pasteur, et l'on sent qu'il n'y a qu'un chrétien qui ait pu soupirer les évangéliques amours de Paul et de Virginie.

— DE CH.tTE.Vt'BRI.4>D. —

(Voycî le 6 janvier.)

' — Rnlh, femme moabitc, qui épousa l'agriculteur Booz, vers l'an 1254 avant J.-C.EIle fut mère d'Obed, aïeul de David.

2 — Séphora, fille de Jethro et femme de Moïse. L'usage et l'euphonie réclament ici VEden.

5— C'est-à-dire une femme de T ancienne Grèce, car une Grecque moderne est chrétienne.

* — Théocrite, de Syracuse, le plus ancien et le plus admirable des poètes bucoliques. Horissait vers l'an 270 avant J.-C. 11 nous reste de lui un recueil composé de trente idylles : ces charmantes comiiositions sonldans le dialecte dorique. Ce poète, ayant écrit quelques satires contre Hiéron. roi de Sicile, fut étranglé par son ordre vers la fin du iii« siècle avant .l.-C

* — //és/o</e, célèbre poète didactique, natif de Cumes, dans l'Ëolide. Son /'oëwjesM//'rtf/n<.M//Hre servit de modèle aux Géorgiqiies, et sa Thvoyonie est, ainsi que les poèmes d'Homère, le iiioniiment le plussûr delà llièologie des anciens. Les uns le disent contemporain d'Homère, et d'autres avec plus de raison, le font vivre un siècle plus tard.

Observation ç/ênérale. Celte analyse du chef-d'œuvre de Bernardin de Saint -Pierre envisage uniquement sous le jtoint de vue religieux le roman de Paul et / in/inie. nue Chénier a déclaré ai>procher de la pcrfcciion. Le" style biblique de M. de Chateaubriand

iù JANMKR.

iZ JANVIER.

est on ne peut mieux aiiproprié h ces sorte» d'examens, et celui-ci e.-*t un des nuiileuis <|ue nous lui devions.

1833. — lu bal tl'curauls , au ctiAteau des Tuileries.

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