‹ Une lecture par jour, mosaïque littéraire, historique, morale et religieuse, composée de 365 pièces extraites des prosateurs françaisChapitre 283 sur 370 · CATHERINE II · texte numérisé non relu

CATHERINE II

Comptons nos cnru-niis : un . doux , trois aclvoisairca : Et je suis seule. Allons, point de terreurs vulgaires! Plus le p^ril fut grand, plus grand est le vainqueur ; Et s'il trouble un eœur faible, il anime un grand evenr. Il m'exalle, il m'inspire, et seule je défie Les finances, la guerre et la diplomatie. — Casimir Dkla\ig:ve. —

La vie de Catherine ii présente à l'oliservalion deux parties parfaitement distinctes: l'une, formée d'une gloire grande et belle; l'autre , composée de crimes et de vices grandissant avec sa renommée. Le caractère de celte femme extraordinaire va se développer au milieu des événements les jilus remarquables de son siècle; à cùlé d'une catastrophe mémoralile dans la balance |ioliti<jue de l'Europe , on la verra , profitant habilement des agitations du sérail, de la politiiiuc indécise des visirs, et surtout des inutiles vertus du Grand-Seigneur ^ , le tromper par des traités (jui ne doivent pas être exécutés. Vraie dans son orgueil et dans ses cruatités , fausse et di.ssimiilée sur tout le reste , elle présentera parfois l'a|)paren(;e de la générosité , et dans ce môme moment verra expirer, au milieu d'horribles convulsions, et a|irès(piinzcannées d'agonie, lui royaume dont elle-même avait couronné le chef. Libre maintenant de toute

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crainte sur son avenir, elle aura des volontés arbitraires, des désirs insensés ; le poignard de l'assassin frappfra de nouveau par son ordre, et les bords de l'Obi * recevront ses victimes; des flots de sang couvriront les bords du Pruth^ et ceux du Volga 6, et dans les nit^nies temps les appartements somptueux du Tzarcozélo retentiront du bruit joyeux d'une fiHe, les boudoirs parfumés de l'Ermitage résonneront aux douces paroles d'amour d'un vil favori'. Inexplicable dans les mystères de son caractère dont les grandes masses se dessinent seules et peuvent être jugées plus facilement, Catherine présente à l'œil qui veut la suivre un être presque fantastique. Tourmentée tour à tour du besoin de punir et d'aimer, nous la verrons faire suliir le supplice infamant des battoges^à une jeune et belle créature de seize ans, coupable d'un seul crime, celui d'avoir nommé sa mère; et le même jour, Catherine, frappée par OrlofF^, subira le plus honteux des châtiments, parce qu'elle n'écrit pas assez vite un bon de 50,000 roubles sur son trésorier.

— La duchesse d'ABRA>TÈs. —

(Voyez le 13 septembre.)

' — Catherine ii, impératrice de Russie, fille de Christian- Juguste d'Anlialt Zerbst, née à Stettln en 1729. A ràjçe de quatorze ans elle épousa, le duc de Holstein-Gottorp. alors grand-duc de Russie, depuis Pierre m, qui monta sur le troue après la mort A' Elisabeth . sa tante, en i762.

L'ambitieuse Catherine le força de renoncer î\ la couronne , le fit enl'ermer dans le château de Robscha, où on le trouva mort trois jours après ; el la czarine , accusée de l'avoir fait périr . se rendit aussi coupable du meurtre du jeune et infortuné Iwan, petit-neveu de Pierre-le-Grand. Libre maîtresse du trône par ce doul)le crime , elle fut proclamée impératrice , et s'abandonna à ses deux passions favorites, l'amouret la gloire, qui ne la quittèrent qu'au tombeau. La Russie lui doit de noml)reux élablissemenls;elleencourageales sciences,les arts, elle régularisa la justice, etdéclara aux Turcs une guerre qui finit à son avantage. Ennemie déclarée de la Pologne , ce fut elle qui la démembra la première, et la livra aux fureurs de ses soldats commandés par Souraroio (1) , que sa cruauté contre les Turcs avait fait surnommer le Boucher. Catherine mourut, le 9 novemi)re 1796 , d'une apoplexie foudroyante , laissant le trône à son fils Paul it qui ne régna que cinq ans. 11 fut étranglé dans son propre palais , en 1801, dans la nuit du 11 au 12 mars.

2 — Sélim m , 28* empereur des Turcs, né vers

(1) Celte finale se prononce ofT.

1762, fils unique àeMustapha m, commença la régénération de la Turquie , continuée aujourd'hui avec tant de succès \)ir Mahmoud 11, petit-fils d'Abdel-Haniid.

Victime de son zèle que , pour réussir, il aurait dû modérer, il fut détrôné et relégué dans un kios(iue, où il fut étranglé . le 28 juillet 18O6. Son père mourut en 1774, elSéliin ne monta sur le trône qu'en i789. Pendant ce temps, régnait son oncle, Jhdel-Hatnid ; le jeiuie prince, élevé dans léserait, et témoin de la corruption des grands, et de l'abus de leur pouvoir, résolut de régénérer son pays et y travailla sans relâche.

5 — En 1763, la mort A' Auguste m, roi de Pologne, fournil à Ca^/iemje l'occasion de satisfaire sa politique amlfitieuse. Elle réussit à faire couronner, à Varsovie, l'un de ses anciens amants , Poniatoicski [Stanislas n) , qui, plus tard . fui contraint de donner son assentiment à la destruction de son royaume. Il mourut à Saint-Pétersbourg , en 1798.

^ — VObi ou YOb, fleuve de la Russie d'Asie, dont la source est au petit Altaï, et l'embouchure dans l'Océan Boréal, au golfe du même nom.

^ — Le Pruth (prononcez Prout) , rivière qui sort des monts Karpalhes , et se jette dans le Danube. Elle est célèbre par le traité de Pierre i" conclu sur ses bords, en 1711 , avec les Turcs.

6 — Le Volga, le plus grand fleuve d'Europe , qui sort d'un petit lac du gouvernement de Trer, traverse une grande partie de la Russie d'Europe, et débouche dans la mer Caspienne , après un cours de près de 700 lieues.

^ — Un jeune chambellan de son époux, le comte Soltikoia , un séduisant polonais, Stanislas Poniatoirski, un officier aux gardes , Grégoire Ortow , etc. , occupèrent tour à tour le cœur de Catherine.

** — Espèce de baguettes ou verges.

9 — Orloff", Orlow (Grégoire) gentilhomme russe, né vers 1740, servit d'abord dans l'artillerie, et, par une aventure galante qui faillit lui coûter la liberté , fixa l'attention de la grande-duchesse Catherine , dont il devint le favori. Il ne tarda pas à parvenir au grade de grand-maître de l'artillerie, et accumula tous les honneurs auxquels sa position lui permettait de prétendre. Catherine Il satisfit iongtemi)S son ambition, et supporta patiemment ses indiscrétions et ses caprices; elle alla même jusqu'à lui proposer un mariage secret qu'il eut la maladresse de refuser. L'impératrice s'en vengea en faisant choix d'un autre favori, auquel succéda le célèbre Potemkin. Orloff, comblé des bienfaits de sa souveraine, ne put souffrir le triomphe de ce dernier, et mourut , exilé à Moscou , en i783 , dans un horrible état de démence.

Observation générale. Portrait rempli d'oripinalitè et de contrastes intéressants. Grande reine et femme fail)le . Catherine montre ici ce qu'elle fut tour à tour dans sa vie politique et dans sa vie privée ; mais la gloire de l'une ne peut racheter la honte de l'autre.

— 1S07. — Guillaume Tell, par l'ordre Ue Ceslcr, abat tl'tin coup lie Qèchc uue puinnic placée sur la tête de son nu.

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