LE COCHER SE CORBILLARD
Déjà l'on n'pnlend pliis dans ces tiistfs murailles Que la pi-iére sainte el le cri des mourants. Ceux même qiii guidaient le char des riinéraillrs .Sops les chevaux lassés sont tombés expinuits. — Saixtike. —
C'est un cocher à part entre tous les cochers; il n'a aucune similitude avec ses confrères ; il est lui, tout à fait lui, c'est le cocher type ; il s'isole le plus qu'il peut ; il ne connaît ni fêtes, ni dimanches ' ; jamais il ne change d'habit, il ne porte qu'une livrée d'un bout de l'année à l'autre, il est toujours en noir ; et cependant, rien sur son visage n'annonce la tristesse; sa figure est calme, reposée, aucune émotion ne s'y fait apercevoir. 11 est immobile coimuc la mort... silencieux comme
la moil... froid comme la mort; oar la mort jioiir lui, «"t'st sa vie île tous les jours 2. Il se. rt-ml le matin aux pompes funèbres, eomme lin commis va à son liureaii. un acteur à sa rt'pélilion. un {;arile national ;i la manœuvre; il monte sur son sié[;e maeliinalement. lourilcnunt; c'est nu liommc (|ui n'a rien de riiommc. nn automate lialiille de noir avec des pleureuses, (jui porte un er(''pe à son cliajieau et à ipii l'on a mis un fouet en main. Il <lemeure etrauf.er an\ se«'nes de douleur ipii se passent autour de lui. 1 ne fois sur son sié};e. il laisse tomber sa tète sur sa poitrine. et ne se retourne plus. Il n'a pas d'yeux, il ira pas d'oreilles, il n'entend ni les cris d'un fils, ni les sanglots d'un Irère; il n'a de larmes pour personne, il fait son état, il cliarrie la mort •". connue on charrie des jiierres, du foin, de la paille; il ne connait pas le cadavre «pi'il est charf,c de brouetter '. s'iminiète encore moins de ce qu'il est : |)anvre, riclie, savant, militaire on civil, ça lui est bien Cf^al ; il n'a Jamais jeté un regard sur la bière (pii marche derrière lui, ni sur les attributs tpii sont déposés dessus comme un dernier homma};e au défunt ; peu lui importe (|ue ce soit l'épée d'un brave, les armes d'un prince, le j^rand cordon d'un dis^nilaire. la cb^' d'un cliainbellan. l'éqnerre d'un franc-maçon, la couronne d'immortelle d'un poi'te. la lyre •riin nmsicien. le boutpiet virj^inal d'une
Jeune fille c'est un mort, et voila tout !
Le cocher de corbillard n'a pas d'opinions politiques. Vienne une révolution, des barricades, des coups de fusil, il est l;i, sur son siège, transportant le Suisse, le garde royal, l'honnne du peuple; il n'en fait pas faire à ses chevaux nn pas plus vite, n'en donne j)as nn coup de fouet de plus. Le choléra ne l'a pas trouvé moins insensible; il ne s'apercevait pas du nombre des morts: il ne comptait ipie les courses. S'il a reçu une gratification pour travail extraordinaire, tout est bien. Il attend une recrudescence <.
— N. Brazieii.—