‹ Une lettre inédite de Lescarbot [microforme]Chapitre 4 sur 7 · DOCUMENTS POUR L'HISTOIRE DES COLONIES FRANÇAISES · texte numérisé non relu

DOCUMENTS POUR L'HISTOIRE DES COLONIES FRANÇAISES

avons eu peu de vents fauorables estanr presque tousiours ports au nort où au su au lieu de l’ouest, occasion que nous auons tenu de mer deux mois et demy entiers deuant que mettre pied à terre, sinon au port dict aw moulcn, que nous allâmes dans une chaloupe quérir de l'eau douce.

Les riues y sont de terre sablonneuse et toutes fois il y auoit grande quantité de pois, groseilles, de roses muscades, :'e l’auoine, de fougères, de sapius, ciprès, chênes, et des framboises comme aussy du pourpre, de l’angélique, de la scomonée et autres simples ! que nous n’eumes le loisir de recongnoistre, n’y ayant esté que deux heures.

Delà nous cotoyasmes le cap de Sable ; ce n’est point l’isle de sable qui est à 3 degrés et demy et vinsmes enfin à mouiller l’ancre deuant l’antrée du Port Royal de l'Équille où nous sommes, n’ayant le vent propre pour y entrer.

Ceste entrée a 12, 15 et 20 brasses de profond, mais elle est quelquefois difficile parce qu’estant estroite, j'appelle estroite et neant moins assez large comme de la croix des Carmes à l’estrapade de la place Maubert et rempairée de deux montaignes. Il y a des rcuolins? des vents qui rendent quelque fois ceste antrée difficile si on n’a veu à propos.

Ce port est le plus beau lieu qu'on puisse imaginer de tout ce monde cy, auec huict lieues de tour et tout enuironné de costaux fort agréables, J'en ay faict quelques rhimes: que M. de Reguisson ou en son absence M. de Vaudin + vous communiquera auec la lre 5 que je luy escris plus ample que ceste cy.

Ceste mer depuis le banc en deça est si fertile en poissons que janiais on ne

jette la ligne à faute, qui est une des perfections de la vie car rous quittons la

la baie por le poisson’ tant il est bon et faut attribuer à ceste mer partie de la nouriture de toute la chrestienté qui se pesche icy, ce qui est général partout où on peut jetter la sonde. Car nos matelots ont pesché à cinquante, soixante brasses heureusement; à vingt, trente, quarante brassées jamais on ne manque. Vray est qu’il y a des endroits plus fertilles que les autres.

Depuis que nous fumes au banc, il nous sembla estre en nostre royaume, comme de faict nous y estions et tout ce qui vient de l’autre monde, faut qu’il *humilie à la nauire royalle.

M. de Poutrincourt a faict labourer un champ où il y a semé de toutes sortes, en espérance d’en faire autant d’icy à quinze jours et en un mois, brief en toutte saison pour esprouuer la terre.

Les graines en huict jours sont jà fort eleuées de terre, les sauvages auoient laissé il y a quelque tems des graines de blé, d’auoine, de pois et de febure qu’on leu: auoit donné et quoy que cela fut tombé par mesgarde et en terre non cultiuée, neant moins a pris fort heureusement croissance et y sont des

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