‹ Une lettre inédite de Montaigne, accompagnée de quelques recherches à son sujet;Chapitre 5 sur 7 · MO · texte numérisé non relu

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* qui la Bibliothèque n'a poiutde secrets, au moins 600 volumes de

* ce genre. Je lésai maniés nantit) nuis depuis mon entrées la Bi-

■ bliothèque jusqu'à ce jour on a nommé successivement comme

■ employés beaucoup de jeunes gens. Tous ou la plupart ont voulu

* lire ces livres. On les a empruntés et sans aucune mauvaise inten- > lion, car, a celte époque, personne ne tenait a ces ouvrages, on « les a égarés, oubliés; bref, on ne lésa pas rendus. "Voilà comment

■ nous en avons perdu les deux tiers! »

Cet aveu, qui contient certainement l'expression de la vérité, est précieux sous tons les rapports, car il renferme, on peut le dire, tout le secret de la fausse situation où se trouve la Bibliothèque nationale. L'administration aclnellc, et surtout l'honorable chef de cette administration, croient qu'on les accuse, tandis qu'on reconnaît au contraire qu'ils font tout ce qu'ils peuvent pour s'opposer au mal et pour rétablir l'ordre là où régnait la confusion ; mais peuvent-ils dissimuler ce qui existe?... Feront-ils que Van Praet, tout admirable bibliographe et bibliophile qu'il était, n'ait eu sur la fin de sa vie, a l'époque où ses facultés baissaient, et où il n'était plus que l'ombre de lui-même, la singulière manie d'enfouir dans plusieurs centaines de cachettes, la plupart inconnues encore, des ouvrages de grand prix on d'une grande rareté, qu'il croyait en les enlevant ainsi au prêt et la communication , soustraire a toute espèce de danger T Peuventils empêcher leurs prédécesseurs d'avoir été peu actifs?.. . Les excuseront-ils de n'avoir su prendre que des mesures insuffisantes T. .. Ce serait de la puérilité que de l'essayer. Les faits sont patents. Toutes les personnes, et le nombre en est grand dans Paris, qui sont allées demander quelques ouvrages a la Bibliothèque nationale, témoigneront de ceci, que, sur dix volumes que l'on désire consulter, c'est à peine si, avec beaucoup de temps et «près de longues recherches, on peut vous en communiquer la moitié. Pour le reste on vous répond 511e le livre est prête au dehors, ou bien qu'il eu en communication au dedans, ou enfin qu'il est à la reliure. C'est ce qui faisait dire a un Allemand de mes amis, qu'il fallait que la Bibliothèque fût bien plus considérable qu'elle en avait l'air, et qu'il n'était point étonnant dès lors qu'on parlât d'agrandir les bâtiments qui la con-

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tiennent, puisqu'elle avait, pour le moins, autant de volumes absents qu'on en comptait sur ses rayons.

Celui qui écrit ces lignes est loin d'être, — que H. Ravenel veuille bien le croire, — an ennemi de la Bibliothèque nationale. Il a été en quelque sorte élevé chez elle, — nouiri par elle, — et il n'y a pas de jour où il n'ait a rendre grâce de quelque obligeance, à l'un ou l'autre de ses conservateurs ou de ses employés ; mais il a été, — il doit le dire la main sur le coeur et sur la conscience, — très péniblement affecté, lorsqu'il a vu M. l'administrateur de la Bibliothèque nationale, par un sentiment louable mais exagéré de solidarité avec ses devanciers, se jeter au milieu d'une affaire qui ne le concernait pas, prendre fait et cause, avec une acrimonie et une dureté qui a dépassé involontairement ses intentions, contre un homme malheureui, contre un savant illustre, son confrère à l'Institut, contre un absent enfin, obligé, pour éviter une détention préventive qui n'eût en rien avancé sa justification, de quitter la France, abandonnant on ne sait à qui, ou plutôt on le sait trop, ses meubles, sfs papiers, sa correspondance la plus intime, ses livres, et jusqu'à ses vêlements qu'on n'a pas voulu, jusqu'ici, accorder a ses amis la liberté de lui faire parvenir. Le sentiment qu'il a éprouvé et qu'il exprime a été partagé par tout le public, et M. l'administrateur, nous aimons à le croire, a plus d'une fois regretté depuis son trop de vivacité a l'égard d'un homme qu'il avait traité en ami au temps de sa prospérité. En définitive, de quoi s'agit -il dans la malheureuse affaire à laquelle nous faisons allusion, et que sont venues grossir de tout leur cortège de haine les passions politiques et scientifiques T.. . II s'agit d'un petit nombre de volumes imprimés qu'on accuse, dit-on, M. Libri, sans qu'il y ait jamais eu contre lui aucune plainte des établissements publics, et uniquement parce qu'on les trouve parmi les 60,000 ouvrages qu'il avait mis vingt ans à réunir, d'avoir enlevé aux bibliothèques. Eh quoi 1 de ce que vous rencontrez chez nu collecteur quelques volumes ayant appartenu a des établissements publics, vons allez en conclure que c'est leur possesseur actuel qui les leur a dérobés ! C'est là une accusation insensée. Moi qui vous parle, je connais à Paris vingt bibliothèques particulières contenant de 100 à 300 volumes au moins, marqués du

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timbre de vos établissements publics, volumes dont les propriétaires seraient entièrement incapables de tous dire aujourd'hui la provenance, mais qu'ils n'ont pis moins achetés très loyalement, souventes fois aui enchères publiques, sans que jamais commis saire-priseur, conservateur ou administrateur général, ait (ait, en ce temps-là, sur ces ventes ou achats, la plus petite observation. Il y a mieux : prenez an hasard un de nos grands collecteurs de livres, d'autographes, d'estampes, etc. ; — saisissez sa collection, et je me fais fort, ainsi que la plupart des bibliophiles , de vous démontrer qu'en dehors des pièces portant timbre ou ayant marque quelconque d'avoir appartenu à un établissement public, cet amateur possède, a son insu même, une foule de pièces qu'avec les doctrines de la Bibliothèque nationale, l'État pourrait réclamer, et dont je vous indiquerai la provenance. Dès ce moment, pour peu que vous y mettiezde la bonne volonté, — pour peu que vous parliez apriori de ce principe dont vous voudriez faire loi pour H. Libri, que quiconque possède ainsi est coupable de vol, on tout an moins est détenteur de mauvaise foi, sons prétexte qoe c'est aux acheteurs à prendre leurs précautions et a s'informer, — dès ce moment, dis-je, j'affirme que vous pouvez arrêter, emprisonner et dépouiller à coup sûr tous les collecteurs de Paris, car tous, — entendez-vous bien, — tous, ont dans leurs portefeuilles, leur galerie, leur bibliothèque, un pins ou moins grand nombre d'articles ayant appartenu a des établissements publics.

Je termine en adjurant la justice de mon pays de continuer, comme elle l'a toujours fait, a mettre son impartialité an-dessus de la haine sauvage des partis politiques, et au nom de la tempérance et de la raison, j'en appelle de Philippe ivre à Philippe à jeun.

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