MERCI
Merci, mon Dieu! merci , ma mère est moins souffrante, Son front pour s'endormir tombe sur l'oreiller. Ses traits sont plus sereins, sa main est moins brûlante. Doucement, doucement, pour ne pas l'éveiller.
Oh! que le ciel est noir, oh! que la nuit est sombre! On ne voit nulle étoile éclairer dans les airs; La neige de nos monts seule blanchit dans l'ombre, Ainsi qu'un pâle esquif égaré sur les mers.
Le vitreau bat, le vent passe dans les ténèbres, Il se brise et gémit aux coins aigus des toits. On dirait qu'on entend rouler des voix funèbres Qui s'appellent au loin et cherchent d'autres voix.
Oh! que la nuit est triste, hélas! et solitaire Je demeure à veiller prés d'un lit de douleur. Je demeure à veiller prés du lit de ma mère. Oh! que le ciel est sombre, et que la nuit fait peur!
Je devine parfois dans l'angle qui grisonne Une forme sans nom qui semble se mouvoir;
Et je tremble, et j'ai froid, j'ai bien froid, je frissonne : Mais l'âtre est tout humide et le foyer tout noir.
Car le bon Dieu m'a faite enfant de la misère. Et ma mère est malade, et mon père est aux Cieux; Et l'on n'a pas d"amis quand on n'a pas de père, Qu'on est triste et qu'on a des larmes dans les yeux.
Bonne niére! elle dort: ah! que puisse un beau songe Te prendre sous son aile et réjouir ton cœur! Quelque rêve bien doux, et si c'est un mensong-e, Qu'importe? c'est toujours un instant de bonheur.
Moi, j'aime bien rêver: on voit de belles choses. On est riche, admirée, on vit sans travailler; On va dans de grands bals avec de blanches roses, On a toujours du feu qui pétille au foyer.
On est dame, et l'on peut soulag-er l'indig-ence; On attend sans frayeur venir le lendemain; On ne voit pas sa mère élever en silence Les regards vers le ciel en demandant du pain
Oh! j'aime bien rêver! Mais que le ciel est sombre La neige de nos monts a perdu sa lueur; Le vitreau bat plus fort, le vent gémit dans l'ombre; Oh! que la nuit est froide et que le vent fait peur!
Que ton visage est blanc, mère, petite mère! Ta paupière à demi laisse entrevoir tes yeux; A peine entends -je encor ton haleine légère: C'est que la fièvre passe et que ma mère est mieux.
Toi qui n'as mis qu'un ciel par dessus la nature.
Toi qui n'as qu'un soleil pour éclairer nos pas,
Toi qui n'as qu'un amour pour toute créature,
Toi qui ne penses pas comme on pense ici -bas.
Toi qui nourris la fleur qui s'étale et scintille. Toi qui nourris la fleur qui dort dans la forêt, Toi qui du haut des cieux entends la pauvi'e fiUe. Toi qui pèses les pleurs qu'elle verse en secret,
Mon Dieu! tu savais bien qu'il me faut une mère. Que je suis jemie encor , que mon père est vers toi, Et qu'il est triste, hélas! d'être ainsi sur la terre. Seule, seule, et, mon Dieu! tu pris pitié de moi.
Et pitié de ma niére, et tu lui rends la vie. Et ta main doucement apaise ses douleurs . . . Je ne suis qu'une enfant , je ne sais comme on prie. Mais mon cœur est tout plein , et tu connais les cœurs.
La nuit sur la campagne épaississait son ombre, Aux coins aigus des toits le vent venait gémir, Et tout était muet sous l'alcôve plus sombre
Et la mère était morte au lieu de s'endormir. —
ooco ■©■ Oooo