ACTE DEUXIÈME QS
RANK
Et de qui donc peut-il s'agir ? A quoi bon me tromper moi-même? Je suis le plus misérable de mes malades... Ces jours-ci j*ai fait un examen général de mon état. C'est la banqueroute. Avant un mois sans doute je pourrirai dans le cimetière.
NORA
Taisez-vous ? Quelle affreuse façon de parler.
RANK
C'est la chose même qui est laide. Le pire, cependant ce sont les horreurs qui doivent précéder. Il ne me reste plus à procéder qu'à un $eul examen ; quand je Taurai fait, je saurai à peu de chose près pour quand sera le dénouement. Je désire vous dire une chose. Helmer, avec son tempérament délicat, a une aversion profonde pour tout ce qui est laid, je ne veux pas le voir à mon chevet.
Mais docteur...
RANK
Je ne le veux sous aucun prétexte. Je lui fermerai ma porte. Sitôt que j'aurai la certitude de la catastrophe, je vous enverrai une carte de visite marquée d'une croix noire. Vous saurez alors que l'abomination de la désolation est comrtiencée.
NORA
Non, aujourd'hui vous êtes trop extravagant, et moi qui désirais tant que vous fussiez de bonne humeur.
RANK
Avec la mort devant les yeu^x, et en payant pour un autre... Est-ce là de la justice? Et dite i\vte*dAns chaque famille il existe d'une façoBou; d'une autre une liquidation de ce genre..* . r . . . ,.
byGoogk
NORA^ se bouchant les oreilles.
Chutl soyons gais, soyons gais!
RANK
En vérité c'est r^sible! Mon épine dorsale, la pauvre innocente, doit souffrir encore à cause de la vie joyeuse que mon père a menée quand il était lieutenant.
NORA, à gauche près du guéridon.
II aimait trop les asperges et le foie gras, n'est-ce pas ?
RANK
Et les truffes ?
NORA
Ah ! oui, les truffes et les huitres.
RANK
Et les huitres, bien entendu.
NORA
Et par là-dessus des rasades de Porto et de Champagne... Il est regrettable que toutes ces choses si bonnes attaquent Tépine dorsale.
RANK
Surtout quand elles attaquent une malheureuse épine dorsale qui n'en a jamais joui.
NORA
Oh I oui, c'est ce qu'il y a de plus triste dans l'affaire I
RANK, qui la regarde attentivement.
Hum!
JIORA, après une pause.
Pourquoi souriez-vous?
KANK,
Mais c'est ,vou5 qui»avez souri.
Non, docteur, je vous jure que c'était vous. ^
byGoogk