ACTE TROISIÈME l3l
MADAME LINDE
Excusçz-moï, /'avais tant envie de voir Nora habillée.
NORA
Tu m*as^ attendue ici tout le temps.
MADAME LINDE
Oui, malheureusement je suis arrivée trop tard. Tu étais déjà montée et je n'ai pas voul^ m'en aller sans te voir.
HELMER, enlevant le châle de Nora.
Alors, fegardez-la bien. Il me semble qu'elle en vaut la peine. Est-elle jolie, n'est-il pas vrai, madame Linde ?
MADAME LINDE
Vraiment jolie.
HELMER
Merveilleusement. N'est-il pas vrai? C'était aussi l'opinion de tout le monde là-haut. Mais ique ce cher petit être est têtu. Vous ne pourriez pas croire qu'il m'a fallu presque employer la force pour l'emmener du bal.
NORA
Ah ! Torvald. Tu regretteras de nem'avoir pas accordé une heure de plus.
HELMER
Figurez- vous, madame, elle danse la tarentelle. Elle a un succès fou et bien mérité, quoique peut-être elle y ait mis trop de naturel, je veux dire un peu plus que ne le voulait strictement les exigences de l'art. Mais enfin le principal, c'est qu'elle a eu du succès, un succès colossal. Devais-je la laisser là-haut ensuite. C'était diminuer l'effet. C'est à cela que je pensais. J'ai pris par le bras ma belle fille de Capri, ma fillette capricieuse, pourrais-je dire. Vite un tour de salon, salut à droite et à gauche et comme dans les romans la belle apparition disparut. Dans les dénouements, il faut toujours
byGoogk
l32 UNB MAISON DE POUPÉE
ménager l'effet, madame, et c'est ce que je ne^puis faire entendre à Nora. Ouf! quelle chaleur il fait ici! (H jette un domino tur ane chaise et ouvre ia porte de sa chambre.) Comment. Il n'y a pas de lumière. Ah t c'est vrai, vous excusez? 11 entre dans la pièce voisine et allume deux bougies.