‹ Une maison de poupée: drame en trois actesChapitre 85 sur 99 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

NORA

Oui, je le sais. Laisse-moi sortir, laisse-moi sortir.

HELMER, la retenant.

Où vas-tu?

NORA, esssayant de le repousser.

Tu ne dois pas me sauver, Torvald.

HELMER, reculant.

Aloçs c'est vrai. Cette lettre dit vrai. C'est horrible. Non, non, non, c'est impossible... Cela ne peut pas être.

NORA

C'est vrai. Je t'ai aimé plus que tout au monde.^

HELMER

Eh! Laissons-là les enfantillages.

NORA, faisant un pas en arrière.

Torvald!

HELMER

' Malheureuse. Qu'as*tu eu le courage de faire?

NORA

Laisse-moi aller, tu ne porteras pas le poids de ma faute, tu ne répondras pas pour moi.

HELMER

As^ez de comédies I (il ferme la porte de l'fntichambre.) Tu vas rester là et me rendre compte de tes actes. Comprends-tu ce que tu as fait, dis, le comprends-tu.

NORA^ le regarde avec une expression croissante de rigidité et dit d'une voix atone.

Oui, maintenant je commence à comprendre le fond des choses.

HELMER, se promenant avec agitation.

Oh I terrible réveil. Pendant huit ans, elle fut ma joie et mon orgueil, une hypocrite, une trompeuse...

byGoosle

encore pire une criminelle! Quel abîme de laideur, quelle horreur!

Nora muette le suit d'un regard fixe.

HELMER, s'arrètant devant elle.

J'aurais dû pressentir qu'il arriverait quelque chose de ce genre. J'aurais dû le prévoir avec la légèreté de principes de ton père... Et tu as hérité de ces principes... pas de religion^ pas de morale, pas de sentiment du devoir... Oh! je suis bien puni d'avoir jeté un voile sur ta conduite. Je l'ai fait pour toi et voilà comment tu me récompenses.

NOkA.

Oui, voilà,'

HELMER

Tu viens de détruire mon bonheur, de briser tout mon avenir. Je n'y puis penser sans frémir. Me voici dans les mains d'un homme sans scrupules, il peut faire de moi ce qui lui plaît, me demander ce qu'il veut, commander, ordonner à sa guise, sans que j'ose même souffler mot. Ainsi je puis me voir réduit à l'impuissance, coulé à pic par la légèreté d'une femme.

NORA

Quand je ne serai plus de ce monde, tu seras libre.

HELAJER.

Ah ! Laisse-là les mots creux. Ton père en avait aussi toute une provision. A quoi m'avancerait que tu abandonnes ce monde, comme tu dis? A rien. Malgré cela la chose pourrait transpirer, et ,peut-être serais-je soupçonné d'avoir été ton complice, le complice de ton acte criminel! On pourrait croire que j'ai été son instigateur, celui qui t'a poussée à le commettre. Et c'est à toi que je dois cela, à toi que j'ai portée dans mes bras à travers toute notre vie conjugale. Comprends-tu maintenant ce que tu as fait ?

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