MADEMOISELLE DE LA FAYETTE
images , et de prendre des oiseaux au filet.
A sa première sortie de St-Germain, il se rendit en petit équipage à la Visitation.
Hélène Angélique Lhuillier , la supérieure , vint le recevoir sous la grande entrée du couvent, à la tête de ses religieuses. Le roi n'expliqua pas d'abord le motif de sa visite , dont personne n'était en doute. I! parcourut , avec l'apparence de l'intérêt et de la curiosité, les bâtimens et l'enclos du cloître, établis sur remplacement de l'hôtel de Cossé. Puis, en parcourant le jardin et les anciennes constructions, il se rappela les avoir déjà vus, enfant, avec son père , qui y était venu , en famille , faire visite à son ennemi d'autrefois , le maréchal de Cossé.
Alors les souvenirs de son jeune âge le prirent, et il resta quelques instans en rêverie, immobile, songeant à peine à ce qui l'avait amené. Bientôt l'amour lui revint en tête , et il acheva son inspection , cherchant la Favette
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partout, n'osant s'enquérir d'elle et ne la rencontrant pas.
La sainte fille , se défiant de ses forces , évitait sa présence.
Il demanda à faire sa prière dans la chapelle, qu'il trouva petite et mesquine. Peut-être pensa- 1- il que ce serait de là que partiraient, pour aller au ciel, les vœux les plus ardens pour son bonheur ; car sur-le-champ il alloua une forte somme destinée à l'agrandissement et à l'ornement du lieu saint. Enfin , voyant les religieuses émerveillées de sa façon d'agir, et un service en appelant un autre , il se décida à s'informer de la recluse.
Sur l'ordre de la supérieure , elle descendit au parloir, oii le roi l'attendait déjà. La sœur qui ordinairement assistait aux conférences, se retira par discrétion , et , contre la coutume , on les laissa seuls ; mais pouvait-on trop faire pour un si grand roi , le bienfaiteur de la communauté ! '
Mademoiselle de la Fayette se disposait alors ^prononcer ses vœux, ayant obtenu des dis-
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penses pour son année de noviciat. Elle était émue et tremblante en se présentant devant lui , et tous deux restèrent quelque temps sans s'approcher ; elle , la tète baissée , songeant à la grandeur du sacrifice qu'elle faisait à Dieu ; lui , étonné de l'impression qu'il recevait de l'endroit triste et sombre où il se trouvait ; impression que venaient renforcer encore les vètemens de l'ancienne favorite.
Il l'avait quittée brillante de charmes et de parure; son souvenir la lui retraçait au moment de leur séparation , dans un des riches appartemens du Louvre , reflétant sur elle tout l'éclat du luxe qui l'environnait; belle de sa beauté naturelle, belle de la rougeur qui lui couvrait le visage, et du désordre de ses cheveux , noirs et soyeux , qui lui tombaient en boucles sur les épaules ; belle surtout de ses yeux humides de larmes, qu'elle essayait en vain de retenir ! Et il la retrouvait dans cette salle basse et froide , à peine éclairée par un jour douteux, et dont les nmrailles nues présentaient pour tout ornement , un petit tableau de dévotion