XII PREFACE
de la gloire à Fenvers ! Ce qu'il fallait à Mlle George, c'était un chant d'épopée !
Qui parlait ainsi ? Le neveu de la tragédienne, Tom Harel, qui n'avait plus que quelques mois à vivre et était venu là applaudir le fantôme de celle qu'il avait profondément aimée.
Ce fantôme il réapparaît, mais évoqué de façon à nous rendre le sourire môme et la beauté de la femme dans ce livre de M. Hector Fleischmann, dont j'achève les épreuves avec un infini plaisir et qui ajoute à la galerie napoléonienne, déjà si riche et encore enrichie depuis ces dernières années, un portrait fait de séduction et de vérité, — une toile de maître, ce livre complet et excellent, que le Musée de Bayeux pourra accueillir et placer à' côté du cadre où revit là-bas la belle créature disparue ; — un volume qui prendra place dans la bibliothèque des curieux et des adorateurs posthumes de ces grandes charmeresses dont il ne resterait qu'un nom sur une pierre, si des évocateurs tels que M. Hector Fleischmann ne venaient rappeler ces charmes, ces bravos, ces amours, ces reienihssinies pre7nières ^ — si
PntlFACE
vite passées et remplacées par les tristes dernières, — à la fugitive et ingrate mémoire des hommes.
Viroflay, 20 septembre lî)08.
Jules Claretie, de V Académie française.
JLX,
Rien de ce qui touche TEmpereur et TEmpire ne laisse aujourd'hui indifférent le curieux ou le simple lecteur.
Peut-être, de l'écho toujours vivant et toujours grondant de l'épopée consulaire et de la ruée impériale, l'âme contemporaine se console-t-elle du morne ennui de notre vie, du vide décourageant du siècle et de la bassesse des appétits. Ces curiosités, ces goûts, ces consolations exigent du nouveau, n'en fùt-il plus dans l'histoire napoléonienne. Ne faut-il point y accéder, surtout quand, comme aujourd'hui, des documents inédits, inconnus, se présentent qui, sans le vouloir, les satisfont amplement ?
L'astre impérial ne fit point pûlir toutes les constellations gravitant dans son orbe. Il leur
donna, au contraire, quelque chose de plus éclatant encore, rachetant, par sa splendeur, bien des médiocrités ; pardonnant, par sa gloire, bien des trahisons.
D'avoir approché l'Empereur, et d'avoir été aimée de lui, une femme a acquis sa part d'immortalité. C'est de cette femme que nous entreprenons de reconstituer la vie extraordinaire, passionnée, mouvementée, histoire qui vaut le plus imprévu des romans. De cette Mlle George on ne se souviendrait, en vérité, que fort peu, aujourd'hui, si elle ne paraissait à nos yeux nimbée de la gloire que lui valut l'amour du Corse de Brumaire, du restaurateur de TEmpire latin.
Et, pourtant ! pourtant cette vie méritait de ne point s'enfoncer dans l'oubli ; ses échos valaient d'être recueillis, et cette longue journée avec Bonaparte à son aurore et Victor Hugo à son crépuscule, demandait à laisser traîner sur l'horizon du siècle la lueur déclinante mais tenace de son glorieux éclat.
Le hasard est un ami des curieux. Pour écrire cette vie, pour en reconstituer les phases accidentées et heurtées, brusquement, aux feux des enchères sont apparus les mémoires inédits de Mlle George.
Propriété d'une ancienne artiste, alors ou-
vrfîuse au théâtre Sarah-Bernhardt (I), le manuscrit fut mis en vente, le 31 janvier 1903, à Thôtel Drouot, avec des livres, des reliques diverses, gravures, couronnes tragiques, bric-à-brac théâtral, provenant de la succession de feu Tom Harel, le neveu de Mlle George et le fils du grand Harel, le Bonaparte de ces batailles romantiques qui s'appelèrent Lucrèce Borgia et la Tour de Xesle. C'étaient de grandes feuilles d'un papier déjà jauni, recouvertes d'une écriture à l'encre bleue, heurtée, nerveuse, saccadée, évocatrice d'un déclin auquel ne manqua nulle amertume. Le manuscrit figurait au catalogue de la vente (2), sous le numéro 91, avec cette mention : « George (Mlle), Mémoires, 2-20 pages (3), in fol. aut.
(1) Le Journal, 31 janvier 1903.
(2) Catalogne des livres, autographes, gravures, dessins^ tableaux, meubles et curiosités, provenant de Mlle George, tragédienne, et de feu M. Tom Harel, ancien directeur de théâtre, et dont la vente aura lieu Hôtel Drouot, salle n" 8, le samedi 31 Janvier 1903, à 2 heures précises de laprès-midi, par M' Maurice Delestre,cnmniissaire-priseur, 5, rue Saint-Georges, assisté de M. Léon Sapin, libraire expert, 3, rue Bonaparte. Paris, 1903. — Ce catalogue, précieux par les prix marqués dont il est augmenté, nous fut communiqué par M. Jorel, l'érudit libraire théâtral, à qui nous en exprimons ici tous nos vifs remerciements.
(3) La Revue Bleue du 23 janvier 1904, qui publia des fragments, des Mémoires, les fit précéder de cette note : « Le manuscrit autographe de Mlle George comprend 170 grandes feuilles couvertes d'une écriture irrégulière. » C'est la Revue Bleue qui a raison contre le Catalogue de la vente.
Ces Mémoires sont inédits, mais n'ont malheureusement pas été terminés par la célèbre comédienne. Ils sont malgré cela d'un très grand intérêt pour Thistoire du théâtre sous l'Empire. Manque le feuillet 15d. Mme Desbordes-Valmore s'était chargée de récrire ces Mémoires ; nous joignons quelques cahiers de son travail. »
Ces mémoires, le lecteur verra, au cours de ce livre, de quelle importance ils sont pour l'étude du caractère de Bonaparte amoureux, et quelle riche mine de souvenirs ils offrent pour le curieux de la grande époque romantique.
Rédigés par la tragédienne aux heures sombres de son déclin, les Mémoires s'arrêtent à l'année de son départ pour la Russie. A considérer le pittoresque du récit, le ton alerte des pages rédigées, on ne peut que regretter celles demeurées absentes, et que nous promettait le sommaire dressé en tête du manuscrit. Qu'on en juge :
Mon enfance. Beaucoup de détails qui sont écrit (sic). Mon père, directeur de théâtre. J3es acteurs de Paris en représentation, tels que Mole (1), Monvel (2). — Mlle Rau-
(1) François-René Mole, né à Paris, dans la Cité, rue Saint- Louis, le 24 novembre 17.34; débute à la Comédie-Française le 7 octobre 1754; sociétaire le 30 mars 1761, parti le P"" septembre 1791; membre de Tlnstitut, 179.5; mort à Paris, rue Corneille, 1, le 20 frimaire an XI (U décembre 1802); inhumé dans sa propriété d'Antony (Seine). Georges Monval, Liste alphabétique des sociétaires depuis Molière jusqu'à nos jours. Paris, 1900, p. 88.
(2) Jaccfues-Marie Boutet, dit Monvel, né à Lunéville, le
court, chargée de faire un élève tras'ique, priant, mon père de me laisser llxer à Paris pour les études tragiques pour le Théâtre-Français. Le gouvernement faisant 1/200 francs de pension.
Mes visites avant mes débuts, sous l'égide de Mlle Raucourt. Visites chez les ministres, la famille de Napoléon.
Mes débuts. La Comédie-Française. Visite chez la Dumesnil. — Clairon. Mes impressions sur Talma, Manuel, Mole, Contât, Mars, Didien. Les dernières soirées de Larive (1).
Le Consulat. Taylerand (2). Lucien. La mère du Premier Consul. Sa sœur Bacciochi. Joséphine. La reine Ortanse (sic). Le prince Fugène. Le prince Chimé (3).
Mes relations avec le premier Consul. L'Empire Beaucoup de détails très dêlicaîa sur cette liaison.
Voilà la partie des Mémoires manuscrits de Mlle George qu'on possède. Voici maintenant ce
25 mars 1745, débute à la Comédie-Française le 28 avril 1770, reçu sociétaire le 1" avril 1772; parti, en juillet 1781, comme lecteur du Roi de Suède et directeur de la troupe française de Stockholm; membre de l'Institut en 1795; retraité le 1" mars 1806; mort à Paris, le 13 février 1812. G. Mgnval, ouvr. cit., p. 92.
(1) Jean Mauduit, dit de La Rive, entré le 3 décembre 1770 à la Comédie-Française, mourut le 30 avril 1827. *
(2) « Mlle George écrit le nom de Talleyrand comme on le prononçait. » Jules Claretie, Une Reine de tragédie; le Journal, 7 janvier 1903. — L'empereur lui-même écrivait dans une lettre à Joseph, le 8 février 1814 : « Si Tayllerand est pour quelque chose dans cette opinion... » Baron A. DU Casse, Supplément à la Correspondance de Napoléon /"■' ; Paris, 1887, p. 202.
(3) Lisez : Chimay,
dont la maladie, les soucis de ses derniers jours, ont privé l'Histoire :
Mon départ pour la Russie. Huit jours à Vienne. Société. Prince Rar^ration (1). Mme de Stal (sic). Le prince Ligne-Cobenzel (2). Passage par Vilna.
Mon arrivée à Saint-Pétersbourg. Mes débuts. La Reine-Mère. L'Empereur Alexandre. Son frère Constantin. Le vieux comte Strazanoff. La jeune Impératrice, et tant d'autres personnages. Cinq ans de séjour, et mon départ après la Jtriste guerre.
Stockholm. Mon voyage. La Reine. Le vieux Roi. Le prince Beraadotte. Mes représentations. Encore Mme de Stal.
Je pars pour la France, traverse les armées pour arriver à Hambourg. Le général Vendal. Le thélégraphe (sic) annonçant mon arrivée à Dresde. Vingt-quatre heures à Brunsvick. Le roi de Vespalie (sic). Lui remettant des notes de la part de Bernadotte.
Mon arrivée à Dresde. Ce soir même voir l'Empereur qui avait fait venir la Comédie-Française et qui donna l'ordre d'appeler Talma, Saint-Prix, etc., pour la tragédie.
(1) Lisez : Bagralion.
(2) De quel Cobentzel (ou Cobenzl) Mlle George voulaitelle parler? Le plus connu des membres de cette famille, Louis, comte de Cobentzel, ambassadeur d'Autriche en Russie et l'un des signataires du traité de Campo-Formio, mourut à Vienne le 22 février 1808. Son cousin, le comte Philippe, ambassadeur à Paris jusqu'à la veille d'x\usterlitz, ne mourut que le 30 août 1810. Or le départ de Mlle George pour Vienne est de mai 1808. Il semble donc bien que ce soit de ce dernier qu'elle ait voulu parler, quoiqu'il ait vécu très retiré, après une carrière politique et diplomatique des moins heureuses.
Ma rentrée au Théàtro-Francais. Réintégrée dans tous mes droits. (Pour la Russie, le duc de Viccncc, aml)assadeur. Ensuite le général Lauriston.)
Départ de l'Empereur pour l'île d'Elbe. Le retour des Rourbons. Le duc de Rerry me faisant venir aux Tuileries pour une dénonciation. Le duc est spirituel, m'appclant : Belle bonapaiiisle ! — Oui, prince, c'est mon drapeau ; il le sera toujours! » Entrevue avec Louis XVIll, à cause du Théâtre-Français. Deux voyages à Londres. Un seul Théâtre, avec Talma. Soirée chez l'ambassadeur de France, Osmont, le roi Georges présent . Pour un congé dépassé d'un mois, le duc de Duras en profite pour m'exclure du Théâtre-Français. J'en suis ravie. Mes sentiments de bonapartiste me valurent ce bienfait.
Je fus voyager en province. A mon retour, le comité du Théâtre-Français vint me demander à rentrer. J'en avais peu le désir ; me retrouver au milieu des tracasseries, Duchesnoy menaçant de quitter. Tout cela me décide à demander une audience à Louis XVlll, pour obtenir ma liberté et passer à l'Odéon. Le ministre de la maison du Roi, le général Lauriston, me fit obtenir une représentation à l'Opéra. Talma, Lafon, ne pouvaient y paraître, et Ion donna Tordre de jouer Brilanniciis, le deuxième acte du Mariage de Figaro, joué par Perlet, Gauthier, Jenny Vertpré, Rourgoin et moi. Nous sommes très mauvaises. Mme Manville. Photor. Rénéfice de trentedeux mille francs. Je recommençai un voyage en province avec ma petite troupe. A l'Odéon. Une affreuse cabale. J'en ai raison.
Il y a à parlé (sic) de l'Odéon. Direction de M. ITarel, sous Charles X. Là, une troupe composée de Lockroy, Ligier, Rernard, Duparay, Visentiny, Mmes Moreau- Sainti, Xoblet, Delatre. Le Romantisme, l*" de Christine, de Frédéric Soulié ; le Maréchal d'Encre (sic); Christine, de Dumas, tragédie. Norma. Fête de Néron. Révolution
de 1830. Porte Saint-Martin. Victor Hugo. Alexandre Dumas. Bien des choses à dire. En voilà assez, n'est-ce pas, pour savoir si cela convient, oui ou non !
C'est là tout ce que Mlle George destinait à son amie, Marceline Desbordes-Valmore. Lui envoyant les premiers feuillets du manuscrit, elle lui écrivait: « Je n'ai ni style ni ortographe. Ce
que c'est que l'éducation ! »
Grâce au comédien Valmore, Mlle George avait fait connaissance de la triste jeune femme qui devait si divinement chanter le parfum perdu des Roses de Saadi.
Entre ces deux femmes dont
Mme Desbordes-Valmore. l'une avait COnnU tOUteS IcS
ivresses du triomphe et de la gloire, et celle qui n'avait recueilli de la vie que les amertumes et les inflexibles mélancolies, une certaine intimité s'était établie. A cette époque. Marceline avait publié les Élégies et les Romances^ les Elégies el poésies nouvelles^ les Pleurs, Pauvres Fleurs et Bouquets et Prières. Cette poésie, si caractéristique du sentiment féminin de la première moitié du dix-neuvième siècle, ne pouvait pas manquer de plaire à la tragédienne, demeurée, vers la fin du second Empire, comme une épave glorieuse
du Romantisme de 1830. Marceline, en outre, avait ce que Mlle George écrit si pittoresquemcnt, de « Tortographe ». C'est donc à elle qu'elle confia le soin de rédiger ses Mémoires, de les mettre plutôt en valeur, d'élaguer, d'ajouter, d'écrire enfin le livre qui devait, aux yeux de la postérité, montrer celle qu'avait aimée Napoléon. Mme Desbordes-Valmore accepta, elle se résigna à cette besogne complaisante par amitié ; elle, qui « ne chanta que parce qu'elle sut pleurer (1) *), s'essaya à ce labeur ingrat qui ne fut point achevé. Grâces, cependant, lui soient rendues ! C'est à elle que nous devons la sauvegarde de ces précieuses feuilles de papier. Sans doute, dans la débâcle des années de ruine, la grande tragédienne déchue les eût égarées, perdues, oubliées. L'amitié de la mélancolique Marceline nous les garda et c'est avec les premiers essais de son travail, avec les premières pages des copies qu'elle en fit, que les Mémoires de Mlle George furent vendus.
« Mme Yalmore, écrit M. Claretie, croit de son devoir de rendre la prose de Mlle George plus présentable. Elle la pare, elle l'apprête. Elle lui
(1) A. Van Bever, Méditai ion sentimentale sur Desbordes- Valmore. Paris, 1896, p. 7. — C'est à l'obligeance de M. Van Bever que nous devons de donner ici le charmant et si mélancolique portrait que fit de Marceline, Mlle Marguerite de la Ouintinie.
enlève ce qui fait son charme, l'imprévu, le geste familier. C'est mieux et c'est moins bien (1). » A ce reproche littéraire, nous ne nous arrêterons pas, car c'est le manuscrit de Mlle George qui nous va
Des vers de Desbordes- Valmore.
fournir son texte original, et c'est pourquoi le lecteur y trouvera souventes fois le nom de celle à qui il était adressé. On présume aisément que l'annonce d'une vente évoquant de si glorieux
(1) Jules Claretie, les Mémoires de Mlle George, le Journal; 21 janvier 1903.
souvenirs, trouva sarépercussion sur les enchères. En effet, le manuscrit de Mlle George fut vivement disputé par des collectionneurs, des amateurs, des historiens. Ce fut M. Gheramy qui, au prix de 1.870 francs, l'emporta sur ses concurrents, avec une joie bien légitime (1). C'est grâce à son obligeance que les Mémoires de la maîtresse de Napoléon seront connus (2). Cette même vente révéla un autre manuscrit que le catalogue définit en ces termes :
N° 87. — George (Mlle). Entrevue de Napoléon et de Mlle George au château de Saint-Cloud, 3 pages in-fol. Obi. Détails très intimes. Ces notes sont adressées à MmeDesbordes-Valmore, elle lui dit : « Je n'ose pas laissé {sic) lire des détails à votre cher Hippolyte. »
Ces trois pages, acquises elles aussi par M. Cheramy, atteignirent le prix de /i90 francs. Le lecteur les trouvera plus loin.
Avec de pareils documents, éclairés par les témoignages des contemporains, il est à peu près possible de reconstituer les diverses phases de la
(1) « Il fallait voir de quels regards l'acquéreur, M. Cheramy, prenait possession de ce précieux butin. » Gustave Babin, Écho de Paris, 1" février 1903.
(2) En effet, au moment où nous donnons le bon à tirer de ce livre, nous apprenons que M. Cheramy publie le manuscrit de la tragédienne. On ne peut que l'en louer.
liaison amoureuse de Bonaparte et de la tragé- ' dienne. C'est par eux que nous connaîtrons un des secrets de Talcôve consulaire, et après tant d'autres contributions à l'étude de la psychologie napoléonienne, ce sera un témoignage dont on ne pourra ni contester le piquant, la valeur et Tauthenticité. Chose curieuse ! il s'est révélé cent ans après la liaison ; il a attendu un siècle pour être recueilli et fixé désormais parmi les meilleurs des souvenirs sur Bonaparte intime.
Nous ne saurions clore les quelques notes un peu sèches de cet avant-propos, sans rendre hommage ici à la courtoisie, la complaisance et l'amitié de ceux qui nous apportèrent leur concours pour cette étude. Dire que M. Jules Claretie, le ferme et digne administrateur de la Comédie- Française, s'est prodigué en la circonstance, c'est répéter un lieu commun. Chacun de ceux que l'histoire, dans ses moindres détails, préoccupe et intéresse, sait quelle amabilité M. Jules Claretie met au service d'une merveilleuse érudition. Pour nous il a évoqué le souvenir d'une George déchue, pour nous il a ouvert les Archives de la Comédie- Française, sans se lasser de ce que nos demandes
pouvaient avoir d'importun. Dans le môme hommage nous nous devons de joindre M. Armand d'Artois, Parisien averti, qui a beaucoup vu et admirablement retenu. Grâce à lui aussi ce livre est riche en notes diverses, en documents variés, et de George à son déclin, il nous a communiqué un croquis qui est une véritable eau-forte à la Félicien Rops. M. L. Henry Lecomte ne saurait être oublié ici. Ses collections, véritablement uniques, avec lesquelles peu de bibliothèques sauraient rivaliser, nous ont livré leurs curiosités et leurs trésors. Caricatures, pamphlets, autographes, une inépuisable complaisance nous a permis de les feuilleter, de les admirer, et nous n'avons, sous leur verre protecteur, oublié les lauriers fanés de Virginie Déjazet, que pour admirer le poignard de Frederick Lemaître, brandi au soir de la première de Lucrèce Borgia. Enfin, les indications et les références données par M. Henry Lyonnet, le savant rédacteur du Dictionnaire des Comédiens Français, nous ont été précieuses pour éclaircir divers points qui, sans elles, seraient demeurés obscurs pour nous. Tous ont collaboré à cette œuvre avec une amabilité dont nous leur gardons le reconnaissant souvenir.
Un dernier mot. D'aucuns se seront peut-être étonnés de ne nous avoir point vu sacrifier à Tusage qui veut qu'on écrive Georges au lieu de George. Par l'étude des documents autographes que nous possédons, ou qu'on nous communiqua, nous nous sommes convaincus, avec MM. Lecomte et Lyonnet, et malgré Victor Hugo, Dumas, Jules Janin et autres contemporains de la tragédienne, que George était Forthographe de son pseudonyme et qu'elle-même ne signa jamais autrement. C'est pourquoi, et pour réagir contre une habitude qui altère la vérité, nous avons pris le parti de rétablir, partout où elle était défectueuse, l'orthographe exacte. Si, de ce livre, dont Mlle George est, dans l'ombre napoléonienne, l'héroïne tragique et amoureuse, elle ne recueille que ce bénéfice, ne sera-ce point déjà quelque chose dont se pourront apaiser ses mânes, désolées et éplorées d'avoir été si vite bénéficiaires d'un oubli, dont elles n'étaient point tout à fait dignes ?
Hector Fleischmann.